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Politiques externes / Sommet UE/JaponImprimer l'article | ![]() ClimatLe Japon veut peser sur les négociations internationalesPar Anne Eckstein | jeudi 15 mai 2008
Tokyo a mis la lutte contre le changement climatique au coeur de ses priorités pour l’année 2008. Ce thème sera inscrit en tête de l’ordre du jour du Sommet UE/Japon à Tokyo (23 mai), et des réunions des ministres de l’environnement du G8 à Kobe (16-17 mai 2008) et du G8 à Hokkaido (7-9 juillet). Tokyo organisera aussi, dans la foulée, la 4e réunion des économies majeures sur l’énergie et le climat, également à Hokkaido. L’objectif, comme l’a précisé le 26 janvier 2008, le Premier ministre nippon, Yasuo Fukuda, lors du Forum économique mondial de Davos, est de poser les jalons d’un nouvel accord international, auquel tous les pays et, notamment, tous les grands émetteurs de CO2, participeront. Réduire de 50 % d’ici 2050 les émissions japonaises de gaz à effet de serre (GES) est l’objectif que s’est fixé le gouvernement nippon en adoptant, en 2007, l’initiative « Cool Earth 50 », véritable pierre angulaire de sa stratégie de lutte contre le changement climatique. Le programme « Cool Earth Promotion », concrétise ces orientations sous forme de propositions que le Japon présente dans le cadre des négociations internationales pour remplacer le Protocole de Kyoto qui expirera fin 2012. COOL EARTH PROMOTION PROGRAMMERégime post Kyoto (après 2012) : les Nations unies sont et doivent rester au cœur du processus de négociation en cours, estime le Japon, pour qui tous les pays, y compris tous les grands pollueurs, devront participer au nouveau mécanisme. Le Japon ne ratifiera un nouvel accord « post-Kyoto » que si les Etats-Unis et la Chine font de même, laisse-t-on entendre à Tokyo. Au titre du nouvel accord, tous les pays gros émetteurs de GES devraient définir des « objectifs nationaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre », sur une base « juste et équitable ». Le Japon privilégie pour ce faire l’approche sectorielle : tous ces pays devraient analyser le potentiel de réduction d’émission de chaque secteur (industrie, bâtiment, transports et agriculture) sur base d’indicateurs fondés sur l’efficacité énergétique et sur les technologies qui seront utilisées à l’avenir. L’addition des potentiels de réduction sectorielle permettra ensuite de définir des objectifs nationaux, chiffrés, de réduction des GES. Tokyo voudrait aussi que l ’année de référence à ce calcul soit 2005 au lieu de 1990, date de référence du Protocole de Kyoto. Même si elle est muette sur le caractère contraignant ou non de ces objectifs, cette proposition constitue cependant une avancée du Japon qui s’était, jusque là, bien gardé d’évoquer des objectifs chiffrés de réduction des émissions de GES après l’expiration du Protocole de Kyoto. Coopération internationale pour l’environnement: les transferts de technologies et l’aide au développement sont les deux axes à développer en ce domaine, estime Tokyo, pour qui « tendre vers l’utilisation la plus efficace de l’énergie est devenue une obligation pour l’humanité ». Raison pour laquelle le Japon suggère d’ « améliorer l’efficacité énergétique » dans le monde entier de 30 % d’ici à 2020 dans le cadre de la coopération environnementale internationale. Il annonce son intention de transférer, à cet effet, des technologies environnementales vers un plus grand nombre de pays. Concernant l’aide au développement, Tokyo va créer un nouveau mécanisme financier, le « Cool Earth Partnership » visant à mettre en place un fonds de 10 milliards de dollars pour aider les pays en développement dans leur lutte contre le réchauffement climatique. Sur cette somme, 2 milliards de dollars seraient consacrés, sous forme d’aide non remboursable, à l’adaptation au changement climatique et à l’accès aux énergies propres et 8 milliards de dollars, sous forme de prêts à taux préférentiels, à des mesures d’atténuation du changement climatique (comme l’amélioration de l’efficacité énergétique des centrales électriques). Tokyo propose en outre la création d’un nouveau fonds multilatéral d’aide aux PVD avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne et lance un appel à la participation d’autres donateurs. Innovation: le développement de nouvelles technologies et l’évolution vers une économie à faible teneur en carbone sont étroitement liés, soulignent les autorités japonaises, pour qui il est indispensable d’opérer une véritable percée technologique, si l’on veut réduire de 50 % les émissions de GES d’ici 2020. Sont particulièrement ciblées pour atteindre l’objectif d’une économie à zéro