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Politiques sectorielles / Défense SécuritéImprimer l'article | ![]() Tribune libreL’Europe et l’arsenalisation de l’EspacePar Olivier Zajec (*) | lundi 27 octobre 2008
"Space superiority is not our birthright, but it is our destiny. Space superiority is our day-to-day mission. Space supremacy is our vision for the future." (…) “You can’t go to war and win without Space” Général Lance Lord, commandant l’US Air Force Space Command, mai 2005
Irrésistiblement, l’Espace tend à prendre une place centrale dans les systèmes modernes de défense et de sécurité. Depuis bientôt vingt-cinq ans, les États-Unis, en particulier, en ont fait le fondement de leur supériorité stratégique et multiplient les efforts afin de conserver leur prééminence dans ce domaine. De nombreux autres pays ont également pris conscience de l’importance de ce milieu stratégique. Ils ont développé ou cherchent à développer une industrie aérospatiale afin d’acquérir une capacité autonome d’accès à l’espace ; après la France qui a entraîné l’Europe derrière elle, après la Chine, cela a été le cas du Japon, de l’Inde ou d’Israël. Capables de survoler sans contrainte toutes les parties de la planète, les satellites bénéficient des innovations technologiques et constituent désormais l’épine dorsale de tous les grands systèmes de défense et de sécurité organisés en réseaux fonctionnant en temps réel. Les satellites à vocation de défense ont d’abord été majoritairement utilisés pour la surveillance, l’observation, l’alerte, les communications et le positionnement (constellation GPS, Syracuse). Reste qu’aujourd’hui, dépassant ces fonctions de soutien, la question du lien entre satellites et arsenalisation de l’espace est clairement posée. Même si l’utilisation de l’Espace à des fins militaires est un fait acquis (qui remettrait en question le GPS ?), la communauté internationale exprime depuis l’origine une réticence à passer à « l’arsenalisation », et donc à utiliser l’Espace pour y installer des armes offensives. Un cadre légal de plusieurs textes s’applique d’ailleurs au sujet : - le traité de 1963 sur l’interdiction des essais qui interdit les tests atomiques et les explosions nucléaires dans l’Espace ; - le traité de 1967 sur l’Espace extra-atmosphérique (Outer Space treaty) ; - le traité sur les missiles antibalistiques de 1972 (ABM treaty) interdit le développement, le test et le déploiement de composants d’armes antibalistiques dans l’Espace. Les États-Unis sont sortis de ce traité en 2002 ; - la Convention de 1980 sur les modifications environnementales, qui prohibe toute action hostile pouvant occasionner des répercussions environnementales durables ou occasionnelles dans l’Espace. Néanmoins, aucun de ces textes n’est suffisamment explicite sur l’interdiction totale de l’arsenalisation. Rien n’a empêché les États-Unis et la Russie de développer des armes antisatellites pendant la guerre froide, ni d’autres pays, comme la Chine, de s’intéresser à ces techniques, fondées aussi bien sur la destruction des satellites que sur leur mise hors service, par le biais de brouilleurs, de lasers, de micro-ondes de forte puissance ou de prise de contrôle des stations-sol. Cette mise hors service peut être elle-même permanente ou temporaire, caractérisée ou discrète. Tout effort d’interdiction se heurte à une réalité : le durcissement du lien entre Espace et sécurité nationale américaine. L’Air Force américaine, principal service du Pentagone chargé des programmes d’arsenalisation de l’Espace, s’appuie sur le rapport du 11 janvier 2001 publié par la Space Commission (ou « Commission Rumsfeld »), statuant qu’il n’y a pas de contre-indications dans les lois internationales interdisant de « stationner ou d’utiliser des armes dans l’Espace », ni « d’employer la force depuis l’Espace vers la Terre » ou de « conduire des opérations militaires dans et à travers l’Espace» (1). Cette volonté de Space supremacy est contestée par d’autres pays, nourrissant une course à l’arsenalisation dont il faut tenir compte. Il semble donc du plus grand intérêt pour les pays, de plus en plus nombreux, qui utilisent des satellites dans leurs systèmes de défense, de bien analyser leurs vulnérabilités et de réfléchir aux parades possibles : la protection des plates-formes et des stations-sol devient vitale. Les États européens ont-ils l’ambition de poursuivre résolument dans la voie de l’autonomie stratégique, c’est-à-dire d’une autonomie d’appréciation et de décision, non seulement par la possession de moyens spatiaux, mais également par une capacité à sécuriser leur emploi ? En 2013, le niveau de protection de la constellation Galileo sera-t-il suffisant ? La fonction de protection des satellites depuis le sol et/ou depuis l’orbite est directement liée à la préservation de l’autonomie stratégique. Seul un volontarisme politique et stratégique européen peut permettre de répondre à ce défi. Il s’agit pour cela de tirer lucidement toutes les conséquences de l’effet de levier introduit par la dimension spatiale dans le paysage international des prochaines années. (*) Olivier Zajec (ozajec@ceis-strat.com) est consultant au département Prospective Stratégique de CEIS (1) Le texte précise exactement: “ There is no blanket prohibition in international law on placing or using weapons in space, applying force from space to earth or conducting military operations in and through space”. Source: Report of the Commission to assess United States National Security Space Management and Organization, 11 janvier 2001. |
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