Analytique, complet, indépendant
Bannière
 
Politiques sectorielles / Défense SécuritéImprimer l'article | Imprimer cet article

Spatial militaire

L’heure des choix pour l'Europe

Par Marc Paoloni | lundi 27 octobre 2008

Le « spatial militaire » a été jusqu’ici le grand absent du débat sur la défense européenne. Une impasse assez compréhensible au regard tout à la fois de la modestie des capacités spatiales de la grande majorité des États de l’Union européenne, y compris les plus importants d’entre eux, de la concentration des industries du secteur et du coût exorbitant d’une politique militaire spatiale. Une impasse dont la perpétuation risque toutefois d’obérer lourdement l’ambition d’une véritable défense européenne vu l’importance grandissante des « solutions spatiales » – engins balistiques, satellites d’observation, d’écoute, de communications, probablement déjà d’attaque, etc. – dans la panoplie moderne des armées.

Pourtant, il existe indéniablement une maîtrise européenne d’un grand nombre de technologies sophistiquées liées au spatial, notamment en matière de lanceurs, de satellites y compris de défense (Skynet, Syracuse, Helios et, prochainement, Cosmo-Skymed/Pleiades, Sar-Lupe, etc.) et de télécommunications, d’équipements électroniques de contrôle, etc.

Le retard européen

Aujourd’hui, l’Europe enregistre un retard colossal sur les États-Unis et sur la Russie, auquel vient désormais s’ajouter le défi d’un pays émergent comme la Chine. Serge Plattard, ancien Secrétaire général de l’Institut européen de politique spatiale (ESPI) note que l’Europe ne compte que pour 4 % dans les dépenses mondiales « consacrées à l’espace militaire », soit 0,4 % des budgets de défense des pays européens. Des chiffres à comparer avec les États-Unis qui effectueraient 90 % de ces mêmes dépenses mondiales en faveur du spatial militaire, en lui allouant 7 à 8% des crédits de défense. Il est même prévu jusqu’ici de les accroître de 30 % d’ici à 2012 dans le cadre de la nouvelle National Space Policy lancée par le président Bush en juillet 2006.

La plupart des experts soulignent que seuls les pays ou les ensembles de pays pouvant s’afficher comme des « puissances spatiales militaires » pourront, au terme de la recomposition géopolitique actuelle, garder un poids suffisant pour jouer un rôle significatif à l’échelle planétaire. L’espace, souligne l’ESPI, est « essentiel pour réussir ses « headine security goals ». Autrement dit se pose pour les Européens la question de la nécessité, voire de l’obligation, de rechercher un certain degré d’indépendance dans ce domaine stratégique. Y compris vis-à-vis de l’OTAN, mais sans déforcer l’Alliance à laquelle le Traité de Lisbonne assure que “ les engagements et la coopération demeurent conformes aux engagements souscrits au sein de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord qui reste, pour les États qui en sont membres, le fondement de leur défense collective ”.

C’est dans ce contexte ambigu que les Européens seraient appelés, tout d’abord, à décider de donner une dimension spatiale à un projet de défense commune qui reste à clarifier et à réaliser, ensuite à mettre en place une stratégie cohérente et contraignante assise sur un programme global, précis et à long terme de recherche et de développement technologique et industriel. Si quelques coopérations timides ont, en effet, vu le jour : Helios I et II, Cosmos-Skymed, etc., plusieurs autres projets ont été abandonnés : le satellite radar Horus entre la France et l’Allemagne, la coopération commune franco-germano-britannique dans Syracuse III (télécoms) avec le renoncement du Royaume-Uni, puis de l’Allemagne, au projet Trimisatcom.

Or, comme l’a souligné un rapport parlementaire français, " la prolifération de systèmes européens est, à court terme, favorable en termes de chiffres d’affaires, mais pénalisante à long terme en termes de rentabilité et de perspectives de développement ". (1)

Deux leviers : dualité et sécurité

La demande de sécurité des citoyens pourrait être l’un des leviers d’une politique spatiale de la défense. Dans une communication du 26 avril 2007, la Commission européenne relevait que « l es moyens spatiaux peuvent contribuer considérablement à augmenter la sécurité des citoyens », alors que dans un autre document du 23 mai 2005 sur la politique spatiale, elle notait que « le Conseil de l'UE (avait) reconnu que les équipements spatiaux pouvaient contribuer à renforcer la capacité de l'Union dans le domaine de la gestion de crise et de lutte contre d'autres menaces sécuritaires ».

La dualité civil-militaire semble en être un autre facteur positif. « La différence entre les infrastructures et systèmes de défense et de sécurité intérieure s'estompe», note la Commission dans sa communication de 2005. Deux ans avant que le Conseil de l'UE, le 21 mai 2007, adopte une Résolution reconnaissant que « les technologies spatiales sont souvent communes aux applications civiles et militaires et que l'Europe peut, dans le cadre d'une approche axée sur l'utilisateur, améliorer la coordination entre les programmes spatiaux civils et militaires, en recherchant notamment les synergies dans le domaine de la sécurité, tout en respectant les exigences spécifiques des deux secteurs et l'indépendance des compétences décisionnaires et des mécanismes de financement».

Toutefois, le levier le plus puissant sera indubitablement politique. Le Traité de Lisbonne, aujourd’hui « gelé », offrirait à l’Union les bases juridiques qui lui font défaut puisqu’il consacre pour la première fois un article (172bis) à la politique spatiale et annonce dans son article 27 que l’Union entend se doter progressivement d’une défense « commune » en vue de s’assurer « une capacité opérationnelle s’appuyant sur des moyens civils et militaires ». Dans l’attente d’une véritable impulsion au plus haut niveau européen, deux projets semblent envoyer un signe positif : Galileo, le futur système européen de radionavigation par satellite, dont il n’est plus tabou d’évoquer son usage militaire, et Kopernikus, un autre système satellitaire européen pour la surveillance de l’environnement et... la sécurité.

L’Europe enregistre un retard colossal sur les États-Unis et sur la Russie, auquel s’ajoute le défi d’un pays émergent comme la Chine 
(1) Rapport sur les grands domaines programmatiques de la politique spatiale du futur - 7 février 2007

Copyright © 2008 Europolitics. Tous droits réservés.
cover