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Business & compétitivité / Politique sociale et emploiImprimer l'article | Imprimer cet article

Tribune libre

L’absence de réforme des marchés du travail porte préjudice à l’Europe

Par Annemarie Muntz, Eurociett (*) | mardi 10 juillet 2012

Bien que le délai de transposition de la directive européenne relative au travail intérimaire (2008/104/CE) ait expiré depuis plus de six mois, sa mise en œuvre reste inégale dans l’Europe des 27. La situation est regrettable à l’heure où l’Europe doit faire face à des taux de chômage préoccupants, particulièrement chez les jeunes. La directive comporte de nombreux éléments qui permettraient de créer de l’emploi, de rapprocher davantage l’offre et la demande sur le marché du travail et d’accorder un statut professionnel officiel à de nombreux individus autrement contraints de se limiter à un travail au noir, voire exclus de la population active.

Plusieurs Etats membres continuent d’appliquer des restrictions qui empêchent le secteur du travail temporaire de contribuer à réduire les taux de chômage record enregistrés en Europe. Il s’agit notamment de la limitation du renouvellement de contrats pour les travailleurs intérimaires (France, Italie, Luxembourg, Roumanie), de l’interdiction du recours à l’intérim dans certains secteurs (fonction publique en Belgique et en Grèce, construction en Allemagne et en Espagne) ou encore de l’impossibilité de proposer des contrats à durée indéterminée aux travailleurs intérimaires (Belgique, Luxembourg, Portugal). Toutes ces restrictions, non justifiées, constituent un frein à l’emploi pour des milliers de citoyens européens. Alors que la Commission européenne dispense des conseils spécifiques aux États membres sur les réformes des marchés nationaux, il serait judicieux, en vue de promouvoir l’emploi, de recommander à ces pays de supprimer toute restriction injustifiée liée au travail intérimaire.

Le tableau n’est toutefois pas aussi noir qu’il y paraît et plusieurs pays ont profité de la transposition de la directive pour favoriser un développement équilibré de l’intérim : reconnaissance juridique du travail intérimaire dans plusieurs pays d’Europe de l’Est et levée de certaines restrictions à l’utilisation des services d’emploi privés. La France, la Roumanie et l’Espagne ont ainsi supprimé plusieurs interdictions sectorielles ; la France et l’Italie ont élargi l’éventail des contrats pouvant être proposés par les agences intérimaires ; enfin, la Roumanie et la Pologne ont prolongé la durée maximale des missions de travail intérimaire.

Le nouveau train de mesures européennes en faveur de l’emploi (« Vers une reprise génératrice d’emplois »), introduit en avril, comprend également des initiatives utiles pour faire avancer les réformes du marché du travail et encourager les gouvernements nationaux à définir des politiques qui répondent aux réalités économiques actuelles. Il fait la part belle aux outils soutenant la demande et la création d’emplois, et préconise la suppression des obstacles à la formation, à l’emploi des jeunes et aux transitions sur le marché du travail.

En plus de promouvoir des marchés du travail ouverts, dynamiques et porteurs d’intégration, le paquet « emploi » reconnaît qu’un juste équilibre entre flexibilité et sécurité constitue une condition préalable indispensable à la création d’emplois. La directive relative au travail intérimaire vise à débloquer la contribution du secteur à cet égard, sachant que l’intérim offre une flexibilité attrayante pour les employeurs comme pour les salariés, mais aussi des emplois sûrs et de qualité.

Sur les marchés du travail, les emplois à contrat indéterminé, directs et à temps plein sont en recul : 40 % des travailleurs européens sont désormais employés dans le cadre de contrats non traditionnels : contrats à durée déterminée ou à temps partiel, activité indépendante, auto-entrepreneur, télétravail, intérim, etc. La difficulté est que dans de nombreux pays, les systèmes de protection sociale n’ont pas encore été adaptés pour répondre à la diversification des situations d’emploi et à la dispersion accrue de la main-d’œuvre, notamment en ce qui concerne l’accès à la sécurité sociale ou aux allocations chômage.

En Europe, les agences d’emploi privées fournissent chaque jour du travail à plus de trois millions de personnes par le biais de contrats non traditionnels. Nous sommes convaincus que les services d’emploi privés ont un rôle clé à jouer en contribuant à équilibrer de manière plus appropriée et plus rapide l’offre et la demande, en anticipant les formations nécessaires et en gérant les transitions au sein du marché du travail.

Tremplins vers l’emploi, les agences aident les travailleurs à passer d’une situation de chômage à une situation d’emploi, d’un travail à temps partiel à un travail à temps plein, et d’un secteur en déclin à un secteur en croissance. Grâce à leur proximité avec les lieux de travail, elles comprennent les besoins des entreprises utilisatrices et peuvent orienter les travailleurs vers les fonctions et les postes disponibles. Les moins de 25 ans représentent 35 % des travailleurs intérimaires, et alors que l’Europe s’attache à les intégrer au monde du travail, les services privés de l’emploi leur offrent souvent leur première expérience professionnelle et les aides, par le biais de l’orientation et de la formation, à accéder à des emplois d’un niveau supérieur.

Les gouvernements des pays concernés doivent remédier aux lacunes structurelles qui entravent le bon fonctionnement des marchés du travail. Les restrictions imposées aux agences d’emploi privées, l’absence de politiques actives en faveur du marché du travail ou encore le manque de coopération entre les services d’emploi publics et privés sont autant de causes des problèmes à résoudre. Si ces obstacles structurels ne disparaissent pas, la relance économique qui finira par arriver ne parviendra pas à résorber les taux de chômage inacceptables, notamment chez les jeunes.

Nous demandons instamment aux pays de l’UE de mettre pleinement en œuvre la directive relative au travail intérimaire, et à la Commission européenne de surveiller attentivement ce processus pour que le secteur puisse jouer son rôle efficacement et coopérer avec les pouvoirs publics, les entreprises et les travailleurs en vue de remettre l’Europe au travail.

Annemarie Muntz, présidente d’Eurociett, qui représente le secteur des services d’emploi privés 



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