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UE/Russie

Les négociations devraient bénéficier d’un climat plus favorable

Par Joanna Sopinska | mercredi 02 juillet 2008

La France, partenaire politique et économique privilégié de Moscou, sera chronologiquement le premier des Etats membres à conduire les négociations du nouvel accord global de coopération avec la Russie. Paris est très optimiste. « Nous voulons, pendant la présidence française de l’UE, faire avancer et pourquoi pas conclure le partenariat stratégique entre la Russie et l’UE, qui marquerait l’aboutissement d’un processus de rapprochement de l’UE et de la Russie », déclarait le Premier ministre français François Fillon le 29 mai, lors de la visite de son homologue russe Vladimir Poutine en France.

Quant à la Russie, après plusieurs années de tensions et de méfiance croissantes, elle semble rechercher aujourd’hui un rapprochement avec l’UE. Elle dit ouvertement que la France, qui a toujours été son alliée la plus proche dans l’UE, jouera un rôle important dans cette nouvelle phase de relations avec l’Union. « Ayant toujours considéré le dialogue avec la France comme un facteur important de rapprochement entre la Russie et l’UE, une attention particulière sera accordée aux questions de coopération Russie-UE durant la présidence française», indique un communiqué du gouvernement russe diffusé en prévision de la visite de M. Poutine en France.

Le vent d’optimisme à Bruxelles et dans d’autres capitales européennes est directement lié à l’arrivée de Dmitry Medvedev, le 7 mai au Kremlin. Le fait que le mandat de négociation avec la Russie ait été adopté par l’UE au moment de l’avènement de M. Medvedev n’est pas une coïncidence, fait remarquer un diplomate européen.

L’UE voit un signe encourageant dans les déclarations du successeur de Vladimir Poutine, dans lesquelles il a souligné l’importance de l’Etat de droit, de la démocratie, de la diversification de l’économie, de la lutte contre la corruption et de la réduction du rôle de l’Etat. L’UE espère que Medvedev, ancien professeur de 42 ans, sera plus conciliant dans les relations étrangères et les droits de l’homme, les dossiers dont on disait autrefois qu’ils « fâchent ». D’un autre côté, il y a une pression croissante des Etats membres et du lobby énergétique pour que la coopération énergétique UE-Russie soit dotée d’un statut juridique. Les gouvernements et les sociétés sont en quête d’une sécurité accrue, après la multiplication des épisodes de fermeture du robinet de gaz et de pétrole par Moscou. Ils insistent pour que le nouvel accord comprenne un chapitre juridiquement contraignant sur l’énergie, basé sur les principes de transparence, de dépendance mutuelle et de non-discrimination.

OBSTACLE

Consciente des difficultés qui l’attendent dans des domaines comme l’énergie et les droits de l’homme, la France annonce qu’elle s’efforcera de faire progresser les négociations d’ici le Sommet UE-Russie que présidera Nicolas Sarkozy le 14 novembre. « Nous voulons obtenir des résultats concrets avant le Sommet de novembre, surtout en coopération énergétique», indique un diplomate français. Il doute toutefois que le dossier puisse être intégralement bouclé sous la présidence française, estimant que ce type d’accord avec la Russie nécessite au moins un an. De sorte que deux ans, dont une année pour la ratification, serait un bon résultat à ses yeux.

QUESTIONS CLÉS À RÉSOUDRE

Paris souhaite faire avancer d’autres dossiers concrets, parmi lesquels un dialogue sur les visas, un accord sur la participation de la Russie aux opérations de gestion de crises menées dans le cadre de la PESD et l’aboutissement des négociations d’adhésion de Moscou à l’Organisation mondiale du Commerce (OMC).

La Russie souhaite, pour sa part, des résultats tangibles ces prochains mois dans son dialogue avec l’UE sur le régime d’exemption de visa, entamé en avril. Paris s’engage à intensifier les efforts côté européen, mais se refuse à entrer dans le jeu des spéculations concernant une date de bouclage des négociations sur les visas.

La France reconnaît que Moscou a insisté auprès de l’UE pour signer un accord-cadre sur sa participation aux opérations de gestion de crises dans le cadre de la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD). Un diplomate français indique que, malgré des avancées dans ce domaine (recours aux transports aériens russes pour l’EUFOR Tchad /RCA), des difficultés majeures persistent, dont les modalités de la coopération future. La Russie refuse les conditions décidées au Conseil européen de Séville en juin 2002) et souhaite la coopération « sur un pied d’égalité », une prise de décisions partagée et des opérations conjointes, sur le modèle de ses arrangements avec l’OTAN, le Conseil OTAN-Russie. L’UE ne dispose cependant pas de structures politico-militaires intégrées de type OTAN. Dès lors, hormis l’utilisation de transports aériens russes, rien de concret n’a été réalisé en ce qui concerne les possibilités d’une opération conjointe à ce jour.

Paris tentera aussi de sortir la Russie de son impasse à l’OMC. A l’issue de ses entretiens avec M. Poutine fin mai, François Fillon a déclaré qu’il fallait que la Russie entre dès que possible à l’OMC et que la France soutiendrait cette adhésion. Mais les espoirs russes d’entrer à l’OMC cette année risquent d’être anéantis pour plusieurs raisons. Primo, la décision de Moscou d’augmenter les droits sur le bois. L’UE assimile cette hausse à une violation d’un accord bilatéral antérieur. Secundo, la détérioration des relations entre la Russie et la Géorgie. Tbilissi a suspendu les négociations avec la Russie dont elle dénonce l’attitude agressive en faveur de la région séparatiste d’Abkhazie. Dans ce contexte, un diplomate français ne se dit pas très optimiste quant aux chances de voir la Russie entrer cette année à l’organisation de Genève. La conclusion des négociations russes à l’OMC est directement liée aux négociations avec l’UE sur un espace de libre-échange. Le volet «libre-échange» du nouvel accord de partenariat ne sera débattu qu’une fois la Russie à l’OMC, a prévenu, début juin à Moscou, la commissaire Benita Ferrero-Waldner (Relations extérieures).

Le vent d’optimisme est directement lié à l’arrivée de Dmitry Medvedev  

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