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Gouvernance économique

Vives manifestations d’inquiétude avant le sommet européen

Par Sophie Petitjean | mardi 21 juin 2011

Les syndicats européens dénoncent les décisions concernant la gouvernance économique et le pacte « euro-plus », qui pourraient être validées par le Parlement et le Conseil européen (respectivement le 23 et 24 juin). Au lendemain de la réunion des ministres des Finances et en écho aux rassemblements des « indignés », ils ont défilé le 21 juin dans les rues de Luxembourg sous le slogan «  Non à l’austérité - Pour l’Europe sociale, pour des salaires équitables, des investissements et l’emploi ».

La Confédération européenne des syndicats (CES) estime en effet que le Pacte euro-plus, qui sera d’application pour la zone euro et six autres économies (Bulgarie, Danemark, Lettonie, Lituanie, Pologne et Roumanie), aura de graves implications en matière de salaires, de protection sociale et de structure de la négociation collective. Principale organisatrice de l’événement avec les syndicats luxembourgeois OGBL et LCGB, elle dénonce des recommandations portant «  sur des comparaisons des coûts unitaires de main-d’œuvre ; une hostilité envers l’indexation salariale ; un lien entre salaire et productivité sans égard pour l’inflation ; une pression à la baisse sur les salaires du secteur public ; une pression à la baisse sur les droits à la pension et les régimes de retraite anticipée ainsi que l’encouragement de contrôles constitutionnels stricts de la dette et des dépenses publiques ».

La CES exige un changement de cap immédiat en faveur d’une Europe sociale, dans laquelle la gouvernance économique est remplacée par une gouvernance équitable et solidaire. Cela signifie que les citoyens européens devraient bénéficier d’emplois stables et de salaires décents afin de protéger et d’augmenter leur pouvoir d’achat. L’alternative proposée par les syndicats suggère également (1) le respect de l’autonomie des négociations collectives ; (2) une taxe sur les transactions financières ; (3) des euro-obligations pour mettre fin aux attaques des marchés financiers visant les membres vulnérables de la zone euro et pour financer un plan de relance européen ; (4) une politique industrielle en vue de développer l’économie à faible teneur en carbone de demain ; et (5) l’harmonisation de l’assiette fiscale avec un taux d’imposition minimum pour les entreprises.

SOUTIEN DES SOCIALISTES

En marge de la manifestation, la délégation socialiste française du Parlement européen a apporté son appui aux députés européens : «  Nous appelons la majorité conservatrice en Europe à écouter la mobilisation des syndicats européens : la responsabilité politique implique de renverser la logique destructrice de ces textes lors du vote en séance plénière. Baisser les salaires des travailleurs et retarder leur départ à la retraite constitue un danger pour l’Europe, c’est pourquoi nous proposons une alternative », a déclaré Catherine Trautmann, présidente de la délégation socialiste française au PE. Martin Schulz, président du groupe S&D au Parlement européen, est d’ailleurs l’un des 4 500 signataires de l’appel « Changeons l’Europe » (www.changeforeurope.eu) contre le paquet de gouvernance économique. Pour rappel, cette pétition a été lancée le 6 juin dernier par les coordinateurs verts et socialistes de la commission parlementaire des affaires économiques et monétaires.

EAPN : UN NOUVEAU CŒUR POUR L’UE

A l’issue de son assemblée générale, le 20 juin, le Réseau européen de lutte contre la pauvreté (EAPN) a envoyé une lettre aux chefs d’État et de gouvernement fustigeant les plans de sauvetage et de sortie de crise «  qui aggravent les niveaux de pauvreté et menacent la cohésion sociale, tout en renforçant la domination des marchés financiers et des agences de spéculation ». La lettre suggère plusieurs propositions pour une autre sortie de crise. Comme les syndicats européens, EAPN plaide pour le renforcement de la lutte contre l’évasion fiscale, contre le crime organisé et contre la finance spéculative. Elle propose en outre de : (1) placer le développement social et durable, le respect des droits de l’homme et la solidarité au cœur de la réponse de l’Union européenne à la crise ; (2) démontrer que l’objectif chiffré de réduction de la pauvreté adopté au Conseil de juin 2010 est un engagement sérieux ; (3) défendre et promouvoir l’« Etat-providence » et les droits sociaux ; (4) défendre l’accès aux biens publics (entres autres l’eau, la santé, le transport, les services sociaux) comme un droit fondamental ; (5) renforcer l’économie réelle, ce qui implique de soutenir l’économie sociale ; (6) créer les conditions permettant aux Etats membres, en particulier ceux soumis aux conditions d’emprunt de l’Union européenne et du FMI, d’emprunter à des taux raisonnables ; et (7) promouvoir et appliquer des mesures de réduction des inégalités, des revenus et de la richesse.

L’INDIGNATION DES CITOYENS

Depuis plusieurs semaines, les citoyens eux-mêmes dénoncent sur les places publiques la tournure socio-économique que prend l’Europe, à l’image des campements installés sur la place de la Puerta Del Sol à Madrid (Espagne). Ce mouvement des « indignés » s’est propagé dans une dizaine de pays européens via les réseaux sociaux, notamment en Espagne, en Grèce, au Portugal, en France et en Belgique. Les manifestants dénoncent le pacte de stabilité et la rigueur budgétaire ainsi que la précarité sociale et le chômage. «  Il y a un grand problème en Europe à l’heure actuelle, comme le prouvent les manifestations des indignés. La CES est convaincue que la gouvernance économique mise en place à l’heure actuelle est vouée à l’échec car elle est injuste, dangereuse et n’apporte pas les résultats escomptés » a expliqué Bernadette Ségol, secrétaire générale de la CES, en amont de l’euro-manifestation.



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