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Politiques externes / Sommet UE/AfriqueImprimer l'article | ![]() Entretien avec Joao Cravinho, secrétaire d’Etat chargé des Affaires étrangères et de la Coopération« La question Mugabe est accessoire »Propos recueillis par Sébastien Falletti | mercredi 05 décembre 2007
C’est lui qui s’est efforcé, plus que quiconque, de faire en sorte que le deuxième Sommet UE-Afrique ait lieu les 8 et 9 décembre à Lisbonne. Le Portugais Joao Cravinho, secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères et à la Coopération, explique à Europolitiqueen quoi ce Sommet sera la clé des relations futures entre les deux continents. Depuis le Sommet précédent de 2000, l’UE tente d’organiser une nouvelle réunion. Pourquoi ce déblocage maintenant ? Nous avons attendu longtemps, elle aurait dû avoir lieu en 2003. Cela n’a pas été le cas pour une raison: le différend sur la présence de Mugabe. Mais aussi par faute d’engagement suffisant de l’UE, me semble-t-il. Au cours des deux dernières années, l’on a pris conscience que la mondialisation nous contraint à nous engager dans un dialogue continental avec notre voisine immédiate, l’Afrique. Les thèmes tels que le changement climatique, les migrations ou l’énergie renouvelable ne peuvent se traiter qu’à un niveau continental. Nous avons aussi compris que la voix de l’Afrique était plus ou moins absente sur ces questions, ce qui pouvait avoir des conséquences très négatives pour l’Europe. Certains Etats membres moins axés sur la réalité africaine s’en sont récemment rendus compte. C’est déjà tard, cela aurait dû se produire plus tôt, heureusement les conditions sont désormais réunies. L’émergence de nouvelles puissances économiques en Afrique, dont la Chine, a-t-elle joué un rôle ? Je présenterais autrement les choses. L’émergence de nouveaux acteurs est le fruit d’une analyse que nous avons faite et que l’Europe a été lente à faire. Elle a forcé l’Europe à se confronter à elle-même et à se demander : pourquoi s’intéressent-ils tant à l’Afrique ? Pourquoi nous, avec notre histoire et nos contacts avec les Africains, éprouvons tant de difficultés à organiser un Sommet ? Ce n’est pas une attitude défensive. Je pense que rien ne remplace l’Europe en Afrique, la Chine a un rôle à jouer et que c’est bien pour l’Afrique. Nous ne partageons pas toujours les mêmes objectifs et valeurs, mais nous devons voir les choses positivement. Nous devons engager la Chine dans un dialogue avec l’Afrique, c’est d’ailleurs ce que nous faisons depuis juin. Il n’a pas été facile de convaincre nos partenaires chinois mais il faut leur rendre cette justice: une fois assis autour de la table, c’est avec enthousiasme qu’ils ont parlé de l’Afrique. Décelez-vous la même volonté de l’Afrique de s’engager dans un partenariat nouveau avec l’Europe ? L’Afrique a fort changé ces dernières années. Le développement de l’Union africaine est remarquable. Elle permet au continent de s’engager dans le dialogue. Ceci dit, le continent a beaucoup de problèmes, dont l’adaptation au changement. Les situations sont très variables. Certains pays comprennent que l’Afrique doit s’organiser pour compter sur la scène mondiale. D’autres sont plus introvertis. Globalement, la réponse que nous recevons en termes de participation est positive. Ce qui démontre une chose: les leaders africains tiennent à la tenue du Sommet. Comment la présidence compte-elle éviter que M. Mugabe ne s’attire la couverture, à Lisbonne ? La présidence ne contrôle pas la presse. Il est déplorable que les journalistes s’intéressent surtout à cette question et non à la substance du Sommet. Nous n’y pouvons rien. Ce sera dommage car la question Mugabe est accessoire, ce n’est pas ce qui sera, de ce Sommet, historiquement important. Certains journalistes s’en sont heureusement aperçus ces deux derniers mois. M. Mugabe compte sur ce type d’approche des mass media pour sa survie politique. Mais M. Mugabe est fortement appuyé par ses collègues africains... L’appui dont il bénéficie est un soutien de principe. Nous