Affaires intérieures
Trafic de drogue : l'UE veut s'attaquer à la filière d'Afrique de l'Ouest
Par Nathalie Vandystadt | lundi 27 octobre 2008
Les ministres de l’UE chargés des Affaires intérieures ont convenu le 24 octobre à Luxembourg de renforcer l'action de l’UE contre le trafic de drogue en Afrique de l'Ouest, où transiterait 10% de la production mondiale de cocaïne. Et ce à travers une plus grande coopération entre les services spécialisés nationaux, la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), les organismes internationaux, l'UE et ses agences, notamment Europol, l'Office européen de police basé à La Haye pour coordonner l'action policière des Etats membres.
Au-delà de la fourniture de moyens aux pays d'Afrique de l'Ouest, le Conseil veut ainsi rationaliser, coordonner et mutualiser au plus tôt l’action des officiers de liaison des Etats membres envoyés dans la région. Son but est aussi d'intensifier la coopération technique de police des Etats membres, sur le plan de la formation en particulier.
Si la prise d’héroïne, de cannabis et des drogues de synthèse, comme l’ecstasy, stagne ou recule, la consommation de cocaïne, elle, est en pleine croissance en Europe. Les amateurs y seraient au moins 12 millions, selon la Commission européenne. Entre 2005 et 2007, 33 tonnes de cocaïne venant d'Afrique de l'Ouest et destinées à l’Europe ont été saisies, précise le Conseil. Au total, 250 tonnes pénètrent chaque année dans l'UE, avec des pics de consommation au Royaume-Uni, en France et en Espagne.
Les premières victimes de ce trafic, et plus largement du crime organisé, sont les Etats de la région et leurs populations, notent les Vingt-sept, s'inquiétant aussi des apports d'une telle économie souterraine à de possibles activités terroristes.
"J'ai bien noté ce que souhaite la présidence française de l'UE, c'est qu'il y ait vraiment une coordination de toutes les actions pour prévenir la drogue dans l'Afrique de l'Ouest", a réagi Jacques Barrot, commissaire européen à la Justice, la Liberté et la Sécurité. C'est la vision qu'il a défendue à l'occasion de la conférence ministérielle de l'Office des Nations unies pour la Drogue et le Crime (ONUDC), à Praia, les 28-29 octobre.
Jugeant les actions trop faibles jusqu’ici, les Etats membres veulent donc "
ériger l'Afrique de l'Ouest en zone d'action prioritaire", dans le cadre du futur plan d’action de l’UE pour 2009-2012.
"Il appartient aux Etats membres d'accompagner cette évolution, et d'orienter l'action de leurs services spécialisés, en s'assurant que cette action s'inscrive dans un ensemble cohérent", affirment ainsi les ministres européens, prêts à
"faire converger leurs efforts et à les concentrer, tout en créant si besoin est des outils nouveaux".
L'Europe finance déjà plusieurs programmes : MAOC-N à Lisbonne, visant à créer des plates-formes opérationnelles d’officiers de liaison des Etats membres au Sénégal et au Ghana ; le Centre de Coordination de la lutte anti-drogue en Méditerranée (CECLAD-M) ; et une plate-forme de coopération anti-drogue à Dakar, à l'initiative du Royaume-Uni, de la France, de l'Italie et de l'Espagne. Des programmes bilatéraux ont été lancés dans le cadre du 9
e fonds européen de développement pour aider les pays partenaires - Nigéria, Guinée-Bissau, Ghana - à combattre l'invasion de la drogue.
Nouveau plan européen
Les chiffres de la consommation en Europe sont de fait ahurissants. Pour les cas les plus graves de dépendance aux drogues, toutes confondues, l’UE ne compte pas moins de 2 millions d’"
usagers problématiques". Environ 7 500 personnes meurent chaque année d’une overdose. Sur 500 millions d’Européens, 70 millions prennent du cannabis ou en ont pris, 12 millions de la cocaïne donc, 9,5 millions de l’ecstasy et 11 millions des amphétamines. Ils sont au moins un demi-million d’Européens à recevoir officiellement un traitement de substitution de l’héroïne.
De quoi pousser la Commission à intensifier sa
"stratégie européenne" entamée en 2005. Tout en continuant, dans son plan 2009-2012 présenté mi-septembre, de s’attaquer tant à l’offre qu’à la demande. "A
la différence des Etats-Unis, nous allons agir sur la demande avec beaucoup de détermination et de courage", selon M. Barrot. Le commissaire a cinq priorités : - réduire la demande de drogue et sensibiliser l’opinion, - mobiliser les citoyens européens, - réduire l’offre de drogue, - améliorer la coopération internationale et - promouvoir une meilleure compréhension du phénomène de la drogue.
D'autres cultures
Des mesures policières et douanières seront lancées. Mais, déjà, le nombre de saisies ne cesse d’augmenter en Europe, via notamment la coopération entre Etats membres et Europol. Là encore, la cocaïne connaît une très forte augmentation avec des saisies passées de 72 tonnes en 2004 à 121 tonnes en 2006. La Commission veut, par ailleurs, améliorer la détection de drogue au volant et lutter contre le mélange des drogues (poli-toxicomanie).
L’UE gonflera enfin son aide à la lutte contre la drogue dans les pays producteurs, notamment l’Afghanistan (un milliard d’euros, contre 452 millions en 2005) et les pays producteurs de coca de la région andine, en Amérique du Sud (230 millions d’euros contre 220 millions). L’Europe est aussi le plus gros contributeur auprès de l'UNODC. En Afghanistan, l'action pâtit du lien très étroit entre trafic de drogue et terrorisme en plein conflit armé. Le commissaire est plus confiant pour l'Amérique latine :
"des actions bien ciblées" sont prévues et les gouvernements font des efforts significatifs, selon lui. Exemple : l’UE veut offrir aux paysans de Bolivie, d’Argentine ou de Colombie la possibilité de pratiquer d’autres cultures en remplacement de la coca.