émission, les technologies visant à renforcer l’efficacité énergétique et la capture et le stockage du CO 2. Le Japon met l’accent sur la nécessité de renforcer les investissements dans la recherche et le développement dans le domaine de l’environnement et de l’énergie et annonce son intention d’y investir, au cours des 5 prochaines années, 30 milliards de dollars. Il propose, de plus, d’élaborer un cadre international de collaboration qui permettra aux pays de collaborer étroitement avec les agences internationales comme l’Agence internationale de l’énergie (AIE) pour accélérer le développement technologique. A noter que selon les dernières données disponibles, le Japon est effectivement en pointe en la matière avec des investissements publics atteignant 3,9 milliards de dollars en 2005, contre 3 milliards pour les Etats-Unis et 1,2 milliard pour l’Union européenne (1). AUTRES PROPOSITIONSDeux autres propositions feront sans nul doute l’objet d’âpres discussions sur la scène internationale. La première demande la modification de l’annexe I de la Convention cadre sur le changement climatique qui sert aussi de base aux engagements pris au titre du Protocole de Kyoto. Cette annexe, qui établit la liste des pays développés et assimilés, regroupe les 24 pays membres de l’OCDE lors de l’adoption de la Convention (1992) ainsi que la Russie et les pays ex-communistes de l’Europe de l’Est. Les pays qui ne figurent pas dans cette liste étaient alors presque tous regroupés au sein du G77 (Groupe des pays en développement) et ne sont liés à aucune obligation contraignante par le Protocole. Depuis, des pays comme la Chine et l’Inde ont vu leurs émissions de CO 2 grimper en flèche et l’OCDE a accueilli en son sein le Mexique – qui a encore la double casquette – et la Corée du sud qui, comme plusieurs pays membres de l’OPEP et une demi-douzaine d’autres pays alors classés parmi les PVD (Singapour, Israël, etc.) ont un PIB par habitant plus élevé que certains Etats membres de l’UE. Le Japon demande dès lors une « clarification » de la distinction entre pays développés et pays en développement pour « l’après-2012 ». Il prône l’élaboration de normes objectives pour établir un nouveau classement des pays tenant compte notamment de l’appartenance à l’OCDE et du PIB par habitant. La seconde proposition vise plus particulièrement l’Union européenne puisque le Japon remet en cause le principe de la « bulle européenne » pour l’après-2012. Pour mémoire, l’UE s’est engagée en 1997 « en bloc » au nom de ses Etats membres (UE15 à l’époque) sur un seul objectif global de réduction des émissions de GES, dans le cadre du Protocole, puis a réparti la charge entre ses membres « en interne ». Ce principe pourrait masquer les responsabilités inhérentes à chaque pays, estime Tokyo, qui demande donc son réexamen du point de vue de l’équité et de l’efficacité. OBJECTIFS KYOTO : TOKYO À LA PEINEDans le cadre du protocole de Kyoto, le Japon devrait réduire ses émissions globales de GES de 6 % en 2012 par rapport à leur niveau de 1990. Il est cependant en retard sur ses objectifs, ainsi que le démontre une étude commanditée par le MITI ( Ministry of International Trade and Industry) à son Agence des ressources naturelles et de l’énergie, intitulée « Perspectives de l’offre et de la demande d’énergie à long terme », selon laquelle les émissions japonaises de GES, loin de reculer, ont augmenté en 2005 de 6,9 % par rapport à 1990. Quant aux émissions de CO 2, qui représentaient 4 % des émissions mondiales de CO 2dues à la combustion fossile en 2005, l’AIE estime qu’elles ont augmenté de 14,8 % entre 1990 et 2005 (passant de 1 058 millions de tonnes/CO 2 à 1 214 millions/CO 2 en 2005). Cela, bien que le Japon soit, selon le Premier ministre Fukuda, parvenu, au cours des 30 dernières années, à doubler son PNB sans augmenter la consommation générale d’énergie de son industrie par une amélioration de l’efficacité énergétique. Selon M. Fukuda, si le taux d’efficacité énergétique atteint par les centrales électriques nippones était également atteint aux Etats-Unis, en Chine et en Inde, cela représenterait une réduction de 1,3 milliard de tonnes de CO 2, soit l’équivalent de l’ensemble des émissions annuelles du Japon. Reste que le pays doit encore faire de gros efforts pour attendre ses objectifs. Et ces difficultés expliquent les réticences de Tokyo à accepter des objectifs contraignants dans le cadre du futur accord. Le Japon remet en cause le principe de la « bulle européenne » pour l’après-2012(1) Source AIE et Commission européenne |
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L’UE et le Japon préconisent une approche « contraignante » -
