Analytique, complet, indépendant |
|
Politiques sectorielles / DéfenseImprimer l'article | ![]() Entretien avec Tomasz Siemoniak, ministre polonais de la Défense« L’Europe de la défense a besoin d’une impulsion politique forte et constante »Propos recueillis par Jakub Iwaniuk à Varsovie | vendredi 04 novembre 2011
La Pologne, qui assure la présidence tournante du Conseil de l’UE, fait partie avec la France et l’Allemagne de « l’initiative Weimar » qui milite pour un renforcement de la politique européenne de défense. Dans cet entretien accordé à Europolitique, le ministre polonais Tomasz Siemoniak explique que les réticences britanniques à l’initiative ne sont pas insurmontables et que l’idée de coopération renforcée n’est pas à exclure. Comment convaincre les Britanniques de la nécessité de renforcer la défense européenne ? Je pense que c’est possible, à condition de porter le débat à un niveau très concret. Si l’on entend par cette initiative la hausse des capacités militaires des différents pays, alors je pense que la position britannique peut être différente. A la rencontre informelle des ministres de la Défense en septembre à Wroclaw, ce sujet était central et la discussion a fait un pas dans la bonne direction. Nous avons enlevé un peu d’émotion au débat. Les discussions concrètes sont toujours les bienvenues, car le déficit de la politique européenne de défense est ressenti par tous les Etats membres. Il n’est pas question de mettre en place des nouvelles structures bureaucratiques, ce que redoutent principalement les Britanniques. Je pense qu’ils comprennent de mieux en mieux que cette initiative n’a pas pour but d’entrer en collision avec les intérêts de l’OTAN. Bien au contraire, la Pologne soutient activement aussi bien le « pooling and sharing » de la défense européenne [mutualisation et partage des capacités militaires] que l’initiative « smart defense » de l’OTAN. Il n’y a pas d’obstacles pour que des pays participent aux deux programmes. La question est revenue sur la table lors de la rencontre des ministres de la défense de l’OTAN à Bruxelles. Le secrétaire d’Etat américain à la défense a clairement signalé que dans les dix ans à venir, le budget militaire des USA sera en diminution constante et que l’Europe doit se faire à cette idée. La crise économique et la situation financière des différents Etats incitent à faire certaines choses en commun. Les difficultés budgétaires nous aident à avoir une approche plus rationnelle. Face à l’échelle de ces problèmes financiers, notre projet est très réaliste. Nos ressources n’étant pas illimitées, il faut les concentrer. Vous allez donc poursuivre cette impulsion politique ? Je considère que la Pologne, en tant qu’allié solide dans l’OTAN, devrait être intéressée par la défense européenne, compte tenu de sa situation en bordure de l’UE et de l’Alliance Atlantique. Nous voulons mettre le sujet de défense européenne au cœur du débat européen. Cette impulsion politique doit être forte et constante, car c’est dans l’intérêt de la Pologne et de tous les Etats membres de l’UE. Si les réticences persistaient, une coopération renforcée est-elle envisageable ? Sur des questions comme le « pooling and sharing », la coopération renforcée est souhaitable aussi bien pour l’UE que pour l’OTAN, à condition qu’il y ait des résultats concrets. Quelle que soit la dimension de cette coopération, à trois, à cinq ou plus, ce serait clairement positif. La question n’est pas de créer un cercle fermé au sein de l’UE ou de l’OTAN. Notre initiative est ouverte, et il peut y avoir des configurations très diverses. Dans les priorités de la présidence polonaise figure le renforcement de la coopération entre l’UE et l’OTAN. Quelle forme doit prendre cette coopération ? C’est une question très importante pour nous. Il faut clarifier les missions qui sont de la responsabilité de l’OTAN et celles qui sont de la responsabilité européenne, selon une logique de bonne coordination et de soutien mutuel. A l’informel défense, nous avons beaucoup parlé de « petites missions », c’est-à-dire que l’UE devrait être capable de mener des missions de plus petite taille, laissant à l’OTAN les opérations de grande ampleur. L’UE devrait être en mesure d’assurer des missions jusqu’à un niveau limité d’hommes sur le terrain. En plus de cet indicateur numérique, il doit y avoir un indicateur politique. L’OTAN n’est pas bien vue partout dans le monde, et l’Europe peut constituer une meilleure enseigne pour mener certaines opérations. Par ailleurs, l’UE et les USA n’ont pas toujours les mêmes priorités. Il faut garder à l’esprit que l’OTAN ce n’est que l’UE et quelques autres pays, il n’y a donc aucun secret entre les deux institutions, nous sommes confrontés aux mêmes problèmes et aux mêmes responsabilités. La nouvelle infrastructure que nous prônons devrait justement perfectionner cette coopération politique. La présidence polonaise veut également renforcer la coopération en matière de défense entre l’UE et les pays du Partenariat oriental. Que peut-on attendre concrètement de cette initiative ? Je pense qu’il faut mener une politique ouverte vis-à-vis de l’extérieur, notamment pour des initiatives comme le « pooling and sharing ». Les perspectives sont multiples, comme par exemple des formations communes ou la coopération des industries militaires. Mais il doit y avoir en premier lieu une forte volonté politique. Nous sommes engagés dans une coopération politique avec ces pays, mais nous ne sommes pas encore dans une phase ou nous pouvons passer à des actions concrètes. Ces Etats sont souverains et ils doivent savoir ce qu’ils veulent vraiment. J’ai l’impression qu’il y a une volonté de coopération, mais que certaines choses ont besoin de temps, car ce n’est pas une question facile. Il y a une différence claire d’approche de la politique de la défense entre les pays de l’UE et ceux de l’ex-URSS, et c’est une difficulté qu’il faudra surmonter. |
|



Budget 2013 de l’AED -
