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Politiques sectorielles / Climat - Copenhague 2009Imprimer l'article | Imprimer cet article

élements clés de la négociatioN

Madagascar : un programme de conservation des forêts exemplaire

Par Anne Eckstein | lundi 07 décembre 2009

Conçu par l’ONG française GoodPlanet, financé par la compagnie aérienne Air France, et mis en œuvre sur le terrain avec le WWF, le « programme holistique de conservation des forêts (PHCF) » est un projet emblématique de ce qui peut être réalisé dans le cadre du programme REDD (1).

Son objectif principal est de limiter la déforestation et de restaurer certaines zones particulièrement dévastées, ce qui permet aussi d’agir pour la protection de la biodiversité, sur les sols et sur les ressources en eau. Le projet est mis en œuvre sur une surface totale de 515 000 hectares dont 390 000 en forêt humide et 125 000 en forêt épineuse avec un potentiel estimé de capture de carbone de l’ordre de 60 et 70 millions tonnes CO 2. Il vise à maintenir ce stock en réduisant le taux actuel de déforestation (évalué à 0,55 %). Il prévoit de restaurer 20 000 hectares de paysages forestiers dégradés, d’en reboiser 5 000 et de créer des zones protégées sur plus de 265 000 hectares en forêt humide et environ 85 000 hectares en forêt sèche.

IMPLIQUER LA POPULATION LOCALE

Le projet, géré sur le terrain par le WWF, repose sur la participation active des populations locales et vise à les aider à gérer la forêt de manière durable et responsable par le biais de transfert de gestions des ressources naturelles et de mise en oeuvre de méthodes de cultures alternatives. Il s’agit de sensibiliser les paysans vivant à proximité des forêts de l’importance de leur conservation ; d’analyser avec eux les modes de gestion adéquats des futures aires protégées et de les former à cet effet ; d’engager les procédures pour délimiter ces zones, en officialiser l’existence et, à terme, en transférer la gestion - sous forme de contrats de gestion - aux collectivités locales. Ainsi, dans le cas du site de restauration active d’Ampitambe, cela se traduit par une étude, avec les paysans, de l’état de la parcelle, du sol et des espèces à prendre en considération, de la sélection et la préparation des plants et enfin, de la plantation et de l’entretien du site.

COMPTABILISER LE STOCKAGE DU CARBONE

Le volet scientifique, assuré par l’équipe de GoodPlanet, vise à améliorer les connaissances sur la mesure vérifiable et effective des activités qui visent à diminuer les émissions de GES et à mettre au point des outils pour la comptabilisation du potentiel de stockage de carbone des forêts. L’équipe utilise à cet effet aussi bien la descente «  sur le terrain » (inventaire et identification des parcelles) que les techniques les plus avancées telles l’analyse en laboratoire, l’imagerie par satellite à très haute résolution (Spot Image) et la spectrographie, l’utilisation de logiciels avancés de traitement de l’image par satellite, la production et l’utilisation d’images de synthèse. L’objectif est de développer et de mettre au point des outils scientifiques de comptabilisation du carbone, de tester et évaluer le premier set de « standards verts » que le WWF est en train de mettre au point pour les projets de ce type, de contribuer à l’élaboration de la politique REDD de Madagascar et, enfin, d’apporter une valeur ajoutée scientifique aux discussions internationales en cours.

Air France s’implique

Sollicitée par le président-fondateur de GoodPlanet et initiateur du projet Yann Arthus-Bertrand, Air France a été séduite par le côté « holistique » du projet, précise Pierre Caussade, son directeur pour l’Environnement et le Développement durable. D’abord, explique-t-il, il répond, par son côté humain, à la tradition de mécénat d’Air France. Ensuite, il s’intègre bien dans le « Plan climat » de la compagnie au titre duquel elle vise à réduire son empreinte carbone. Le volet recherche scientifique, enfin, était un « plus » particulièrement séduisant. Sans compter l’association, pour sa mise en œuvre sur le terrain, de GoodPlanet avec une organisation aussi prestigieuse et expérimentée que le WWF, gage de compétence et de sérieux. Air France s’est donc engagée dans un partenariat à trois et a mis dans la corbeille de mariage une enveloppe de 5 millions d’euros sur trois ans, devenant ainsi le seul bailleur de fonds de ce projet.

Y a-t-il une arrière-pensée cachée ? La compagnie prend-elle ainsi une longueur d’avance pour pouvoir, lorsqu’elle sera contrainte, en 2012, de rejoindre le système européen d’échange de droits d’émission (ETS), bénéficier de « crédits carbones » supplémentaires ? Non, souligne avec insistance Pierre Caussade : en signant l’accord de partenariat, Air France s’est, noir sur blanc, engagée à ne jamais demander de crédits carbone pour cette action. Elle traduit ainsi, clairement, son engagement total dans la lutte contre le changement climatique.


(1) Réduction des Emissions liée à la Déforestation et la Dégradation des forêts tropicales (REDD) est un programme des Nations unies.

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