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La République tchèque face à la crise économique

Chris Johnstone, à Prague | lundi 05 janvier 2009

Située en dehors de la zone euro et à l’écart de l’épicentre de la crise économique, la République tchèque apparaît comme un pilote hésitant et mal équipé pour diriger l’UE et un agenda économique de crise, durant les six prochains mois.

Prague a rejeté les premières mesures de lutte contre la crise. Même si le gouvernement tchèque, dont le point de référence principal est le programme national de réforme et le budget national, a adopté un ton différent, il reste réservé à l’égard d’une action coordonnée visant la relance des économies européennes et la mise en place de nouveaux règlements. « Notre gouvernement a été lent à réaliser l’impact de la crise mais il est revenu sur sa position et a réalisé que la crise était importante et qu’elle risquait de durer», explique David Marek, économiste en chef de Patria Finance, société de courtage basée à Prague.

Pourtant, le ministre des Finances, Miroslav Kalousek, a accueilli avec tiédeur les mesures de relance proposées par la Commission européenne. Il a surtout salué l’opportunité d’un accès plus facile aux Fonds structurels de l’UE, mais il doute que son pays soit prêt à débloquer les fonds nationaux nécessaires.

Sur le plan économique, le gouvernement de coalition, dominé par le parti démocratique civil (ODS) - un parti de droite favorable aux entreprises - a été soutenu dans sa position conservatrice et largement non-interventionniste par une croissance économique relativement forte, un taux de chômage peu élevé et la bonne santé de la devise nationale. La récession ne fait pas partie du quotidien tchèque. En outre, les banques n’ont pas été menacées par la crise qui a touché d’autres Etats membres. Il importe de souligner que les banques tchèques ont fait l’objet d’importantes mesures de soutien public dès le début des années 1990 afin d’être purgées des résultats désastreux du «copinage capitaliste» par lequel des directeurs ont accordé des prêts à leurs amis sans tenir compte de leur solvabilité. Les banques étrangères qui ont racheté les restes assainis des banques tchèques se sont concentrées sur le marché florissant des prêts locaux et ont mené des opérations en dehors de la République tchèque.

Même si le gouvernement tchèque ne souhaite pas perdre ses priorités «présidentielles» pro-concurrence, d’aucuns pensent, avec un certain optimisme, que la République tchèque pourra aborder de front certaines des causes de la crise voire la crise proprement dite.

« Nous ne pouvons pas faire pire que la France. La plupart des mesures relatives à la crise financière ont été initiées par le Royaume-Uni, et non par la France. La République tchèque peut travailler avec le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne et d’autres pays en vue de prendre les mesures nécessaires», souligne M. Marek.

PRUDENCE À L’ÉGARD DE L’EURO

La présidence offrira aussi à Prague une place à la table de la zone euro. La République tchèque ne s’est pas départie de sa prudence quant à l’adoption de l’euro. Toutefois, des forces de plus en plus insistantes poussent le gouvernement à faire le grand assaut et à fixer une date pour le changement de devise. Une adoption réussie de l’euro en Slovaquie, pays voisin, au début 2009, pourrait être l’un des meilleurs arguments en faveur de l’adoption de la monnaie européenne en République tchèque. « Je pense que l’expérience slovaque sera extrêmement importante. Si tout se passe bien, ce sera un argument fort pour les partisans de l’euro», a déclaré Oldřich Dědek, coordinateur tchèque pour l’adoption de l’euro. M. Dědek dispose actuellement d’un plan national pour l’adoption de l’euro, approuvé par le gouvernement actuel en 2007, mais il attend encore le feu vert pour la mise en oeuvre du train de mesures qui s’étendra sur trois ans. Ce signal pourrait venir en 2009, mais l’attente pourrait continuer, a t-il ajouté.

La République tchèque répond actuellement à tous les critères de Maastricht pour l’adoption de l’euro sauf l’inflation. Les taux élevés de l’inflation en 2008 sont néanmoins considérés comme une anomalie qui sera atténuée avec le ralentissement économique.

La Banque nationale tchèque a dressé sa propre liste de critères afin de juger si l’économie nationale est prête à adopter l’euro. Cette liste fait état de disparités encore importantes, quoique de plus en plus étroites, entre le niveau des salaires et celui des prix (par rapport à la zone euro), de problèmes structurels au sein de l’économie comme l’hésitation des travailleurs à chercher un emploi loin de chez eux, et les questions non résolues de réforme pour réduire le budget croissant des soins de santé et répondre à la menace d’une crise des pensions.

La Slovaquie a progressé davantage que la République tchèque dans la réforme des soins de santé et du système des pensions mais elle reste en retrait en ce qui concerne le niveau moyen des richesses et des salaires. En d’autres termes, la Slovaquie aurait échoué au test praguois si celui-ci avait été appliqué.

Pour ce qui est de l’euro, la divergence réelle est politique : il y a la volonté politique de Bratislava, tous partis confondus, de faire avancer l’euro, mais l’absence de ce type de volonté au sein du parti de l’ODS.

Alors que l’adoption de l’euro a porté peu de fruits concrets jusqu’ici - les taux d’intérêts tchèques sont restés inférieurs à ceux de la zone euro au cours des cinq dernières années - les inconvénients liés à l’isolationnisme sont de plus en plus clairs.

La montée de la couronne tchèque par rapport à l’euro et au dollar en 2007 et durant le premier semestre 2008 (elle a même été évaluée à un moment comme la devise à l’appréciation la plus rapide au monde) a transformé les grincements de dents des exportateurs tchèques en cris de douleur. Le constructeur automobile allemand Volkswagen a annoncé, en novembre, qu’il ne ferait pas construire son nouveau modèle dans l’une des usines tchèques Škoda en raison de la force de la couronne tchèque par rapport à l’euro et de sa volatilité. Ce qui a renforcé les appels lancés par l’Association tchèque de l’industrie et du transport, en faveur d’une adoption rapide de l’euro. Mais comme le gouverneur Zdeněk Tůma se plaît à le répéter : « il s’agit d’une décision politique

Des forces de plus en plus insistantes poussent le gouvernement à faire le grand assaut et à fixer une date pour le passage à l’euro  

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