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Institutions / Présidence tchèqueImprimer l'article | Imprimer cet article

Entretien avec Jan Zahradil, chef de la délégation ODS (droite libérale tchèque) au PPE-DE

« Le traité de Lisbonne mène l’UE dans la mauvaise direction »

Propos recueillis par Célia Sampol | lundi 05 janvier 2009



Comment envisagez-vous la présidence tchèque de l’Union ?

C’est un défi, d’autant plus qu’un mois avant la fin de notre présidence nous aurons de nouvelles élections au Parlement européen. Donc notre mandat sera marqué par la campagne. Nous nous attendons à des performances de certains eurodéputés qui voudront faire parler d’eux. Or la seule façon de se rendre visible c’est d’attaquer le Conseil, c’est-à-dire la présidence en exercice. Je suis sûr que les socialistes européens n’hésiteront pas à adopter un ton très tranché, surtout si le traité de Lisbonne n’est pas encore ratifié en République tchèque. A part ça, nous devrons affronter un vrai problème qui est la réponse de l’UE à la crise financière et économique. L’une de nos priorités sera aussi la question de la sécurité énergétique et la diminution de la dépendance de l’UE. Enfin, sur le plan extérieur, nous défendrons l’élargissement y compris aux Balkans occidentaux, à l’Ukraine, la Turquie et la Croatie bien sûr. Et ce sera sous notre présidence que le premier Sommet UE/Etats-Unis avec la nouvelle administration américaine aura lieu. Beaucoup de sujets intéressants donc, mais nous sommes prêts. La capacité d’organiser une présidence, sur les aspects techniques et logistiques, n’a rien à voir avec la nature eurosceptique ou europhile d’un pays. Ce qui est clair c’est que le traité de Lisbonne ne sera pas entériné sous notre présidence parce que personne ne sait quand le référendum irlandais, s’il y en a un, sera organisé. Les élections auront lieu de toutes façons sur la base du traité de Nice donc il serait préférable de mettre de côté la question du traité de Lisbonne.

Ce sera difficile de négocier avec l’Irlande si vous n’avez pas ratifié le traité ?

Au contraire, cela peut être un avantage car nous pourrons montrer plus de compréhension envers ce pays puisque nous avons aussi nos propres réserves sur le texte. Notre président y est très opposé. Le gouvernement et surtout mon parti ne veulent pas le bloquer mais cela ne veut pas dire pour autant qu’ils sont satisfaits de l’ensemble. Personnellement, je ne suis pas un supporter du traité. Je trouve qu’il conduit l’UE dans la mauvaise direction et amène plus de problèmes qu’il n’en résout. On peut rester temporairement avec Nice, ce ne serait pas un désastre. Mais à l’avenir l’UE devra opter pour un modèle différent.

Le traité de Lisbonne donne pourtant plus de pouvoir au Parlement européen…

Pour parler honnêtement c’est justement pour ça que je suis devenu eurodéputé car je ne crois pas qu’attribuer plus de pouvoir au Parlement soit une bonne idée. Sa légitimité décroît à chaque élection. Les gens ne sont pas intéressés et la participation chute. Il est évident que les tentatives de créer une sorte d’opinion publique ou de conscience paneuropéenne ont été jusqu’à présent sans succès. Je pense que le PE devrait plutôt essayer d’exécuter les pouvoirs qu’il a déjà avant d’en réclamer davantage.

Pourquoi avoir demandé le report du débat sur le traité au parlement tchèque ?

La raison est l’adoption d’une résolution lors du congrès de notre parti, début décembre, dans laquelle nous déclarons qu’avant la ratification du traité de Lisbonne nous devrons ratifier le traité bilatéral avec les Etats-Unis sur le déploiement d’un radar anti-missile américain sur le territoire tchèque. Nous lions les deux car notre principal opposant, le parti social-démocrate, est très opposé à ce projet donc nous lui lançons un signal: ne bloquez pas le radar et nous ne bloquerons pas le traité de Lisbonne. Parlons clairement, nous sommes extrêmement intéressés par cet accord avec les Etats-Unis. C’est certes lié à la Russie mais aussi à l’UE car nous devons trouver notre équilibre entre ces deux complexes. D’ailleurs le principal problème avec le traité de Lisbonne est le nouveau système de vote à la majorité au Conseil qui renforce le poids des grands pays, notamment l’Allemagne et la France. Ces Etats membres seront beaucoup plus influents dans le processus de décision de l’Union. Notre volonté d’avoir une présence forte des Etats-Unis a donc un lien avec les ambitions grandissantes de l’UE.

Vous êtes un proche du président Vaclav Klaus, signera-t-il la loi de ratification ?

Personne ne sait ce qu’il va faire. Le président polonais Lech Kaczynski a dit qu’il ne signerait pas tant que le problème irlandais ne serait pas résolu. Je pense que M. Klaus fera pareil. Personne ne peut le forcer, il est autonome et il a une position exceptionnelle dans la Constitution. Il est LA personne qui conclut les traités internationaux. Donc tant qu’il ne signera pas le traité, celui-ci ne pourra être considéré comme juridiquement valable.

Que pensez-vous du parti paneuropéen eurosceptique lancé par Libertas ?

On verra s’il met des listes de candidats uniquement en Irlande ou au-delà. S’il fait campagne en Tchéquie, il pourrait nous voler des voix mais notre analyse montre que ses électeurs potentiels viendront probablement plus des autres partis que de l’ODS même, étonnamment. Il pourrait trouver davantage d’écho parmi les votants sociaux-démocrates ou chrétiens-démocrates que chez nous, car selon nos sondages leurs électeurs sont plus critiques vis-à-vis de l’Europe que les nôtres. Je pense toutefois qu’il devrait se concentrer dans des pays où il y a une demande et pas d’offre, comme en Allemagne, mais on ne peut l’empêcher de venir chez nous. Si cela arrive, je ne le verrai non pas comme un challenger mais comme un allié potentiel sur le terrain du Parlement européen.



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