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Tribune libre

Pour une Europe plus sûre dans un monde incertain - L’actualisation de la stratégie européenne de sécurité en question

Par Olivier Hubac (*) | lundi 27 octobre 2008

Sur fond de crise politique, le Conseil européen de décembre 2003 adoptait la Stratégie européenne de sécurité (SES) que lui proposait le Haut représentant de l’Union européenne sur la politique étrangère et de sécurité commune (PESC). L’exercice était audacieux. L’Europe résonnait encore en effet des profondes divergences de vues sur la question irakienne et s’apprêtait à s’élargir considérablement cinq mois plus tard. C’était cependant sans compter, comme s’en félicita Javier Solana (1), sur le dynamisme propre de la PESC.

Aujourd’hui portée à vingt-sept États membres et en pleine expectative à la suite du refus irlandais de ratifier le Traité de Lisbonne, l’Europe s’interroge sur la pertinence de sa stratégie de sécurité. La Présidence française de l’Union européenne entend bien mener à son terme la réactualisation de la stratégie européenne de sécurité décidée en décembre 2007. Il ne s’agit pas cependant d’élaborer ici un Livre blanc européen, mais plus modestement de proposer « des éléments qui permettront de l’améliorer et, au besoin, de la compléter » (2). Les conclusions du mandat confié au Haut représentant pourraient aussi servir des desseins politiques plus larges : donner un nouvel élan à l’Europe de la défense et fédérer les Européens autour d’un projet concret.

L’objectif poursuivi est d’être en mesure de présenter avant décembre une stratégie européenne de sécurité adjointe d’un document additionnel pour être adoptée par le prochain Conseil européen. Il s’agit notamment de renouveler l’analyse commune des menaces (à horizon dix ans) et de tirer les leçons de sa mise en œuvre, à partir desquelles seront définies les capacités de défense et les mesures de renforcement de la PESC qui s’imposeront.

La Stratégie de sécurité de 2003 avait vocation à offrir un premier socle doctrinal commun et confirmait par là même la volonté d’affirmer l’Union européenne comme un acteur global appelé « à assumer sa part de responsabilité dans la sécurité internationale » (3). Le concept stratégique qu’esquisse le document s’inscrit résolument dans une approche globale de la gestion des crises. Il privilégie le recours aux outils civilo-militaires et à la coopération multilatérale. Cette conception pallie la principale faiblesse de la défense européenne - un appareil militaire fortement contraint - en proposant ainsi une stratégie cohérente qui s’en accommode.

Il n’empêche que les tendances géopolitiques de ces dernières années - dont la caractéristique essentielle réside dans l’incertitude - réclament de prendre en compte de nouvelles menaces. La SES en avait initialement identifié cinq principales : le terrorisme, la prolifération des armes de destruction massive, les conflits régionaux, la déliquescence des États et la criminalité organisée. Si le document évoque aussi comme défis pour l’Union européenne la régulation de la mondialisation et la concurrence pour les ressources naturelles, il est nécessaire également d’intégrer des menaces qui ont récemment gagné en importance : les questions liées à l’immigration et les cyberattaques notamment. Il est par ailleurs envisagé de mentionner comme nouveaux défis la donne du changement climatique et la sécurité énergétique.

C’est néanmoins sur les volets Objectifs stratégiques de l’Union et Implications politiques pour l’Europe que l’actuel chantier de refonte du SES devra faire preuve de sens politique et d’avancées concrètes. Faire face aux menaces présentement définies, construire la sécurité dans le voisinage de l’espace européen, fonder l’ordre international sur le multilatéralisme, poursuivre plus activement les objectifs visés, développer les capacités, définir les modes de coopération avec les partenaires internationaux, tout ou presque figure déjà dans le texte initial. Il s’agira plus ici d’approfondir son contenu que de doter la PESC de nouveaux objectifs et de définir de nouvelles modalités de partenariat. C’est très probablement sur le dossier de la nature des relations avec la Russie que les débats sont les plus sensibles. En effet, les récentes divergences entre les ministres des Affaires étrangères de l’Union sur l’opportunité de relancer, ou non, les négociations avec les Russes sur le partenariat stratégique mettent en exergue la difficulté d’obtenir un consensus sur ce sujet.

Cinq ans après le lancement de la première mission de l’UE dans le domaine de la gestion des crises (4), il importe donc de doter la PESC d’un socle doctrinal commun plus solide. Il ne saurait y avoir à moyen terme d’ensemble cohérent d’opérations sans véritable document stratégique de référence.

(*) Olivier Hubac (ohubac@ceis-strat.com) est consultant au département Prospective Stratégique de CEIS


(1) Javier Solana, Stratégie de sécurité de l’Union européenne, Revue Défense Nationale, mai 2004.
(2) Conclusions du Conseil européen du 14 décembre 2007.
(3) Javier Solana, Discours du HR pour la PESC, Mouvement européen (France), 24 mai 2004.
(4) Opération policière en Bosnie-Herzégovine/MPUE de 2003.

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