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Entretien avec Androulla Vassiliou, commissaire européenne en charge de l’Education, de la Culture, du Multilinguisme et de la Jeunesse

La diversité des programmes, un atout et non un problème

Propos recueillis par Manon Malhère | lundi 17 janvier 2011

Dans quelle mesure l’UE contribue-t-elle à promouvoir l’éducation et la formation en affaires européennes?

Je commencerais par dire que la citoyenneté est un des piliers principaux de tout système d’éducation. Le problème est que la citoyenneté n’est souvent comprise que comme un sujet [parmi d’autres] du cursus scolaire. Dès lors, l’on tend à mettre l’accent sur la connaissance au détriment des compétences qui permettront à nos étudiants de comprendre nos valeurs, objectifs et processus d’intégration européenne. Ces compétences conféreront aux étudiants connaissances et aptitudes qui les aideront à apprécier l’importance d’apprendre à connaître l’Europe et la manière dont elle touche notre vie au quotidien. L’éducation a donc un rôle crucial à jouer pour cultiver les attitudes et qualités qui mèneront à une meilleure compréhension des affaires européennes, et une démocratie plus inclusive au niveau européen.

Nous voulons aussi que l’UE soit comprise par nos partenaires mondiaux. Pour les pays candidats et les partenaires de l’UE dans son voisinage immédiat, il est essentiel que nous disposions de systèmes d’éducation qui puissent aider leurs pays à expliquer et transposer les politiques européennes dans tous leurs aspects.

Pour toutes ces raisons, la Commission européenne a créé, en 1989, le Programme Jean Monnet, pour favoriser les connaissances sur l’UE dans les institutions d’enseignement supérieur de par le monde. Des projets d’enseignement Jean Monnet sur l’intégration européenne existent actuellement dans 68 pays, dont 150 centres d’excellence Jean Monnet, 825 chaires Jean Monnet, et plus de 1 000 modules d’enseignement.

Nous soutenons en outre les institutions à haut niveau et les associations européennes axées sur les intérêts européens comme le Collège d’Europe et l’Institut universitaire européen.

Chaque année, nous accueillons à Bruxelles des centaines de groupes d’étude provenant du monde entier. Ces visites sont une occasion excellente d’approfondir la compréhension de l’Union européenne, que ce soit dans des domaines spécifiques comme l’éducation et la culture, ou en affaires européennes de manière plus générale.

Quelles sont les prochaines étapes du programme Jean Monnet?

Accroître les connaissances sur l’UE reste un défi majeur, tant au sein des Etats membres, des pays candidats et des pays du voisinage que dans le reste du monde. J’ai la ferme intention de donner au Programme Jean Monnet une place proéminente dans le prochain programme pluriannuel d’éducation que nous avons commencé à préparer en vue de son entrée en vigueur en 2014.

Nos activités ne doivent pas se limiter à la promotion d’études sur l’UE au niveau de l’enseignement supérieur. C’est pourquoi nous envisageons de lancer un projet pilote intitulé «l’Europe à l’école» qui stimulerait la sensibilisation et la connaissance de l’UE chez les enfants.

Dans quelle mesure faut-il envisager une formation en affaires européennes ? Est-ce aussi à propos que l’éducation (comme les programmes de mastères, par exemple)?

La notion d’apprentissage tout au long de la vie s’applique aux affaires européennes. L’accent que nous mettons sur la propagation de la connaissance sur l’UE ne se limite pas aux étudiants de cours scolaires et de programmes universitaires classiques. Nous voulons continuer d’atteindre les groupes d’étude, les groupements professionnels, les fonctionnaires, les juges, les ONG, en fait tous ceux qui veulent en savoir plus sur l’UE. C’est pour cette raison que le Programme Jean Monnet donne la priorité aux projets d’enseignement ouverts à ces groupes. Parmi les institutions, plusieurs reçoivent une dotation de fonctionnement annuelle via le Programme et se spécialisent dans l’offre d’une vaste gamme de formations de base et plus spécialisées pour adultes issus du monde professionnel. Je pense en particulier à l’Institut européen d’Administration publique, à l’Académie de droit européen, et au Collège d’Europe. La formation revêt naturellement une importance particulière dans les pays candidats. Dans ce contexte, les Professeurs Jean Monnet ont déjà joué un rôle majeur, surtout en apportant une formation aux juges et aux fonctionnaires.

L’éducation et la formation en affaires européennes ont gagné en importance au niveau européen, ces dernières décennies. La diversité et le contenu disponible ne facilitent pas le choix pour les étudiants. L’on note un certain manque de visibilité et de compréhension. Une solution peut-elle être trouvée sur le plan européen ?

Je considère que la diversité des programmes d’études européennes est un atout et non un problème. La diversité est une des caractéristiques majeures de l’UE et il est bon que cette diversité soit évidente dans la vaste gamme de programmes d’études européennes. Cela élargit le choix des étudiants dont les objectifs et les aspirations varient fortement. Ils sont dès lors mieux servis par un éventail d’options, au lieu d’un cycle de cours sur l’UE bien défini et uniforme.

Il est bien sûr important pour les étudiants potentiels de vérifier si les programmes auxquels ils s’inscrivent répondent à leurs besoins spécifiques. Ils peuvent, via le répertoire de projets Jean Monnet, vérifier que les programmes qui les intéressent sont basés dans un Centre d’Excellence Jean Monnet ou sont dispensés par des Professeurs Jean Monnet (1).

Il existe en outre de fortes disparités entre les Etats membres en termes d’études européennes. Comment la Commission peut-elle contribuer à atténuer ces différences ?

Comme je l’ai déjà dit, il n’entre pas dans nos intentions d’harmoniser le cycle d’études européennes. Il n’appartient d’ailleurs pas à l’UE d’intervenir dans les cycles de cours que proposent les établissements d’enseignement des Etats membres. Notre mission consiste à appuyer, coordonner et compléter les actions des Etats membres.

Le Programme Jean Monnet d’études sur l’intégration européenne est un exemple très parlant de ces actions de soutien. Lorsqu’il a été lancé en 1989, les études sur la Communauté européenne n’avaient pas encore été incluses dans les cours universitaires de droit, d’économie, de sciences politiques et d’histoire. L’impact de notre soutien aux universités européennes parle de lui-même. Aujourd’hui, il est quasiment impossible de trouver un programme sérieux de droit ou d‘économie qui n’englobe pas un module consacré à l’Union européenne. Grâce aux évaluations régulières par des universitaires indépendants, je suis heureuse de dire que nous avons pu augmenter le nombre de cours offerts, et en améliorer la qualité.

« Notre mission consiste à appuyer, coordonner et compléter les actions des Etats membres »
(1) http://eacea.ec.europa.eu/llp/jeanmonnet/directory/New/Version/2008/V1/ajmrepertoire/distrib.Asp

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