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Politiques sectorielles / Directive "Retour"Imprimer l'article | Imprimer cet article

Entretien avec l’eurodéputée Martine Roure, rapporteur fictif sur la directive « retour »

Le plus gros problème, c’est la durée de rétention des clandestins

Par Radek Honzak | vendredi 16 mai 2008



Martine Roure (PSE, France) ne partage pas l’analyse de Manfred Weber (PPE-DE, Allemagne) qui affirme qu’en cas de désaccord en première lecture, la directive « retour » n’aboutira pas. Rapporteur fictif sur cette directive, elle explique à Europolitique que les Socialistes déposeront des amendements pour corriger ce qu’ils estiment être les plus gros problèmes de la proposition. Elle préconise une deuxième lecture.

Pourquoi êtes-vous opposée au compromis sur la directive « retour » ?

Le plus gros problème c’est le temps de rétention – six mois maximum, jusqu’à dix-huit mois. Nous ne sommes pas d’accord du tout avec cette durée. Mais il n’y a pas que ce problème-là, il y en a d’autres. Nous voulons aussi la priorité au retour volontaire, mais cela a disparu du texte.

Sur la révision de la légalité de la rétention, nous voulions qu’un juge révise la légalité entre 48 et 72 heures. Nous disions 48 heures, la Commission européenne 72 heures ; le Conseil dit « dans les meilleurs délais ». Sur la rétention des mineurs, des enfants, nous ne voulions pas que des mineurs soient enfermés dans des centres de rétention. Nous voulions des centres spécifiques pour les mineurs, avec éducation. Nous n’avons pas pu l’avoir.

Nous avons aussi un autre problème : l’interdiction de réadmission. C’est très dangereux parce que il peut y avoir de gros problèmes dans un pays demain, dans une semaine, dans deux mois - et nous ne pourrons pas recevoir des gens, parce que cela sera  interdit. Nous ne pouvons pas accepter cela.

Mis à part ces problèmes, ne trouvez-vous aucun point positif à la proposition de compromis ?

Je n’ai trouvé aucun point positif.

Donc vous ne pensez pas que ce texte est préférable à pas de texte du tout ?

En fait il n’y a pas de points positifs, parce que, pour le Conseil, c’est un texte répressif. Ce n’est pas un texte pour les droits humains.

La directive pourrait-elle améliorer la situation actuelle en ce qui concerne le traitement des immigrants clandestins dans l’UE ?

Non, cela ne va pas l’améliorer. Le rapporteur dit que, à Malte par exemple, cela va améliorer les choses. C’est faux. Quatre-vingt-dix pour cent des personnes qui sont dans des centres à Malte sont des demandeurs d’asile. Ils ne sont pas couverts par la directive. Donc, ça ne change rien pour eux. En Grèce, la majorité des gens sont des personnes qui passent la frontière, ils ne sont pas couverts par la directive. La directive couvre des personnes qui sont restées plus longtemps, qui sont passées avec un visa et qui sont restées sur le territoire. Elle concerne donc peu de personnes.

Le Parlement votera la proposition en première lecture en juin. Quelle sera votre stratégie ?

Nous allons déposer des amendements. Je pense que les amendements auront une majorité car il y a le PSE, les Verts, la GUE/NGL et une partie des Libéraux qui vont accepter ces amendements. Si les amendements sont votés, nous voteront le renvoi et il y aura une deuxième lecture.

Y a-t-il une chance d’avoir une deuxième lecture ? Le rapporteur estime que non, pas avant cinq ou dix ans…

Il raconte des histoires.

Durant le trilogue, avez-vous été suffisamment consultée par le rapporteur ? Avez-vous eu suffisamment de chances d’influencer le résultat ?

Non. Le rapporteur a travaillé avec nous à la fin, mais avant, il travaillait tout seul avec le Conseil et ne nous impliquait pas. Il a travaillé avec nous les trois derniers mois.

Mais il estime que ce n’est pas de sa faute si le rapporteur fictif du PSE a changé…

Oui, mais j’étais coordinatrice et porte-parole du groupe socialiste, donc je travaillais en étroite collaboration avec le rapporteur fictif précédent. Il n’y a eu aucune interruption.



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