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Politiques externes / USA ObamaImprimer l'article | ![]() DéfenseLes Etats-Unis ne peuvent se permettre de fermer leur marchéPar Brian Beary à Washington | vendredi 16 janvier 2009
![]() L’élection d’un Démocrate à la Maison Blanche, l’extension de la majorité démocrate à Washington, la récession économique galopante et le problème du chômage aux Etats-Unis, font craindre le déferlement d’une nouvelle vague protectionniste. Mais un domaine devrait échapper à cette vague : les dépenses américaines de défense. C’est en tout cas l’analyse de deux experts américains en politique de défense, qui se sont confiés à Europolitique. La règle « acheter américain » ne devrait pas être de mise, la ligne directrice étant plutôt « le meilleur rapport qualité-prix », car les forces militaires américaines n’ont tout simplement pas les fonds nécessaires pour pouvoir penser autrement, explique Lawrence Korb, conseiller au Center for American Progress, qui a été le vice-secrétaire à la Défense de 1981 à 1985. Le test immédiat sera le contrat de 35 milliards de dollars pour la livraison d’avion de ravitaillement à l’US Air Force. La société fille d’Airbus, EADS, basée en Europe, tente désespérément de rafler ce contrat dans le cadre d’une offre commune avec la société Northrop Grumman, basée aux Etats-Unis. Mais elles sont confrontées à une rude concurrence de la part de Boeing. La décision finale sera prise par le gouvernement Obama en 2009 et M. Korb prévoit que cette affaire « ne sera pas politisée. Si les règles étaient modifiées au profit de Boeing, Northrop Grumman porterait plainte » Cet avis est partagé par Jeremy Shapiro, expert militaire au Brookings Institution : « M. Obama ne voudra pas être impliqué dans la décision »et tentera de rester à l’écart des retombées négatives, qu’elles viennent d’Europe ou des Etats-Unis, selon la partie qui remportera le contrat. MARCHE ARRIÈRE POUR L’OFFRE EADSEADS et Northrop ont remporté le contrat en février 2008, ce qui a engendré des remous énormes de part et d’autre de l’Atlantique car le Pentagone n’avait encore jamais accordé un contrat d’une telle ampleur à un fournisseur non américain. Mais les espoirs nourris par l’Europe se sont révélés prématurés car la décision a été annulée en juin, une instance indépendante d’arbitrage, le GAO ( Government Accountability Office) ayant retenu la plainte de Boeing qui avait dénoncé des failles dans la procédure d’adjudication. L’US Air Force « a fait un certain nombre d’erreurs susceptibles d’avoir affecté les résultats », comme le fait d’avoir « des discussions trompeuses et inégales avec Boeing » et d’avoir été « inexact dans l’estimation des coûts du cycle de vie » des offres concurrentes, a conclu le GAO. La relance est venue du Secrétaire à la Défense Bob Gates en septembre et les deux soumissionnaires ont réintroduit leur offre. « Le rapport du GAO a été un choc », selon M. Shapiro. « Je n’aurais jamais pensé que des soumissionnaires étrangers (EADS) seraient favorisés de la sorte ». En tant que fonctionnaire au Pentagone, Darlene Druyun, avait été condamnée en 2004 pour avoir fourni une aide illégale à Boeing pour l’obtention d’un contrat. Et c’est comme si le Pentagone voulait à présent faire l’inverse pour montrer que c’est Boeing cette fois qui est favorisée. Le candidat perdant des présidentielles, John McCain, était la figure politique clé impliquée dans le divulgation de cette corruption qui a eu pour effet de maintenir EADS-Northrop sur les rangs. Si M. McCain avait été élu président, certains observateurs pensent que le contrat aurait été attribué à EADS-Northrop. M. Obama n’a pas encore précisé l’approche qui sera la sienne en tant que Président. Durant sa campagne, il a souligné que les Etats-Unis s’étaient plaints de l’UE auprès de l’Organisation mondiale du commerce au motif de subventions illégales à Airbus. Sa porte-parole a déclaré en septembre qu’il était favorable à une analyse indépendante du programme d’acquisition de défense et qu’il ferait en sorte que cette analyse fasse passer en premier la sécurité nationale et le contribuable américain. La référence au « contribuable » suggère une philosophie de « meilleur rapport qualité-prix ». Mais dans le contexte économique actuel, M. Obama devra aussi protéger les emplois américains. Il sera particulièrement soumis à la pression des syndicats dont les membres sont les ouvriers qui fabriquent les avions de ravitaillement Boeing. Néanmoins, selon M. Shapiro, « l’affaire ne soulèvera probablement pas une vague de protectionnisme car, étant donné la nature de l’industrie actuellement, EADS-Northrup et Boeing sont très dépendantes des fabricants étrangers dans le cadre de leur chaîne de production ». En outre, l’offre EADS-Northrop créerait des emplois aux Etats-Unis, puisque les avions seraient assemblés à Mobile, en Alabama. Les milieux politiques de cette région soutiennent donc cette offre. LE CONGRÈS TRANCHERASelon M. Shapiro, toute proposition visant à inclure une clause « acheter américain » viendrait du Congrès et non du gouvernement. Rien ne laisse entendre qu’il s’agit d’une priorité pour les législateurs. Lorsque le Congrès a élaboré la loi autorisant les programmes de défense 2009, il a inséré une telle clause. Le texte de la Chambre des Représentants, qui est passé le 22 mai 2008 lorsque l’affaire du contrat de 35 milliards de dollars était encore très présente dans les esprits, interdisait l’octroi de contrats futurs à des sociétés bénéficiant de subventions illégales et obligeait le Pentagone à envisager « la base industrielle nationale » lors de l’octroi des contrats. Toutefois, ces clauses protectionnistes ont été atténuées considérablement dans la version finale signée par le Président Bush le 14 octobre. La loi oblige le Pentagone, au cas où l’OMC décide qu’Airbus a profité de subventions illégales, à revoir l’impact potentiel de ces subventions lors de l’octroi du contrat de 35 milliards de dollars. La loi oblige aussi le Pentagone à préciser quand et comment il utilisera les règles relatives aux marchés publics pour protéger la base industrielle. Gros enjeux Les gains potentiels pour les sociétés européennes sont énormes. Le Pentagone investira près d’un trillion de dollars dans le développement et les marchés publics au cours des cinq prochaines années. Les Etats-Unis dépensent environ 4 % de leur PIB pour la défense, contre 1,4 % de dépenses en Europe. |
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