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Politiques externes / ElargissementImprimer l'article | ![]() Risque d’instabilitéPar Joanna Sopinska | mercredi 29 avril 2009
![]() Les partisans de la poursuite de l’élargissement de l’Union européenne font valoir qu’une pause dans le processus entraînerait un ralentissement des réformes, voire même une instabilité politique et sociale grave, dans les pays des Balkans occidentaux qui espèrent adhérer à l’UE. « Le spectre de l’instabilité plane toujours dans cette région. L’UE tend à l’oublier parce que les Serbes, les Croates et autres populations concernées ne se tirent plus les uns sur les autres depuis quelques années », explique à Europolitique Vessela Tcherneva, directrice du bureau de Sofia et membre du Conseil européen des relations étrangères (ECFR). Elle précise que le fait de retirer l’élargissement de l’agenda européen serait un mauvais choix car la plupart des Etats des Balkans « n’ont aucun avenir sans l’Europe ou en dehors de l’Union. Ce sont des Etats faibles qui ont des structures politiques fragiles et des économies peu efficaces. Ils n’ont aucune homogénéité ethnique. Le seul facteur qui les empêche de se disloquer et qui les maintient en vie c’est la perspective européenne », dit-elle. Pourtant, la plupart des Vingt-sept font la sourde oreille à ces arguments et donnent la priorité aux problèmes nationaux engendrés par la crise financière internationale. Confrontés à un ralentissement économique sans précédent, à la baisse de la production industrielle et à la hausse du chômage, ils se montrent moins disposés à consentir de nouveaux sacrifices qu’ils ne l’étaient il y a cinq ans, quand la situation économique était relativement bonne. Les vieilles craintes, exacerbées par la crise financière - flux massifs d’immigrants originaires des nouveaux Etats membres, délocalisation, transfert d’emplois vers des pays où la main-d’oeuvre est moins bien payée - jouent aussi un rôle important. Déjà après l’élargissement de 2004, de nombreux citoyens des anciens Etats membres pensaient que ce « big bang » avait provoqué un véritable exode des emplois de l’Ouest vers l’Est où les salaires étaient moins élevés. Un sondage Eurobaromètre de 2006 a montré que, pour trois quarts des citoyens européens, l’élargissement accélérait la délocalisation des emplois vers des pays où la main-d’oeuvre est moins chère. Toutefois, selon European Restructuring Monitor, une étude officielle, seuls 8 % des emplois perdus dans l’UE entre 2003 et 2006 impliquaient une délocalisation. VIEILLES CRAINTESLes mêmes préoccupations se retrouvent actuellement dans les actuels Etats membres face à l’éventualité d’un nouvel élargissement vers les Balkans occidentaux. Et le très faible niveau de vie, le PIB peu élevé et les taux de chômage vertigineux de la plupart des pays de cette région renforcent encore les craintes. A l’exception de la Croatie (55 %), tous les pays des Balkans occidentaux qui aspirent à adhérer à l’UE n’atteignaient pas 50 % du PIB par habitant de l’UE27 en 2007 : Albanie (22), Bosnie-Herzégovine (26), Macédoine (26), Monténégro (25), Serbie (y compris le Kosovo) (35). De plus, bien que ces pays, à l’exception de la Serbie et de la Croatie, aient réussi à échapper à la crise financière, ils sont tous confrontés à la plus grave crise économique depuis l’éclatement de la Yougoslavie en 1991, à cause de la récession sur leurs marchés d’exportations, dont l’Union (l’UE étant leur plus grand marché d’exportation) et de la diminution des sources de financement. L’institut économique de Zagreb prévoit une baisse de 1,4 % du PIB en 2009 en Croatie, avec une reprise et une croissance possibles de 2,3 % en 2010. Selon le rapport du Conseil des relations économiques étrangères de Skopje, publié en mars 2009, la Macédoine connaît un taux de chômage de 33 % et il atteint 40 % en Bosnie et au Kosovo. Selon ce même document, le chômage va augmenter puisque le commerce et les investissements étrangers continuent de décliner. MISE EN GARDESelon les experts, la situation économique déplorable dans les pays des Balkans occidentaux et le ralentissement de l’intégration européenne pourraient faire renaître une grave instabilité sociale et politique dans la région. « La région peut devenir zone très difficile » si la politique d’élargissement est interrompue, estime Mme Tcherneva. « L’isolement, les difficultés économiques, le déclin des investissements - autant d’éléments qui ajoutés à l’éloignement de la perspective d’adhésion, pourraient raviver un sentiment populiste fort, conforter les régimes nationaliste et ramener l’instabilité à long terme dans la région, alors qu’elle est en fait très proche de la normalisation. Nous commençons à ressentir cette nouvelle atmosphère dans les Balkans avec le différend gréco-macédonien relatif au nom de la Macédoine, le litige frontalier entre la Slovénie et la Croatie et le fait que la Serbie parle encore du Kosovo comme d’une région faisant partie de son territoire », ajoute Mme Tcherneva. Elle en conclut que l’UE doit laisser sa porte ouverte autant dans son propre intérêt que dans celui des Balkans. Selon l’indicateur annuel Failed States Index (2008) établi par le magazine Foreign Policy et le think-tank Fund for Peace, seuls deux des six pays (le Kosovo n’est pas inclus dans l’Index) aspirant à l’adhésion, à savoir la Croatie et le Monténégro, obtiennent un score inférieur à 60 points au sein d’un groupe de pays relativement stables. Les quatre autres pays ont été évalués comme étant beaucoup moins stables et la Bosnie a été qualifiée de « pays en danger ». L’ordre de classement des pays est basé sur un score total de 12 indicateurs, notamment : criminalisation et délégitimation de l’État, détérioration graduelle des services publics, mouvements internes massifs de réfugiés et de déplacés, déclin économique subit ou prononcé. Pour chaque indicateur, le niveau est calculé sur une échelle de 0 à 10 - 0 étant le niveau d’intensité le plus faible (le plus stable) et 10 étant le niveau d’intensité le plus élevé (le moins stable). Le total est la somme des douze indicateurs et est reporté sur une échelle de 0 à 120. Les pays sont stables (score inférieur à 30), à risque modéré, à vulnérabilité préoccupante ou à vulnérabilité forte (score supérieur à 90). |
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