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Politiques externes / ElargissementImprimer l'article | Imprimer cet article

Relents d’amertume

Par Joanna Sopinska | mercredi 29 avril 2009



Le Traité de Lisbonne n’a pas encore été ratifié par tous les Etats membres, et l’UE traverse une crise financière que bien des experts jugent la pire de son histoire. Ces deux éléments incitent certains Etats membres à militer pour une pause dans l’élargissement de l’Union. Les experts attribuent cependant le refus d’un nouvel l’élargissement à l’héritage des dernières expansions de 2004 et 2007. Les difficultés que connaît l’UE avec ses nouveaux Etats membres, Bulgarie et Roumanie surtout, ont un effet boomerang sur la politique d’élargissement. L’Allemagne, qui a été partisane de l’expansion, appuyée par la France et une majorité d’anciens Etats membres, fait valoir que l’UE n’a pas encore digéré son dernier élargissement et n’est pas prête pour un nouvel exercice de ce type. Berlin plaide pour une phase de consolidation interne, avec ratification du Traité de Lisbonne, avant d’ouvrir le club à un nouveau membre, à part la Croatie.

« L’élargissement de l’UE de 15 à 27 membres en quelques années (...) a nécessité d’importants efforts. Dès lors, la CDU préfère une phase de consolidation, durant laquelle une consolidation des valeurs et institutions de l’Union européenne doit primer sur d’autres élargissements », indique le parti de la Chancelière Angela Merkel dans son programme électoral en vue des européennes de juin. « La seule exception à la règle pourrait être la Croatie », ajoute le document.

UN CHOC À DIGÉRER

« La lassitude de l’élargissement provient plus de l’élargissement 2004/2007 que d’autre chose », estime Piotr Maciej Kaczynski, chercheur au Centre for European Policy Studies (CEPS). « Le ralentissement économique actuel et le retard dans la ratification du Traité de Lisbonne ne font que créer un sentiment négatif à l’égard d’un élargissement futur », explique-t-il. Selon lui, « la raison en est que l’élargissement 2004/2007 a été un choc pour le système. Pas tant pour les institutions, qui se sont fort bien adaptées au changement, mais pour le processus décisionnel dans les anciens Etats membres ».

Pour Vessela Tcherneva, chef du bureau de Sofia et associée à l’ECFR (European Council on Foreign Relations), « les anciens Etats membres se sont aperçus que leurs propres intérêts étaient menacés par le cinquième élargissement », qui s’est traduit en douze nouveaux membres ayant des priorités différentes. Les anciens Etats membres se sont trouvés confrontés à la pression des nouveaux venus en faveur d’une politique plus libérale - pas toujours souhaitée par les anciens – notamment avec la fameuse directive sur les services, poursuit Mme Tcherneva.

« Il y a aujourd’hui bien plus de gouvernements libéraux qui font passer leur politique au Conseil qu’il y a dix ans », estime M. Kaczynski. « Sur le front de la politique étrangère, notre sensibilité à l’égard de la Russie et de l’Europe de l’Est a complètement changé de par l’apport des nouveaux Etats membres », dit-il. L’ampleur des défis politique est telle que si cinq années se sont écoulées depuis le big bang, l’UE semble peiner à digérer cet élargissement.

UN GOûT D’INACHEVÉ

Selon les experts, le problème a aussi une autre dimension : son côté inachevé. Les nouveaux Etats membres n’ont pas tenu leurs promesses en engagements depuis leur adhésion, ce qui accentue la crainte d’un nouvel élargissement, s’accordent à dire M.Kaczynski et Mme Tcherneva. « La Bulgarie et la Roumanie dépassent le problème de 'digestion' que l’UE connaît avec l’élargissement de 2004. Surtout la Bulgarie », estime Piotr Kaczynski. « L’adhésion de la Bulgarie est perçue comme un exemple de mauvaise politique d’élargissement », ajoute-t-il.

Concrètement, les performances médiocres des nouveaux entrés en 2004/2007 ont incité l’UE à raffermir sa position de négociation à l’égard des prochains pays aspirants. L’UE incite la Croatie à moderniser sa construction navale avant son adhésion – contrairement à la Pologne. Pour ne pas refaire l’erreur commise avec la Bulgarie, l’UE fait pression sur Zagreb pour qu’elle réforme son système judiciaire et sa police, et qu’elle lutte contre la corruption et la criminalité organisée, avant son adhésion. Retenant la leçon de la question chypriote, qui n’a pas été résolue avant l’élargissement de 2004, l’UE n’entend pas laisser la Croatie et la Macédoine passer à la phase suivante d’intégration avant d’avoir résolu leurs différends bilatéraux avec leurs voisins, la Slovénie et la Grèce respectivement.

BILAN ÉCONOMIQUE

L’élargissement de 2004 et 2007 se qualifie en termes économiques de « succès majeur » et de situation où tout le monde gagne : Etats membres anciens et nouveaux, et l’UE dans son ensemble. C’est en tout cas la conclusion que tire la Commission dans son rapport du 20 février consacré aux deux dernières vagues d’élargissement qui ont « fortement dopé les économies et le niveau de vie dans les nouveaux Etats membres ». Le revenu par habitant dans les douze Etats concernés a augmenté, selon le rapport, passant de 40 % de la moyenne de l’UE-15 en 1999 à 52 % en 2008. Il est en outre estimé que l’élargissement a stimulé la croissance économique des nouveaux Etats membres de 1,75 point de pourcentage par an sur la période 2000-2008. Les avancées économiques des Etats membres, couplées à des réformes dans le domaine de la justice et de l’Etat de droit, ont eu des retombées positives sur les anciens Etats membres via de nouvelles possibilités d’investir et de nouveaux débouchés pour leurs exportations. Les anciens Etats membres vendent 7,5 % de leurs exportations vers les nouveaux Etats membres, contre 4,75 % il y a dix ans. Le document note que les occasions d’investir suite aux deux dernières vagues d’élargissement ont aidé les entreprises de l’UE-15 à renforcer leur compétitivité globale et à sauvegarder l’emploi. Il souligne que, contrairement à de sombres prédictions, les travailleurs des nouveaux Etats membres « ont contribué à répondre à la demande du marché de l’emploi et à réduire les engorgements » dans les anciens Etats membres, « sans créer de fortes perturbations du marché du travail ». Entre 2004 et l’éclatement de la crise financière actuelle, l’emploi dans les nouveaux Etats membres enregistrait une croissance annuelle solide de 1,5 % - avec la création d’emplois dans les anciens Etats membres, de quelque 1 % par an.

Le volet économique de l’élargissement 2004/2007 est toutefois peu ressenti dans l’UE-15. Même si les exportateurs allemands cartonnent dans les nouveaux Etats membres, 63 % des Allemands estiment, dans un sondage Eurobaromètre, que l’élargissement rend l’Europe dans l’ensemble moins prospère.



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