Analytique, complet, indépendant
Bannière
 
Politiques sectorielles / Politiques sectoriellesImprimer l'article | Imprimer cet article

Entretien avec le ministre lituanien de l’Energie Arvydas Sekmokas

Renouvelables et centrale nucléaire sont la clé de l’indépendance lituanienne

Par Dafydd ab Iago | vendredi 10 septembre 2010



Depuis la fermeture de la centrale nucléaire d’Ignalina, fin 2009, la Lituanie couvre ses besoins énergétiques en important massivement de Russie. La dépendance énergétique a un prix que dénonce le ministre de l’Energie Arvydas Sekmokas. Le Lituanien explique àEuropolitique comment il compte complètement revoir la stratégie énergétique nationale.

Dans quelle mesure la Lituanie est une île énergétique ?

En Lituanie, nous importons environ 50 % de notre électricité. Le reste est surtout produit à base de gaz naturel, que nous importons aussi d’une seule source, étrangère. Nous ne parlons donc pas de sécurité énergétique en général, mais d’une situation de dépendance énergétique. A l’heure actuelle, nous sommes très fort dépendants de la fourniture d’énergie d’une seule source.

A quel degré vos livraisons de gaz via le Belarus ont-elles été menacées cette année ?

Nous avons connu une très courte période de fourniture insuffisante de gaz de Russie via le Belarus. Cela n’a pas affecté les consommateurs, mais cela a été une menace. Par chance, la crise s’est résolue très rapidement et est passée inaperçue pour le consommateur. Mais l’approvisionnement en gaz a bel et bien été interrompu en juin 2010. Pour le gaz, nous dépendons totalement des importations de Russie.

Quelle est la stratégie énergétique lituanienne en termes d’indépendance énergétique ?

Nous allons de l’avant avec la centrale nucléaire de Visaginas. Nous devrions normalement choisir l’investisseur stratégique avant la fin de l’année et puis en 2011 signer des accords de concession. Cela signifiera un accord d’actionnariat avec des investisseurs et avec des partenaires régionaux.

Nous développons aussi les renouvelables, bien qu’il nous reste beaucoup à faire en la matière. Notre objectif est d’obtenir 23 % de renouvelables dans la consommation totale d’énergie en 2020. Cela équivaut à 21 % de renouvelables en électricité en 2020. Nous devons veiller à notre sécurité et à notre indépendance énergétiques.

Allez-vous faire comme la Bulgarie et choisir le russe Atomstroyexport pour construire la centrale nucléaire ?

Que le partenaire vienne de Russie ou pas n’est pas la question. Ceci dit, la production d’énergie doit suivre le même principe général de diversification. Cela signifie que le combustible nucléaire, les pièces de rechange et autres éléments essentiels, ne doivent pas provenir du même fournisseur comme dans les autres secteurs. Cela ne signifie pas que nous excluions la Russie. Mais nous cherchons la diversification, et ce principe s’applique aussi dans le domaine du combustible nucléaire et des pièces de rechange.

Gazprom fait-il pression concernant la dissociation patrimoniale pour le gaz en Lituanie ?

Nous avons reçu quelques lettres de Gazprom. Elles nous accusent de ne pas les consulter. Mais nous consultons tous les acteurs concernés sur le projet de loi. Nous nous sommes engagés à mettre en œuvre le troisième paquet de libéralisation de l’UE dans le domaine de l’énergie. Nous avons choisi l’option de la dissociation patrimoniale. Selon l’échéancier, notre parlement doit avoir voté cette loi pour mars 2011 pour la mettre en œuvre en mars 2012.

Dépendre des Russes, est-ce si mauvais pour le consommateur ?

Le prix du gaz naturel à la frontière lituanienne est d’environ 100 dollars plus élevé qu’en Allemagne. Nous disposons d’assez de preuves attestant que nous ne bénéficions pas d’une égalité de traitement, même sans tenir compte de la moindre distance de transport vers la Lituanie. C’est un des grands thèmes de la présidence belge : la protection du consommateur, et une politique énergétique respectueuse du consommateur. En Lituanie, nous payons plus cher qu’ailleurs. La mise en œuvre du troisième paquet de libéralisation de l’UE est un outil suffisant et adéquat pour protéger les intérêts des consommateurs.

La centrale russe de Kaliningrad menace-t-elle commercialement le projet de Visaginas ?

Je n’ai pas de boule de cristal pour prédire si la centrale de Kaliningrad sera construite ou pas. Ceci dit, nous avons des questions. En très peu de temps, Kaliningrad aura un excès d’électricité. L’offre va plus que dépasser la demande. Où seront alloués les 2 300 MW ? Il n’existe pas de lien vers la Pologne, la Suède ou ailleurs. Où sera transmise cette électricité ? Voilà la question sur la logique économique derrière le projet.

Quels sont les points importants pour la Lituanie pendant la présidence belge ?

La protection du consommateur d’énergie est très importante. Cela semble le cas pour la plupart des Etats membres. Un autre point est la construction d’un réseau paneuropéen de transport. Jusqu’à présent, l’Europe n’a pas beaucoup parlé d’une seule voix. Pour y parvenir, nous devons avoir un réseau de transport fort et efficace.

Quid du remaniement du plan d’investissement d’infrastructure européen ?

Les discussions nous permettront de dire quels liens manquent. Aujourd’hui, les Etats membres se font concurrence. Si nous avions un réseau unique, il serait plus facile de se mettre d’accord. Faire en sorte que l’Europe parle d’une seule voix, tout est là.



Copyright © 2008 Europolitics. Tous droits réservés.
cover