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Les Roms, Européens à part entière, sur le papier

Par Nathalie Vandystadt | lundi 09 novembre 2009



Les Roms, en théorie citoyens à part entière de l’UE, sont en pratique toujours stigmatisés et marginalisés à l’extrême sur tous les plans : travail, niveau de vie, éducation, santé. Dans ces pages, Europolitique revient sur ce paradoxe européen, aggravé par la crise économique mondiale. Et contre lequel les stratégies d’intégration de l’UE, basées essentiellement sur la bonne volonté des États membres, paraissent bien faibles.

À l’intérieur de l’Union, la discrimination fondée sur la race ou l’origine ethnique est interdite tous domaines confondus. C’est ce que dit la Directive 2000/43/CE. Et pourtant, ceux qu’on appelle « Roms » (par commodité pour également désigner les Sintis, les Gens du voyage, les Ashkalis, les Kalés), la plus forte minorité européenne avec 10-12, voire 15 millions d’âmes, « affichent le taux global le plus élevé de discrimination », constate la première enquête de l’UE sur les minorités et la discrimination, réalisée en 2008 par l’Agence européenne des droits fondamentaux (FRA).

Cela va plus loin que de la discrimination. En Bulgarie, le pays le plus pauvre d’Europe, où près de 10 % des habitants sont d’origine rom, ils sont décrits comme « voleurs », « sales » et « ignorants », selon des stéréotypes très communs récemment rapportés par l’Institut Open Society à Sofia. Des préjugés qui se déclinent dans tous les pays européens. Racisme, haine, faible taux de scolarisation ou cantonnement des enfants roms dans des établissements spécialisés en Europe centrale, populisme des partis politiques, ségrégation dans l’accès au logement, au travail, à la santé, à l’école, aux magasins, aux cafés, expulsions arbitraires, chômage, pauvreté, ruptures de soins et de suivis médicales, arrestations policières liées à l’origine ethnique, agressions, menaces et harcèlement grave, y compris violences mortelles perpétuées par des groupes d’extrême-droite : c’est ce que décrivent toutes les études sur les Roms. Le commissaire Vladimir Spidla, chargé de l’Emploi, des Affaires sociales et de l’Égalité des chances, en a d’ailleurs fait une synthèse éclairante. Voici ce qu’il disait sur son blog le 4 avril dernier : « Si j’étais Rom, je serais confronté cinq fois par an à la discrimination sous différentes formes et je serais victime d’un délit tous les cinq ans. J’aurais tendance à ne pas porter plainte auprès de la police, car je sais que ce serait peine perdue. Quant à trouver un emploi, ce serait quasiment impossible ».

Certes mendicité, vols, exploitation des enfants, des handicapés, règlements de comptes sont des reproches récurrents faits aux communautés Roms. Ainsi, note encore le commissaire, « on considère communément que les Roms sont personnellement responsables du sort qui leur est réservé dans la société ». « C’est peut-être vrai dans certains cas, estime-t-il, mais le problème vient en grande partie de l’inadéquation des mesures sociales ».

Le Conseil de l’Europe, organisation intergouvernementale de 47 pays, a beau promouvoir la culture tsigane – partie intégrante du patrimoine européen depuis des siècles, à travers la musique et la danse, notamment -, les opinions sont sans appel. 77 % des Européens estiment que l’appartenance à une communauté rom constitue un handicap en Europe, révèle un eurobaromètre de la Commission de 2006. Selon un autre eurobaromètre publié deux ans plus tard, environ un quart des Européens ne seraient pas à l’aise à l’idée d’avoir un voisin rom, contre seulement 6 % s’il s’agissait d’un voisin d’une autre origine ethnique. Les plus forts rejets s’expriment en République tchèque et en Italie.

SECOND SOMMET DES ROMS EN AVRIL

Depuis plusieurs années, et encore plus avec l’élargissement à l’Est, l’UE accumule les résolutions du Parlement européen, des rapports de la Commission et autres conclusions du Conseil de l’UE sur la nécessaire intégration des Roms. Très médiatisé, le premier sommet européen des Roms avait été organisé le 16 septembre 2008. Problème, cette conférence avait été marquée par la colère de la communauté elle-même après le récent aval de la Commission à ce qui est considéré comme un « fichage » des Roms par le gouvernement de Silvio Berlusconi et contre lequel les eurodéputés se sont insurgés.

Ce sera à la présidence espagnole d’organiser le second sommet, le 8 avril 2010 à Cordoue. On ne connaît pas encore son contenu. Mais la communauté rom en attend beaucoup. Selon European Roma Policy Coalition(ERPC), un groupe d’ONG, ce sommet « devrait d’abord donner une feuille de route claire à l’UE pour lutter contre les sentiments anti-roms qui sont devenus trop fréquents dans toute l’Europe ». Ensuite, « c’est une occasion unique de proposer une série d’idées novatrices et réalisables qui permettront d’améliorer le niveau de vie des Roms et d’assurer leur inclusion active ». Cela ne se fera pas sans engagements financiers accrus de la Commission et des États membres, préviennent les ONG.

