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Politiques externes / USA ObamaImprimer l'article | ![]() Justice-affaires intérieuresLe sort des détenus de Guantanamo : une question embarrassantePar Brian Beary à Washington | vendredi 16 janvier 2009
![]() Depuis son élection à la présidence des Etats-Unis, Barack Obama s’est fait plutôt discret sur ses projets en matière de politique étrangère. A une exception près : lors de l’interview télévisée qu’il a accordée peu après sa victoire, il s’est engagé à respecter sa promesse électorale de fermer le centre américain de détention de Guantanamo Bay, à Cuba. Le site a été construit après les attentats du 11 septembre 2001, pour y détenir des militants d’Al Qaida. Il est depuis lors source de tensions transatlantiques. Le monde politique européen, Parlement en tête, s’est joint aux voix des organisations de défense des droits de l’homme pour dénoncer cette zone de non-droit, et l’image désastreuse que le centre donne des Etats-Unis. Mais aussi parce que l’Europe a bel et bien aidé au transfert de détenus à Guantanamo, via le programme de la CIA qui a fonctionné en Europe. En cas de fermeture du site, qu’adviendra-t-il des détenus restants, qui seraient au nombre de 250 environ ? Pour le juriste Benjamin Wittes, de la Brookings Institution de Washington, « les solutions pourraient se révéler dérangeantes pour certains ». Il indique que « l’Europe pourrait jouer un rôle important si elle choisissait d’aider à réinstaller le grand groupe de détenus à libérer, qui ne peuvent regagner leur pays d’origine ». Soit parce qu’ils risquent d’y être torturés, soit parce que leur gouvernement (en général de pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord) refuse de les accepter. L’enjeu, pour M. Wittes, est de savoir si l’Administration Obama peut faire jouer le prestige personnel du président pour obtenir des pays européens un rôle plus actif. Un premier signal est venu d’Europe en décembre, lorsque le Portugal a offert de réinstaller jusqu’à 60 détenus issus de pays comme l’Algérie et la Tunisie, où ils ne peuvent être renvoyés car ils risquent d’y être torturés. Interrogé par Europolitique sur la question de savoir si l’Europe devait intervenir, le ministre polonais des Affaires étrangères Radoslaw Sikorski, en visite à Washington, est resté neutre dans ses propos, frôlant toutefois l’hostilité. « Il s’agit d’une décision interne des Etats-Unis », a-t-il estimé. « Mon avis personnel est que recourir au bon processus dès le départ, ou même aux dispositions de la Convention de Genève pour les tribunaux militaires, aurait pu se faire sans payer le prix question image ». Mais M. Sikorski a esquivé la question centrale du sort des détenus. La ministre française de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie estime, en revanche, que l’idée que l’Europe prenne des détenus doit être débattue au niveau européen. Elle a ajouté qu’il n’y avait pas de détenus français à Guantanamo actuellement. ROUVRIR DES PLAIESLa reprise de détenus par l’Europe connaît un précédent. En 2006, l’Albanie - un des pays européens les plus pro-américains, les Etats-Unis ayant soutenu le Kosovo - a accepté plusieurs Ouïgours de Chine. Mais la seule pensée de reprendre ces détenus ne peut que ranimer de douloureux souvenirs en Europe, avec la controverse entourant l’enlèvement, la détention et le transfert à Guantanamo de personnes soupçonnées de terrorisme, et ce via l’Europe. Parmi les Etats membres de l’UE, la Pologne, la Roumanie, l’Italie, l’Allemagne l’Irlande et la Suède ont été impliquées. Leurs gouvernements ont soit affirmé ne pas avoir su ce qui se passait ou, dans le cas des prisons secrètes en Pologne et en Roumanie, ont carrément nié. Mais comme le note M. Wittes, fermer Guantanamo est dans l’intérêt autant des Etats-Unis que de l’Europe. Un centre qui « a fait des dégâts énormes - parfois de manière juste, parfois injuste - au prestige de l’Amérique. C’est un punching ball pour ceux qui n’aiment pas l’Amérique ». Et un motif de découragement pour ceux qui voudraient s’allier aux Etats-Unis. Quel est le statut des détenus de Guantanamo ? Quelques uns sont en passe d’être jugés par des commissions militaires. Rien ne dit toutefois que l’équipe Obama pourra (ou voudra) maintenir ce type de poursuites. La légalité et l’équité de tout le système de tribunaux militaires que le Président Bush a érigé en 2006 sont mises en doute. Sur les quelque 800 prisonniers qui sont passés par Guantanamo durant ses sept années d’existence, les Etats-Unis ont bouclé des poursuites à l’encontre de trois personnes en tout et pour tout. Un était un Australien qui a plaidé coupable en échange d’un retour dans son pays. Les deux autres ont été condamnés. PERSONAE NON GRATAEUne soixantaine de détenus ont été jugés libérables. Autrement dit, les Etats-Unis ne comptent pas les poursuivre et ne les assimilent pas à une menace. Le reste des détenus entre dans la catégorie des trop dangereux pour être libérés, mais injugeables au pénal faute de preuves suffisantes. Comme le disait récemment dans une interview le vice-président sortant Dick Cheney, qui a contribué à créer Guantanamo, « ce qui reste c’est le noyau dur (...) y compris des cibles de grande valeur dont Khaled Cheikh Mohammed ». M.Cheney a ajouté : « J’ignore combien de membres du Congrès tiennent à voir 200 terroristes d’Al Qaida placés sur le territoire » dont ils ont la responsabilité. Il aurait pu en dire autant concernant les gouvernements européens. |
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