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Institutions / Présidence espagnoleImprimer l'article | Imprimer cet article

2010

lundi 04 janvier 2010

L’Union européenne paye un lourd tribut à la crise née des errements encore très perceptibles du système financier. On nous a peut-être épargné en 2009 une réédition de la Grande Dépression de 1929, mais on n’échappera pas en 2010 à une explosion du chômage qui demeure la préoccupation majeure des citoyens européens. Tous les responsables politiques dans tous les États membres de l’UE savent que la situation de l’emploi ne s’améliorera pas avant 2011 et que, malgré des signes timides de reprise de l’activité économique, le pire reste à venir au cours du premier semestre de cette année. Un pire qui pourrait virer à la catastrophe si la croissance et la consommation ne repartaient pas à la hausse, si les émissions d’obligations publiques et les emprunts d’État pour financer le sauvetage des banques et les plans de relance donnaient lieu à des mouvements spéculatifs, faisant resurgir le spectre d’un krach obligataire.

C’est dans ce contexte qu’est entré en vigueur le 1er décembre 2009 le Traité de Lisbonne censé rendre l’Union plus apte à prendre les décisions qui s’imposent collectivement. C’est en janvier 2010 que 27 nouveaux commissaires, avant d’entrer en fonction, feront le serment de défendre l’intérêt général avant les intérêts nationaux et tenteront de convaincre de leurs compétences les élus d’un Parlement européen renouvelé et davantage décisionnaire. C’est depuis le 1er janvier 2010 que l’Europe a désormais deux présidences, la tournante assurée pour six mois par l’Espagne, avant de la céder à la Belgique, et la permanente occupée pour deux ans et demi par le Belge Hermann Van Rompuy, chargé de parler au nom des 27 chefs d’État ou de gouvernement. Heureusement, la présidence espagnole a pris soin de désamorcer toutes rumeurs de frictions sur le partage des rôles. Elle coordonnera les travaux ministériels dans tous les domaines, sauf celui des relations extérieures, supervisé par la Britannique Catherine Ashton qui aura à inventer l’architecture d’une diplomatie européenne et à organiser une véritable politique étrangère commune. Madrid se mettra « à la disposition » du Président permanent et de la Haute Représentante pour travailler avec eux « dans la complémentarité ».

La majorité des électeurs européens n’a cure de ces bizarreries institutionnelles. Elle attend de voir si la nouvelle Europe de 2010 est capable de prendre ses problèmes à bras-le-corps. L’Espagne, elle-même durement touchée par la crise, apporte déjà une réponse aux attentes de l’opinion publique avec un programme semestriel qu’ Europolitiquedétaille ici même et suivra au quotidien. Quant au Président permanent, sa première initiative a été de convoquer dès février un Sommet extraordinaire consacré à la situation économique et à une nouvelle stratégie européenne pour la croissance et l’emploi « UE 2020 ». « Il a pris le taureau par les cornes », s’est félicité le ministre espagnol des Affaires étrangères Miguel Angel Moratinos. Expression hispanique devenue universelle qui se veut un compliment. Comme en tauromachie, la première double présidence sous le Traité de Lisbonne sera jugée à ses qualités : courage et élégance, autorité et efficacité. Mais, attention ! À la corrida, si la prestation est peu appréciée, le matador subit une bronca : le public crie et siffle. Ou pire encore : le silence tombe sur l’arène.



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