avons rencontré beaucoup de dirigeants africains. Ils ne défendent jamais en privé la politique de M. Mugabe. Mais ils défendent le fait que l’Europe n’a pas à dicter qui doit représenter un pays au Sommet. Ils sont fermes sur ce point, et nous le comprenons. Etes-vous prêt à affronter les Africains sur les droits de l’homme, à Lisbonne ? Les droits de l’homme et la bonne gouvernance sont au coeur de l’approche européenne de l’Afrique et du monde. Ils seront au coeur des débats. Ce sont des éléments importants de la stratégie qui seront un des grands thèmes à aborder. Mais je ne parlerais pas d’affrontement. Beaucoup d’Africains ont un excellent score en matière de droits de l’homme. Et des Africains nous ont dit : « nous avons des choses à dire à ce sujet». Manifestement, la situation au Zimbabwe sera débattue. Mais de manière proportionnée: il ne s’agit que d’un des 70 pays présents. Il n’y aura pas d’Europe affrontant l’Afrique, mais l’Europe et l’Afrique débattant ensemble des droits de l’homme, et la tragédie du Zimbabwe sera dans tous les esprits. Des Africains accusent l’Europe de lui dicter sa conduite et parlent de néo-colonialisme... Un de nos objectifs est de dépasser ce paradigme colonial ou néo-colonial. Il est évident que l’Europe a aussi des reproches à se faire en matière de droits de l’homme. Certains pourraient vouloir le rappeler. Ce qui compte, c’est que nous nous engageons dans un dialogue, que nous sommes à l’écoute de ce que les autres ont à dire. Nous serons tantôt d’accord avec eux, tantôt pas. Il est légitime que les Africains et les Européens présentent leur conception des droits de l’homme ou de la gouvernance. Autre dossier délicat, la négociation d’un accord de partenariat économique. Craignez-vous que ces accords ne prennent le sommet en otage ? C’est un facteur qui gagne en importance alors que se rapproche la date butoir de l’OMC, le 31 décembre. La lenteur des progrès à ce jour nous déçoit. On y travaille depuis 2002 et nous pensons honnêtement que l’on aurait dû être à ce stade bien plus avancés. Mais nous sommes dans cette situation. Il faut dire aussi que les APE sont des sujets très complexes. Il n’appartient pas aux chefs d’Etat et de gouvernement de débattre de périodes de transition ou de la nature d’un produit sensible.... mais inévitablement, toute la problématique du commerce sera là. C’est inévitable et légitime. Malheureusement, au lieu d’un débat ouvert, la discussion peut porter sur des questions très étroites qui sont les négociations en cours. J’espère que nous pourrons relever la tête et embrasser l’avenir, sans rester braqués sur l’immédiat. Ne pensez-vous pas que certains pays pourraient être tentés, au sommet, de faire chantage sur l’UE avec les APE ? Je ne pense pas que ce soit l’esprit du partenariat ou des négociations. Je ne pense pas ce chantage possible. Mais après tout, nous sommes des pays souverains, libres d’accepter ou de ne pas accepter un accord. Si en fin de compte un pays décide qu’il ne veut pas signer d’APE, il ne signera pas, il en a le droit souverain. Nous estimons qu’il y aura pénalisation sur le long terme parce que les APE sont des instruments de développement d’un grand potentiel, et ils permettent en outre aux pays de se préparer à la mondialisation. Préparer un pays à la mondialisation est un processus douloureux, mais faire pression sur ce pays n’est pas acceptable non plus. Craignez-vous que l’absence de Gordon Brown, voire d’autres leaders de l’UE, n’affaiblisse la position de l’Europe ? Non, pas du tout. Tout indique que nous pouvons être confiants. Nous pensons qu’il y aura une présence de haut niveau tant du côté européen que du côté africain. Et si Gordon Brown ne souhaite pas venir pour les raisons que l’on sait, il n’a jamais préconisé de boycott. Je ne suis pas sûr que le Royaume-Uni a toujours traité la question le plus intelligemment, mais il a fait une contribution très importante à la stratégie UE-Afrique. |
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« Apprenez à traiter l’Afrique comme une entité ! » -
