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Entretien avec Park Sung-Hoon, professeur d’économie à l’Université de Corée

« L’UE doit en faire davantage en Asie »

Entretien par Sébastien Falletti à Séoul | jeudi 17 septembre 2009



Park Sung-Hoon, professeur d’économie à la prestigieuse Université de Corée, à Séoul, explique àEuropolitique pourquoi l’UE jouit d’une visibilité aussi faible en Asie, malgré son statut de géant économique. Le rôle dominant des Etats-Unis dans la sécurité de la région est le facteur le plus important. Mais le professeur insiste sur le fait que l’UE doit investir davantage dans le commerce asiatique afin d’augmenter son poids dans cette région économique la plus dynamique au monde.

Pourquoi la visibilité de l’UE est-elle si faible en Asie ?

L’idée selon laquelle l’UE devrait jouer un rôle d’acteur international est très nouvelle. Jusqu’il y a peu, l’UE ne s’était pas beaucoup engagée dans les questions internationales et les affaires asiatiques. Ce manque d’engagement explique en grande partie l’invisibilité relative de l’UE dans les sociétés asiatiques. Jusqu’au milieu des années 1990, les politiques extérieures de l’UE se concentraient sur les relations transatlantiques ainsi que sur l’Afrique et l’Amérique latine, où plusieurs Etats européens ont eu des colonies dans le passé. Ces relations traditionnelles ont forgé les politiques extérieures de l’UE pendant longtemps au détriment de l’Asie. L’UE a découvert la valeur de l’Asie de l’Est au début des années 1990. Ainsi, la première stratégie asiatique a été adoptée en 1994. Les relations UE-Asie n’ont pas plus de quinze ans et n’en sont donc qu’aux balbutiements, selon moi. Le lancement de l’ASEM en 1996 a marqué un tournant très substantiel à cet égard, car cette initiative a été créée sous la forme d’un Sommet. Toutefois, il reste possible d’améliorer le processus surtout par rapport à celui de l’APEC (Coopération économique Asie-Pacifique) qui inclut les Etats-Unis. L’APEC inclut davantage de forums et d’espaces où les questions sont traitées, analysées et débattues de manière significative. La qualité du dialogue et de la coopération dans le cadre du processus de l’ASEM n’est pas aussi substantielle.

Comment expliquez-vous ces limites ? Y a- t-il un manque d’intérêt ?

Je ne pense pas qu’il s’agisse de l’intensité de l’intérêt. Je pense que la présence et l’engagement des Etats-Unis en Asie font la différence. L’UE admet que le rôle des Etats-Unis est trop marqué dans la région, surtout en matière de sécurité. C’est pourquoi l’UE ne veut pas s’impliquer davantage dans ce domaine. C’est probablement la raison pour laquelle les relations Asie-Europe présentent certaines limites.

Mais l’Asie souhaite-t-elle vraiment que l’UE exerce une plus grande influence ?

Les positions et les intérêts des pays asiatiques divergent. Certains Etats accueillent très favorablement le rôle accru de l’UE. Généralement, ces pays n’ont pas très bien vécu l’influence américaine dans la région, notamment la Malaisie et le Vietnam, même si ce dernier a fortement amélioré ses relations avec Washington au cours des dernières années. Hanoï était traditionnellement fermée à l’Europe mais elle développe désormais une approche de politique économique et étrangère très pragmatique. Dernièrement, l’Indonésie a adopté une attitude plus amicale à l’égard de l’Amérique. La position de la Chine est différente car elle souhaite occuper une place de leader et est engagée à cet égard dans une rivalité avec le Japon et les Etats-Unis. Pékin veut devenir le leader dans la région. Dans ce contexte, la Chine est relativement plus encline à coopérer avec l’UE afin de jouer la carte européenne contre les Etats-Unis.

Que devrait faire l’UE pour accroître son influence ?

L’UE lutte pour parler d’une seule voix. En matière de relations étrangères et de sécurité, l’intégration européenne est loin du stade de l’union. Nous sommes donc en présence d’un grand nombre d’opinions émanant des différents Etats membres et elles ne peuvent pas vraiment être coordonnées par la Commission européenne. C’est particulièrement vrai en ce qui concerne la Chine où des intérêts économiques et politiques divergents sont en jeu. C’est un problème de taille. En outre, en raison du schéma institutionnel complexe de l’UE, il est rarement possible de répondre à temps à une crise internationale. La réponse de l’UE arrive souvent trop tard et la position de l’Union ne présente souvent qu’une unité de surface.

Pensez-vous que l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne pourrait faire la différence ?

Cela apportera indéniablement une certaine amélioration. Mais quant à savoir si cela entraînera vraiment l’unification des positions, la question reste entière. Les Etats membres doivent d’abord réfléchir au développement de politiques coordonnées et cohérentes en leur sein.

Quel est l’actif de l’UE en Asie ?

L’UE est un partenaire très important surtout sur le plan économique. Il est essentiel pour un pays comme la Corée du Sud. Si vous examinez les chiffres des échanges et des investissements, vous constatez que l’UE est actuellement le deuxième plus grand partenaire commercial après la Chine. Et la Chine n’est arrivée en première position que très récemment. ll y a entre 5 et 10 ans, l’UE était en troisième ou quatrième position comme marché pour les produits coréens. Dernièrement, elle est arrivée en deuxième position, rattrapant les Etats-Unis. En matière de culture et de coopération sociale, la plupart des pays asiatiques dépendent aussi davantage de l’Europe. Dans ce domaine, l’UE possède un avantage compétitif par rapport aux Etats-Unis. Les activités de la fondation Asie-Europe (ASEF) ont une certaine influence dans les milieux politiques et universitaires. En développant un pouvoir non contraignant en Asie, l’UE augmentera sa visibilité. Mais les activités de la délégation de la Commission ne sont pas bien représentées ni assez visibles. L’UE doit investir davantage pour accroître sa visibilité. En ce sens, l’ouverture de centres européens est une initiative bienvenue. Néanmoins, je pense que c’est insuffisant.

La position de l’Union ne présente souvent qu’une unité de surface

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