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Institutions / Présidence tchèqueImprimer l'article | ![]() Les incertitudes de l’arène politique tchèquePar Chris Johnstone, à Prague | lundi 05 janvier 2009
Normalement, une présidence du Conseil a pour effet de rallier et d’atténuer les dissensions politiques internes. Sauf en République tchèque, apparemment. UNE COALITION FRAGILELe Premier ministre Mirek Topolánek mène son parti Démocrate Civique (ODS) et son fragile gouvernement de coalition vers un mandat de six mois avec une kyrielle de problèmes dans le meilleur des cas laissés de côté. Les cercles diplomatiques les disent prêts pour la présidence tchèque, mais pour ce qui est des responsables politiques, ils préfèrent ne pas commenter. La coalition ODS / Chrétiens-Démocrates / Verts n’a remporté un vote de confiance début 2007 que grâce à deux Socialistes rebelles, après une élection ex-aequo sans vainqueur à la Chambre basse du parlement. Depuis lors, les divisions au sein des trois partis hypothèquent toute majorité sur pratiquement n’importe quel dossier. Le gouvernement devrait tenir la route, en partie parce que l’opposition tente de former une majorité pour le renverser. La présidence devrait à la fois alimenter les tensions de la coalition et les apaiser par crainte du déshonneur et de l’annihilation électorale qui accompagneraient la chute du gouvernement. Les partis de la coalition poursuivent, pour la présidence, des buts parfois contradictoires, et leurs différends risquent de s’envenimer. A cet égard, la division la plus claire est celle du parti des Verts et son chef de file, Martin Bursík. Il voit en la présidence une occasion de rallier le reste du monde, et surtout les Etats-Unis, à la politique de l’UE pour contrer le changement climatique. Mais le paquet Energie/Climat a été dénoncé par le ministre ODS de l’Industrie, Martin Ríman, suivi sur ce point par le gros de son parti. Toute tentative de favoriser les perspectives du nucléaire à un niveau européen, dans le cadre de l’amélioration de la sécurité énergétique chère aux Tchèques, devrait être source de frictions avec les Verts. TRAITÉ DE LISBONNE CONTRE RADARLe traité de Lisbonne est automatiquement une pomme de discorde : l’ODS ne voit pas d’urgence à ratifier tant que l’Irlande n’aura pas précisé sa position définitive, et les Chrétiens-Démocrates et les Verts militent pour une ratification dès que possible. Les Sociaux-Démocrates d’opposition ont proposé une trêve politique pendant la présidence. Mais en la subordonnant à la ratification du traité de Lisbonne par le gouvernement, ou à une date pour l’adoption de l’euro. Les Démocrates Civiques, qui voudraient troquer leur soutien pour Lisbonne contre un soutien sur l’installation du radar anti-missiles américains sur le territoire tchèque, préfèrent mettre un frein pour le moment aux questions de l’euro et de la ratification. La base des Verts et deux de ses représentants désenchantés au parlement s’opposent au projet de radar. Chez les Démocrates Civiques, la perspective de la présidence a créé des tensions entre la direction et la base. Mirek Topolánek a prévenu les loyalistes du parti: ils continuera de prendre des positions peu conformes à leurs vues anti-UE. L’attitude concernant le traité de Lisbonne et le changement climatique a été la goutte qui a fait déborder le vase de Václav Klaus. Lors du Congrès de l’ODS en décembre, le président tchèque a annoncé qu’il coupait les ponts avec le parti qu’il avait contribué à fonder, et dont il était président honoraire. En reprochant au passage à Topolánek de revenir de chaque voyage à Bruxelles un peu plus pro-Européen. Topolánek est sorti renforcé du Congrès. Il ne s’est pas laissé détrôner à la tête du parti par son rival Pavel Bém, maire de Prague et protégé de Klaus. La plupart des partisans du Premier ministre ont été élus à des postes clés de l’ODS, reléguant Bém à la place de N°2 du parti. Depuis que Topolánek a succédé à Klaus à l’ODS fin 2002, le parti avait l’habitude de cartonner à chaque élection. Mais les élections de l’automne 2008 ont balayé l’ODS des régions et anéanti sa majorité au Sénat. Autant de plaies à panser et de problèmes à résoudre, autant de pressions sur Mirek Topolánek, même dans la perspective de deux années de plus à la tête des Démocrates Civiques. Bém continue de dominer la machine du parti à Prague, mais au Congrès, un certain mépris des régions pour la capitale a contribué au ralliement autour du Premier ministre. Si la base ne s’est pas résolue à changer la direction du parti, et à éventuellement faire tomber le gouvernement, M.Topolánek est fortement invité à mettre en œuvre des politiques conformes aux souhaits des militants. De nombreux loyalistes du parti estiment avoir été dupés par une coalition dans laquelle l’ODS a été contraint à des concessions disproportionnées à de bien plus petits partis. Ils espéraient qu’un remaniement ministériel réponde en partie de leurs attentes. Quant à Václav Klaus, maintenant qu’il a pris ses distances avec l’ODS, il pourrait poser des problèmes politiques pendant la présidence. Quels Conseils présidera-t-il ? A l’aube de la présidence tchèque, la question reste sans réponse. Il a donné l’impression que ce type de manifestation ne l’intéressait pas en minimisant l’importance des présidences de petits pays dans une UE dominée par les grands Etats. Mais rater une pareille occasion de faire connaître son point de vue, ça ne lui ressemble pas. L’EMPREINTE DE VáCLAV KLAUSL’empreinte de Klaus est omniprésente dans la création d’un nouveau parti de droite qui compte présenter un programme eurosceptique aux élections européennes de juin 2009 et aux législatives de 2010. Le jeune fondateur, Petr Mach, dirige le Centre pour l’Economie et la Politique, groupe de réflexion ancré à droite, créé par Klaus. Le nouveau parti s’est d’emblée opposé à toute poursuite de l’intégration européenne et à l’adoption de l’euro. S’il semble faire des émules parmi les députés et sénateurs Démocrates Civiques, les commentateurs politiques s’attendent à ce que la plupart d’entre eux s’abstiennent de s’engager pour l’instant. L’idée de créer une nouvelle force politique a été condamnée par les anciens proches de Klaus dont le chef des ODS au Parlement européen. Jan Zahradil n’a donc pas suivi automatiquement le président. Quel que soit son avenir, le nouveau parti devrait en tout cas compromettre les chances des Démocrates Civiques aux européennes et probablement les espoirs de MM. Zahradil et Topolánek de jouer un rôle clé dans la démarche, souvent remise à plus tard, de s’allier aux Conservateurs britanniques pour former une nouvelle faction de droite au PE. |
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