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Politiques externes / Relations UE/AsieImprimer l'article | ![]() La stratégie européenne pour l’Asie-Pacifique toujours en gestationPar Sébastien Falletti à Séoul | jeudi 17 septembre 2009
L’Asie Pacifique a beau être la région économique la plus dynamique du monde, elle n’en est pas moins le parent pauvre de la politique étrangère, encore naissante, de l’UE. Le bloc des Vingt-sept, qui ambitionne de devenir une puissance mondiale, s’efforce toujours d’être reconnu comme acteur sérieux dans une région appelée à jouer un rôle pivot au XXIe siècle. Jusqu’à récemment, les facteurs historiques et géographiques ont conduit l’Europe à centrer son attention sur les Etats-Unis, ses voisins du Sud et de l’Est, et les anciennes colonies d’Etats membres en Afrique. L’Asie-Pacifique est une région éloignée, méconnue pour la plupart des citoyens et décideurs politiques européens. « Il est temps que l’UE revoie sa stratégie globale à l’égard de l’Asie et la cible davantage », estime Yeo Lay Hwee, directrice du Centre de l’UE à Singapour. STRATÉGIE ASIATIQUEIl a fallu attendre 1994 pour que l’UE se dote d’une première stratégie globale pour l’Asie, au moment où elle pouvait difficilement ignorer les tigres asiatiques et l’émergence économique et politique du continent le plus peuplé de la planète. Quinze ans plus tard, l’UE poursuit sa quête d’une stratégie globale et efficace qui lui permette de s’affirmer en Asie orientale. L’Europe et l’Asie ont lancé avec succès, en 1996, l’ASEM, un processus qui a fortement dopé les relations intercontinentales (lire article séparé) mais l’Extrême-Orient reste en périphérie. Seule la Chine, qui est le centre de l’attention des experts en Asie à Bruxelles, s’est hissée au rang des priorités politiques majeures. La stratégie de 1994 a été mise à jour en 2001 pour intégrer la nouvelle donne économique et politique, y compris la crise économique asiatique. Toutefois, la Commission européenne a reconnu que peu de progrès avaient été accomplis. « Notre coopération au développement et notre coopération économique avec les pays d’Asie ont enregistré une modeste progression. Il reste cependant beaucoup à faire, notamment pour approfondir et élargir notre dialogue politique, pour favoriser les flux bilatéraux d’échanges commerciaux et d’investissement, pour renforcer notre coopération au sein de l’OMC et pour faire en sorte que nos programmes d’aide en Asie puissent déployer pleinement leurs effets », indique la communication. C’est dans ce contexte que plusieurs commissaires européens ont tenté de donner plus de corps aux politiques asiatiques de l’UE. Ainsi, Chris Patten, en charge des Relations extérieures sous la Commission Prodi (1999-2004), pouvait se targuer d’une expérience de première main en Asie de l’Est. Cet ancien gouverneur britannique de Hong Kong a naturellement plaidé pour un engagement accru de l’Europe dans la région. Selon lui, l’Asie mérite toujours une place de choix dans l’agenda européen. Il a présenté, en 2003, la première stratégie pour l’Asie du Sud-Est, et renforcé le réseau de délégations de la CE dans la région, y compris par l’ouverture d’un bureau à Singapour. LE FACTEUR CHINOISSous le président José Manuel Barroso, le commissaire au Commerce Peter Mandelson a fait pour la première fois de l’Asie une priorité majeure de l’exécutif européen. Soucieux de faire gagner à l’UE de nouveaux marchés dans les économies asiatiques en croissance rapide, il s’est aussi engagé auprès de ses interlocuteurs asiatiques à garder le marché européen ouvert en résistant aux tendances protectionnistes. La Chine a soudain supplanté tous les autres dans l’agenda du commissaire, qui s’est régulièrement rendu à Pékin dans l’espoir de décrocher un accord bénéfique pour les sociétés et les consommateurs autant européens que chinois. Par ailleurs, le commissaire britannique a lancé trois ambitieuses négociations de libre-échange avec la Corée du Sud, l’ANASE (Association des Nations de l’Asie du Sud-Est) et l’Inde. A ce jour, seul un accord avec Séoul semble pouvoir être bouclé dans un avenir prévisible. Si l’UE signe ces prochains mois un accord avec la Corée du Sud, elle pourrait dépasser les Etats-Unis. Les Américains n’ont toujours pas ratifié l’accord de libre-échange qu’ils ont conclu en 2007 avec la quatrième économie d’Asie. L’émergence de la Chine comme superpuissance a incité l’UE à revoir son attitude à l’égard de l’Asie ces cinq dernières années. La Commission et les Etats membres ont tenu à rehausser leur « partenariat stratégique » avec Pékin. Mais la place que s’est taillée le géant d’Asie, couplée à un nombre croissant de frictions d’ordre économique, défie l’UE. Comme l’indique un rapport récent du Conseil européen pour les relations extérieures (ECFR - European Council for Foreign Relations), l’UE ne tient plus le haut du pavé et s’efforce d’accroître son influence sur la Chine. Mais « l’obsession chinoise » de décideurs politiques européens empêche l’UE d’élaborer une stratégie asiatique globale. En s’efforçant de renforcer ses relations avec l’Inde, le Pakistan ou l’Indonésie, l’UE pourrait accroître son influence dans la région et compenser l’importance de la Chine. Un rapprochement avec l’ANASE est un pilier de la stratégie européenne : l’UE assimile ce bloc à une organisation sœur à vocation d’intégration régionale. Des divergences concernant la négociation commerciale ou la Birmanie illustrent les limites des relations. Lors d’un voyage en 2007, le Président Barroso a redécouvert le Japon comme partenaire clé partageant les mêmes valeurs démocratiques et environnementales que l’UE, dans une région en instabilité croissante. Reste qu’il y a peu de marge d’amélioration des relations économiques bilatérales avec Tokyo. SÉCURITÉBouclée avec succès en 2006, la mission de surveillance de la paix menée par l’UE à Aceh (Indonésie) a impliqué, pour la première fois, le bloc européen dans la sécurité asiatique, qui est traditionnellement la chasse gardée des Etats-Unis. La participation au forum régional de l’ANASE – le rendez vous annuel majeur en sécurité asiatique – est un autre exemple de la détermination de l’Europe à s’impliquer, mais nombreux sont les observateurs qui estiment que les ressources ne sont pas à la hauteur des ambitions. L’UE espère signer, l’année prochaine, un traité d’amitié et de coopération avec le bloc. Avec comme objectif ultime la participation au Sommet de l’Asie de l’Est, lancé en 2005, l’UE frappe à la porte de cette nouvelle enceinte qui regroupe les dirigeants de membres de l’ANASE, de Chine, du Japon, de la Corée du Sud, de l’Inde, de l’Australie et de Nouvelle-Zélande. |
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