Le 8 juin dernier, les Vingt-Sept ont relancé un appel à « poursuivre une stratégie européenne d’intégration ». Le contexte est néanmoins tendu, tant au niveau national qu’européen. Le PE compte désormais plusieurs partis d’extrême-droite d’Europe centrale au discours aussi extrémiste, xénophobe qu’anti-Roms. À savoir le SNS slovaque (un siège), le Parti de la Grande Roumanie (PMR, deux mandats) ou encore le Jobbik hongrois qui a fait une entrée fracassante avec 3 élus. Cet été, l’UE a en outre reçu un vrai coup sur la tête quand le Canada a décidé de réimposer des visas aux citoyens tchèques pour freiner l’afflux de demandes d’asile déposées par des Roms. Si Europolitique consacre deux articles e ce dossier à la République tchèque, la situation est grave partout, comme le détaille le Conseil de l’Europe. En France, les Roms, pour la plupart ressortissants de l’UE depuis l’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie, sont « traités comme des citoyens de seconde zone », déplore Médecins du Monde. L’association demande « une trêve hivernale »pour les expulsions de leurs camps, à l’image des expulsions locatives.

« VALEUR AJOUTÉE EUROPÉENNE »

Au final, que fait l’UE devant une telle impasse ? Outre le sommet des Roms, les instances européennes n’ont pourtant pas chômé pour améliorer le sort des communautés. Une plate-forme d’experts, d’ONG et de représentants nationaux et européens, a été créée sous présidence tchèque en avril, dédiée à leur intégration. Sa priorité : l’éducation. Cette plate-forme a adopté 10 principes de base pour l’inclusion des Roms, prônant notamment l’intégration plutôt que le développement d’un marché du travail spécifique aux Roms. Il y a aussi les Fonds structurels : 275 millions d’euros ont été consacrés entre 2000 et 2006 à des projets en faveur des Roms. Ou encore la pression répétée sur les États membres pour qu’ils coordonnent leurs politiques et reprennent les « bonnes pratiques ». À ce propos, « si l’Espagne réussit à mieux intégrer les Roms, c’est précisément parce qu’elle met en œuvre des projets d’une durée de six ans », estime le commissaire Spidla, en référence à un programme d’accès à l’emploi financé par le Fonds social européen.

Plusieurs services de la Commission (Emploi, Régions, Justice/Sécurité/Liberté) s’occupent du dossier Roms, sous différents angles. L’approche doit être globale. En aucun cas, la Commission ne veut préconiser une politique « passe-partout ». « Ce dont nous avons besoin, c’est de mettre en évidence la perspective des Roms dans toutes les politiques spécifiques, pas de créer des politiques parallèles pour les Roms seulement », insiste un haut fonctionnaire. « Les responsables se situent aux niveaux national et local ». L’UE, elle, doit se contenter d’apporter une « valeur ajoutée ».

M. Spidla relève ainsi des progrès ça et là en matière d’éducation, comme l’organisation de « cours préparatoires » en République tchèque, qui ne doivent pas être réservés aux enfants roms. Toutefois, « très préoccupé » par les attaques parfois mortelles de groupes néonazis dont ont été victimes des Roms de Hongrie et de République tchèque, le commissaire reconnaît : « Nous sommes loin du changement général, partout la discrimination existe ».

S’agissant de l’amélioration de l’accès des Roms au marché du travail européen, le véritable espoir semble être repoussé au 31 décembre 2013, date de la levée des dernières restrictions à la libre circulation des travailleurs roumains et bulgares dans l’Union. Aujourd’hui, 10 pays usent encore de ces barrières, dont la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Italie. Pour Christer Hallerby, secrétaire d’État suédois à l’Intégration et à l’Égalité des chances, au nom de la présidence suédoise de l’UE, si l’UE a peu de pouvoirs directs, « nous avons néanmoins la capacité directe d’agir dans le cadre de l’anti-discrimination, et ce n’est pas peu (…). Nous sommes prêts à l’utiliser ».

Après sept ans de houleux débats, l’UE s’est aussi dotée fin 2008 d’une décision-cadre visant à punir y compris pénalement le racisme et la xénophobie. La Commission y voit une « avancée notable en faveur de la protection des Roms au niveau national contre les discours haineux ou les attaques violentes ». Seulement, il faudra attendre : les Vingt-Sept ont encore une année pour la transposer.

Enquête de la FRA et Eurobaromètres : www.europolitique.info > recherche = 260061



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