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Présidence suédoise

La Présidence de l’UE, prélude aux élections nationales

Par Ylva Nilsson | mercredi 01 juillet 2009



Cette présidence européenne ne pouvait pas mieux tomber pour le Premier ministre suédois, Fredrik Reinfeldt, et son gouvernement. Neuf mois après la présidence, il se présentera aux élections nationales et, d’ici là, il espère se forger une image personnelle forte d’homme d’État international aux yeux des électeurs suédois.

M. Reinfeldt (conservateur) a battu les sociaux-démocrates en 2006 – ce qui n’est pas une mince victoire dans un pays qui a été dirigé par les sociaux-démocrates pratiquement sans interruption depuis la Seconde Guerre mondiale. Une coalition de centre-droit a été élue deux fois durant ce long règne, mais la confusion engendrée par ce choix a convaincu chaque Suédois que l’option sociale-démocrate était la plus sûre et, à chaque élection, ils ont réitéré ce vote.

Cette fois, M. Reinfeldt a la possibilité de remporter une nouvelle victoire et de prouver une fois pour toutes que la Suède peut présider en respectant des règles et des valeurs autres que celles des sociaux-démocrates. Pour gagner, M. Reinfeldt a dû adopter le discours des sociaux-démocrates et certaines de leurs politiques. Son parti, les Modérés, un parti qualifié de droite à une époque où le franc-parler ne faisait pas peur, a adopté comme slogan «  le nouveau parti des travailleurs ». Il a fait campagne en promettant de créer des emplois et de défendre l’État providence et le modèle suédois - un concept indéfini qui évoque ce qui est bien, typiquement suédois et qui est donc à défendre.

Jusqu’ici, M. Reinfeldt s’en sort bien dans sa quête d’électeurs. Même la crise économique et le chômage qui atteint des taux sans précédent ne semblent pas modifier ces résultats. Mais ce n’est pas pour autant qu’il est sûr de gagner les prochaines élections. Comme tous les sondages réalisés depuis les dernières élections de 2006 l’ont montré, les sociaux-démocrates restent le plus grand parti politique de Suède, avec environ 35 % d’électeurs contre 27-29 % pour les Modérés.

Aucun autre parti politique ne concurrence les deux grands partis nationaux. Les petits partis se sont donc alignés derrière leurs favoris. Les Libéraux du Folkpartiet, le Parti du Centre et les Chrétiens-Démocrates sont tous heureux de faire partie du gouvernement de coalition étant donné leur part plutôt modeste de voix (5-6 % chacun) et ils font tout pour ne pas faire couler le navire. Les Verts et le Parti de Gauche - généralement moins disciplinés – soutiennent le leader du Parti social-démocrate, Mona Sahlin, qui a dû accepter le fait que les sociaux-démocrates ne pourront probablement pas revenir seuls au pouvoir.

L’atout de M. Reinfeldt pourrait être le manque de confiance dans le nouveau leader social-démocrate. Mona Sahlin, qui succède à Goran Persson, a passé toute sa vie d’adulte en politique et a été choisie pour sa loyauté au parti et sa capacité à communiquer avec le commun des mortels. Mais, dernièrement, elle semble avoir perdu le feu sacré et elle ne cesse de glisser sur ses propres peaux de banane. Elle s’est exprimée fermement, au même titre que tout social-démocrate, en faveur des travailleurs licenciés par Volvo et Saab, et elle a exigé du gouvernement qu’il consacre des fonds à la sauvegarde des emplois. Etrangement, l’opinion publique ne l’a pas suivie sur ce point. Au contraire, le peuple s’est indigné du fait que les propriétaires américains de Volvo et Saab aient privé les compagnies suédoises de leurs ressources.

Mme Sahlin a été tout aussi ferme dans son opposition aux primes et parachutes dorés accordés aux gourous de la finance, dans le contexte de la crise financière. L’opinion publique l’a suivie sur ce point mais s’est détournée lorsqu’il est apparu que sa meilleure alliée dans le syndicat (Wanja Lundby-Wedin, Présidente de la Confédération européenne des syndicats) avait gagné de grosses sommes d’argent en siégeant dans des conseils d’administration et avait voté en faveur de primes substantielles au profit de directeurs d’entreprises.

Par ailleurs, Mme Sahlin a placé un anti-européen à la tête de sa liste aux élections européennes de juin. Le choix aurait dû être sûr. Lors des précédentes élections européennes, les électeurs suédois s’étaient détournés de la plupart des partis politiques et avaient donné 15 % de leurs voix à Junilistan, un tout nouveau parti anti-européen. Mais cette fois-ci, Junilistan n’a même pas atteint 3 % des voix et a perdu tous ses sièges. Le seul autre parti critique de l’UE, le Parti de gauche, a également souffert. Par contre, le parti le plus positif à l’égard de l’UE, Folkpartiet, a doublé ses résultats, tout comme les Verts qui ont récemment abandonné la critique au profit du soutien à l’égard de l’UE.

Alors que Mme Sahlin peine, le Premier ministre garde la tête froide et est récompensé dans les sondages puisque 64 % des électeurs ont déclaré lui faire confiance. Seuls 21 % disent faire confiance à Mme Sahlin, qui dirige le plan grand parti politique de Suède.

CONSENSUS SUR LES GRANDS DOSSIERS EUROPÉENS

Les partis d’opposition ont refusé de promettre à M. Reinfeldt qu’ils resteraient loyaux durant la Présidence de l’UE pour qu’il puisse se concentrer sur les tâches à venir. Mais cela ne devrait pas représenter un vrai problème puisque tous les partis représentés au Parlement suédois s’entendent sur le fond des grands dossiers européens.

Le consensus est total sur la nécessité d’adopter des mesures drastiques pour contrer le changement climatique et sur la nécessité pour les Suédois de déployer des efforts nationaux encore plus grands que dans les autres pays. Pas de divergence non plus quant à la nécessité d’appliquer des mesures européennes pour contrer la crise économique. A l’exception du parti de gauche, qui a été battu lors des élections européennes, aucun parti n’est contre le Traité de Lisbonne.

Les six mois de présidence suédoise devraient donc se passer sans heurt pour le gouvernement de M. Reinfeldt, dans l’arène politique nationale. Si, en plus, les choses se passent comme elles se sont passées pour l’ancien Premier ministre Goran Persson durant la présidence suédoise de 2001, M. Reinfeldt aura certainement de nombreuses occasions de se faire photographier en train de serrer la main de dirigeants politiques étrangers comme Gordon Brown, Nicolas Sarkozy, Angela Merkel et Barack Obama. Il aura donc peut-être toutes ses chances durant le scrutin national de septembre 2010.



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