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Entretien avec Ivan Ivanov, directeur du Bureau européen d’information sur les Roms (ERIO)

Ségrégation des Roms : « Il faut des actions positives obligatoires »

Propos recueillis par Nathalie Vandystadt | lundi 09 novembre 2009



Présidée par les pays à la tête de l’UE, la plate-forme européenne pour l’« inclusion des Roms » est censée permettre aux États membres d’échanger des pratiques qui ont fait leur preuve au niveau national pour améliorer l’intégration des populations Roms. Créée en avril dernier, puis réunie une deuxième fois fin septembre, cette structure a mis l’accent sur l’éducation. Un domaine, parmi d’autres, où les besoins des Roms sont énormes, comme le souligne Ivan Ivanov, directeur du Bureau européen d’information sur les Roms (ERIO).

Qu’attendez-vous de la plate-forme européenne des Roms ?

Au début, mes attentes étaient presque nulles. Beaucoup de personnes concernées, y compris les gens de la Commission, n’étaient pas claires sur la manière dont devait fonctionner la plate-forme. Devait-elle être un organisme séparé ? Un groupe de gens, d’organisations et/ou d’institutions ? Puis, en avril, il a été décidé que ce ne serait pas un nouvel organisme mis sur pied par la Commission, mais un processus. Dans ce processus, les institutions européennes sont impliquées, ainsi que chaque présidence de l’Union, et vraisemblablement les responsables de haut niveau de chaque État membre, les organisations intergouvernementales et les ONG comme ERIO.

De quels processus d’intégration parle-t-on ?

Il s’agit de voir comment adapter les principales politiques européennes aux Roms, dans quelle mesure celles-ci peuvent aider à améliorer leur situation. Cela a été expliqué en avril dernier à Prague, à l’occasion de la première réunion. La Commission a alors expliqué qu’il y aurait une profonde révision des politiques actuelles pour voir si elles fonctionnent dans le cas des Roms. La nouvelle directive anti-discriminations devrait aussi aider à réduire les discriminations à leur encontre. Enfin, il s’agit de partager les bonnes pratiques, comme celles qui ont été adoptées en Espagne, en les appliquant en Roumanie, par exemple.

Comment aujourd’hui les Roms vivent-ils en Europe ?

Ils sont confrontés à un haut niveau de discrimination et de racisme, doublé d’un haut niveau de pauvreté, dans tous les domaines : éducation, soins de santé, emploi, logement, accès aux services. Les Roms ont besoin d’une meilleure éducation, l’analphabétisme est très élevé parmi eux. Ils ont besoin de sortir de la ségrégation, de sortir des écoles ségrégatives, où ils reçoivent une très mauvaise éducation, et de rejoindre les écoles normales.

La ségrégation ne concerne pas que les pays d’Europe centrale…

Elle existe aussi en Europe de l’Ouest, en France, en Irlande, dans certains cas en Espagne. Mais la ségrégation a longtemps été institutionnalisée en Europe centrale. Les Roms sont non seulement ségrégés à l’école, mais ils sont également relégués dans des ghettos, tenus à distance des villes. Là-bas, il n’y a pas de transports. Les conditions sanitaires sont mauvaises, et les hôpitaux sont loin. Certains ghettos n’ont ni eau courante ni électricité, comme en Slovaquie.

Peut-on parler de progrès en Europe centrale ?

La situation est pire. Dans le passé, les Roms avaient du travail, même s’ils étaient relégués aux tâches les moins qualifiées. Il y a vingt ans, ils ont été les premières victimes de la libéralisation de l’économie. Ils se sont appauvris. Ensuite, les groupes d’extrême droite, de plus en plus présents sur la scène politique, ont réalisé que jouer la carte ethnique, la carte du racisme, leur apportait des voix. C’est ainsi qu’ils ont créé des tensions entre Roms et non-Roms avec leurs déclarations populistes. Partout, les minorités constituent la partie la plus faible de la société. Et les Roms sont minoritaires partout. Ils sont rendus coupables de tous les problèmes. Aujourd’hui, en République tchèque par exemple, on les accuse d’être à l’origine de la réimposition de visas par le Canada.

Justement, la réimposition des visas canadiens en République tchèque peut-elle changer quelque chose ?

La décision canadienne est temporaire. C’est juste pour inciter la République tchèque à prendre le problème des Roms au sérieux. Ce n’est pas simplement un problème d’immigration, c’est un problème politique. Mais encore une fois, si le Canada rouvre ses frontières sans visa aux citoyens tchèques, cela ne résoudra pas le problème. La question est européenne : il doit y avoir une sérieuse campagne contre les discriminations anti-Roms. Parce qu’il est clair que les Roms constituent la population la plus rejetée d’Europe.

Pourquoi un tel rejet ?

Il n’existe pas de bonnes politiques d’intégration. Il n’y a pas de volonté politique d’améliorer la situation. Nous avons aussi besoin d’un sérieux programme de promotion de la culture tsigane. La culture, les traditions, la mentalité ne sont pas connues. Et parce qu’elles sont méconnues, les autres se créent des stéréotypes et des préjugés. Dans les journaux, il n’y a que des informations négatives à propos des Roms. C’est pourquoi, en plus de ces campagnes anti-discriminations et d’information, on doit créer des mécanismes pour permettre aux Roms et aux non-Roms d’interagir ensemble. Pour l’heure, les Roms ne sont nulle part. Il n’y a pas de docteurs, d’avocats, d’hommes politiques. Alors que l’Europe compte 14 millions de Roms, ils n’ont qu’une seule députée au Parlement européen !

Que préconisez-vous ?

Des actions positives obligatoires (aujourd’hui, celles-ci dépendent de la volonté des États membres, ndlr) en matière d’éducation, d’emploi. Il faut fermer ces écoles spéciales pour handicapés mentaux où l’on envoie les enfants Roms, et organiser des cours de préparation à la langue et à l’environnement culturel du pays.



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