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Institutions / Politiques économiquesImprimer l'article | ![]() Union européenneLe pacte budgétaire : une « usine à gaz », selon Jacques DelorsPar Nathalie Vandystadt | jeudi 29 mars 2012
Le discours de Jacques Delors au Parlement européen aura sans doute marqué les esprits européens, et agacé Paris et Berlin. L’ancien président de la Commission européenne a appelé, à l’occasion d’un colloque socialiste organisé le 28 mars à Bruxelles, « à revoir » le nouveau traité budgétaire, voulu par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, qu’il a qualifié « d’usine à gaz ». Il a aussi taclé plusieurs responsables européens accusés d’ « irresponsabilité ». « Depuis 1970, l’Europe a le choix entre la survie ou le déclin », a mis en garde Jacques Delors, après 45 minutes de discours très applaudi par les eurodéputés socialistes qui entendent, de leur côté, proposer une « alternative » face à la droite au pouvoir, accusée de « saper les fondations de l’Etat social » en imposant l’austérité sans stratégie de croissance. Le « sursaut » réclamé par cet homme symbole de l’Union européenne, ancien ministre des finances de François Mitterrand, passera par la « solidarité qui unit ». Or, c’est tout l’inverse qu’il déplore : « Quand l’Espagne, sous un gouvernement de droite, essaie de réduire son déficit, mais n’arrive pas aux chiffres fixés par la technocratie et qu’aussitôt un chef de gouvernement (l’Italien Mario Monti, ndlr) plus un membre de la Commission (le commissaire chargé des affaires économiques, Olli Rehn) s’alarment, quitte à réchauffer les angoisses des marchés, je dis que c’est dramatique et irresponsable », a-t-il lancé. Et de traiter MM. Monti et Rehn de « pompiers incendiaires ». A l’instar du candidat socialiste à la présidentielle en France, Jacques Delors a donc, sans citer François Hollande, plaidé pour la révision du pacte budgétaire signé par 25 des 27 Etats membres : « le traité budgétaire est une usine à gaz dont il manque en plus le complément sur la croissance. Cela expliquerait déjà de le récuser ». Pour lui, « l’Union économique et monétaire est prise dans un étau entre le feu qui couve sur les marchés financiers – principal argument de ceux qui veulent nous imposer le pacte budgétaire —et le risque d’une stagnation qui entraînerait l’Europe vers son déclin ». Si l’assainissement financier est « nécessaire », il faut « redonner confiance à une Europe dans son dynamisme, dans sa croissance et sa création d’emplois ». Les gouvernements - principalement à droite – sont accusés de flirter avec le nationalisme et d’abandonner les fondements de l’UE : « De tout temps, depuis que l’Europe existe, ce sont les gouvernements qui décident.(Mais) nous sommes en train de nous faire travestir la méthode communautaire pour revenir au Congrès de Vienne(une conférence entre représentants des grandes puissances européennes, le 1er novembre 1814) et au nationalisme ». Et d’égratigner au passage le président du Conseil européen, reconduit pour deux ans et demi : « Non, M. Van Rompuy, vous ne défendez pas la méthode communautaire (...) le seul système qui permet à des Etats souverains de vivre ensemble ». « MAIS QUI PARLE POUR L’EUROPE ? »Pour M. Delors, « c’est la cacophonie depuis trois ans », alors que le traité de Lisbonne devait répondre à la question. Affaiblie, la Commission est accusée d’avoir abandonné le « dialogue social » au profit du libéralisme. Quant à l’Eurogroupe des 17 ministres des Finances de la zone euro, il est « moralement et politiquement responsable de la crise » -- à côté des causes internationales – pour ne pas s’être coordonné, et, du coup, ne pas avoir vu les abus du système bancaire irlandais, ni ceux du crédit immobilier en Espagne, ni les faux chiffres de la dette grecque. Pour M. Delors, la solution pour l’euro était une « coopération renforcée », dont personne n’a voulu. Il manque donc au pilier monétaire, un pilier économique. Si le marché unique, avec une monnaie unique, a bien fonctionné jusqu’en 2007, et profité « à certains », surtout à l’Allemagne, ensuite, l’UE a assisté à une « crise de conception de l’Union économique et monétaire ». Avec le virage de la crise de l’euro, « tous les pays ne pourront pas adopter le modèle allemand. Nous sommes une Union dans la diversité, chacun avec ses atouts », a encore souligné M. Delors. Si, pour lui, la Banque centrale européenne, a bien fait de prêter 1 000 milliards aux banques, il n’est toutefois pas d’accord pour que la BCE demeure en tout moment un prêteur en dernier ressort. DES PISTES DE RENOUVEAUSans plus de précisions, M. Delors a appelé à des « changements institutionnels », capables de remettre la méthode communautaire et le rôle de la Commission à l’honneur. « L’Europe sera européenne ou ne sera pas », a-t-il résumé, même si ce sera toujours aux chefs d’Etat de décider. Sur la zone euro, elle pourrait avancer « sans que cela ne nuise au contrat de mariage entre les Vingt-sept ». Il ne s’agit « pas de division, mais de dynamisme pour l’Europe ». Il faut plus de « délégation de souveraineté » à la zone euro, sinon l’Allemagne continuera d’imposer ses vues. Interrogé sur le sujet, M. Delors a même envisagé la création d’un « Parlement des Dix-sept ». Enfin, face au refus allemand, M. Delors a insisté sur la nécessité de créer des euro-obligations, fondées sur des garanties d’autres pays de la zone euro, qui permettraient de mutualiser des emprunts publics. Entre autres demandes, les eurodéputés socialistes signataires de la déclaration « Pour une alternative socialiste européenne » soutenue par M. Delors, réclament, pour leur part, l’inscription dans le traité de droits et d’objectifs sociaux soumis aux mêmes instruments de surveillance et de mise en oeuvre que les objectifs économiques. n |
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La volonté politique des Vingt-sept mise à rude épreuve -
