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Politiques sectorielles / Libéralisation de l'énergieImprimer l'article | Imprimer cet article

Entretien avec Andris Piebalgs, commissaire européen à l'énergie

"Il est difficile de trouver un avantage à de nouvelles augmentations du prix du pétrole"

Par Dafydd ab Iago | vendredi 18 juillet 2008



Le commissaire à l'Energie, Andris Piebalgs, a fait du troisième paquet législatif sur la libéralisation la pierre angulaire de son mandat. Dans un entretien exclusif avec Europolitique, le commissaire s'est dit optimiste malgré les modifications substantielles aux propositions de la Commission européenne. Il nie tout fléchissement du niveau des propositions, notamment en ce qui concerne la dissociation patrimoniale (unbundling). Il impute en outre aux marchés financiers une grande part de responsabilité dans la hausse des prix du pétrole.

La proposition de la Commission sur les marchés énergétiques a été sensiblement modifiée via la troisième alternative (GTI). Pensez-vous que les trois options qui sont à présent disponibles garantiront la liberté et la compétitivité du marché de l'énergie ?

L'alternative à la dissociation patrimoniale acceptée au Conseil Energie du 6 juin, à savoir le l'option du gestionnaire de réseau de transport indépendant (GTI), représente une amélioration par rapport aux exigences actuelles en matière de dissociation, même si elle ne va pas aussi loin que ce que la Commission avait envisagé dans sa proposition initiale. La solution du GTI spécifie en détail les conditions relatives à l'indépendance du gestionnaire de réseau, et la procédure de certification du gestionnaire de réseau garantit que toutes les conditions sont vraiment réunies et appliquées de manière cohérente partout dans l'UE.

De plus, il est important de noter que la solution du GTI a permis de trouver un accord plus vaste sur tous les autres éléments essentiels du troisième paquet énergie. Ce troisième paquet est un ensemble de mesures ambitieuses et globales qui, prises ensemble, vont relancer la concurrence sur le marché intérieur de l'énergie.

Dans son rapport, Eluned Morgan propose une définition des compagnies dominantes en termes de part de marché et un engagement à réduire cette domination. Pourquoi la Commission n'a t-elle pas adopté cette approche stricte ?

Le manque de concurrence ne peut être ramené à des chiffres et des parts de marché. Il faut une analyse au cas par cas et les nombreuses affaires de concurrence traitées par la Commission et par les autorités nationales de la concurrence montrent qu'une intervention est possible là où des compagnies dominantes ont effectivement abusé de leur position et de leur pouvoir sur le marché et ont porté préjudice aux consommateurs. En outre, à moyen terme, un véritable marché énergétique européen avec des règles communes relatives au réseau et plus aucune congestion transnationale représentera un moyen plus efficace et plus durable de limiter le pouvoir des compagnies dominantes sur le marché.

Le Conseil Energie s'est montré hésitant sur la clause Gazprom ou clause du pays tiers, craignant qu'il puisse s'agir de protectionnisme, d'une menace pour les investissements des pays tiers et d'une surcharge administrative. La  Commission peut-elle répondre à ces craintes ?

La clause du pays tiers vise à garantir des conditions de concurrence équitables en imposant des règles identiques aux compagnies des pays tiers et aux compagnies européennes. Il s'agit là de la dissociation effective entre les intérêts des gestionnaires de réseau et des fournisseurs. Il faut garantir que ni les compagnies européennes ni les compagnies des pays tiers ne soient guidées par des intérêts anti-concurrentiels qui nuiraient à la gestion et au développement des réseaux de transport et, au final, à la sécurité de l'approvisionnement dans l'UE. Comme il est plus difficile de vérifier cette condition pour les compagnies des pays tiers, la clause spécifie une approche particulière pour le contrôle des compagnies de ces pays. Quoi qu'il en soit, les conclusions du Conseil Energie montrent clairement que les Etats membres soutiennent le principe général de la clause du pays tiers.

Pouvez-vous vivre avec un baril de pétrole à 250 dollars comme suggéré par le PDG de Gazprom Alexei Miller ?

Le prix actuel du baril de pétrole, soit environ 140 dollars, ne reflète pas les paramètres fondamentaux du marché du pétrole et il s'explique en grande partie par les activités sur les marchés financiers depuis septembre 2007. Si les paramètres fondamentaux peuvent justifier le niveau atteint en 2007, il est difficile de trouver un avantage pour l'économie réelle à de nouvelles augmentations du prix du pétrole. L'impact sur nos économies est devenu de plus en plus négatif en termes d'inflation, d'équilibre budgétaire des ménages, de compétitivité dans certains secteurs qui dépendent du pétrole comme la pêche, l'agriculture, le transport et l'automobile (1). Les personnes les plus pauvres sont les plus touchées. Et les conséquences sont encore plus graves dans les pays en développement. C'est inacceptable. Pour les pays développés, les plus grands consommateurs d'énergies fossiles, des effets positifs peuvent être décelés dans la recherche sur l'efficacité énergétique et la réduction de la consommation qui, à son tour, peut entraîner une réduction des émissions de gaz à effet de serre et favoriser la transition nécessaire vers une économie à faible consommation de carbone. Cependant, au final, toute nouvelle hausse de prix doit être supportée par l'économie et les citoyens et il y a des limites évidentes à l'acceptation de hausses massives et continues qui ne sont pas justifiées par la réalité du secteur pétrolier.

Le PDG de Gazprom Alexei Miller a qualifié de "contre-productifs" les efforts de diversification de l'UE en Asie centrale (2) . Vos voyages en Asie centrale ont-ils porté leurs fruits ?

La diversification reste un objectif majeur de la politique communautaire pour arriver à une gestion efficace de l'approvisionnement en énergie. Pour le gaz naturel, l'ouverture d'un couloir au Sud-Est joue un rôle important. La diversification signifie, d'une part, créer un cadre politique stable avec les pays fournisseurs, où les compagnies peuvent opérer en toute sécurité afin d'acheter ou d'explorer et produire du gaz naturel et du pétrole. D'autre part, l'infrastructure doit être construite de manière à transporter l'énergie vers les marchés de consommation. Ces deux aspects doivent aller de pair. Ils contribuent aussi à l'élargissement des opportunités d'exportation pour les pays concernés. Je pense que les choses évoluent bien en ce qui concerne le couloir du sud-est.

Voyez-vous un risque à ce que le paquet énergie soit débloqué avant les prochaines élections du Parlement européen, l'an prochain ?

A cet égard, l'accord conclu par le Conseil Energie du 6 juin est très important. Il devrait permettre la conclusion d'un accord entre le Conseil et le Parlement avant la fin de l'année. Toutes les institutions sont pleinement conscientes de l'urgence de la situation et je suis certain que nous atteindrons l'objectif visé si nous continuons à collaborer dans un esprit constructif comme nous l'avons fait au cours de ces derniers mois.


(1) La Commission a publié une communication le 11 juin 2008 qui analyse les raisons et les conséquences de la hausse des prix du pétrole, ainsi que l'influence sur les prix des autres sources d'énergie et des produits.
(2) Europolitique n°3548

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