Analytique, complet, indépendant |
|
Politiques externes / Climat - Copenhague 2009Imprimer l'article | ![]() Les positions en présenceL’objectif ambitieux du Japon jugé irréalistePar Sébastien Falletti | lundi 07 décembre 2009
![]() L’annonce par le Premier ministre japonais fraîchement élu, Yukio Hatoyama, le 7 septembre dernier, d’un nouvel objectif ambitieux pour la réduction des émissions de son pays, a été saluée par l’Union européenne et les ONG environnementales. Le dirigeant du parti démocratique du Japon a promis 25 % de réduction des émissions de CO2 d’ici 2020 par rapport au niveau de 1990. Ce chiffre est en ligne avec la proposition de l’UE et est proche des recommandations des Nations unies. Il représente une amélioration considérable par rapport aux 8 % proposés jusqu’à l’été dernier par le gouvernement précédent du Premier ministre conservateur Taro Aso. Deux mois plus tard, l’enthousiasme s’est envolé ainsi que l’espoir de conclure un accord contraignant à Copenhague. Le nouvel engagement japonais n’a pas créé le cercle vertueux international attendu, en particulier aux Etats-Unis. De plus, plusieurs experts doutent de la capacité du Japon à tenir sa promesse dans un contexte de croissance économique lente. « Leur objectif est trop ambitieux. Je doute qu’ils arrivent à le tenir », a déclaré à Europolitique le professeur Kim Jeongin, de l’Université de Chungang. Il précise que l’économie japonaise est déjà l’économie la plus énergétiquement efficace au niveau international et qu’elle dispose donc d’une marge de manoeuvre limitée pour réaliser des progrès importants. Cela nécessiterait des efforts énormes de la part d’une économie qui lutte pour se relever des conséquences de la récession mondiale et qui présente un niveau record de dette publique. POLITIQUE INTÉRIEURELe Japon craint de répéter le scénario de 1997 quand, dans le cadre des négociations du Protocole de Kyoto, il s’est engagé à atteindre un objectif trop ambitieux en matière de réduction des émissions. Comme le Japon accueillait les négociations, on attendait de ce pays qu’il déploie plus d’efforts en vue d’un accord international. Les négociateurs japonais ont accepté d’utiliser l’année 1990 comme date de référence pour le calcul de la réduction des émissions. La décision a profité aux Etats membres comme l’Allemagne et le Royaume-Uni au détriment de l’économie japonaise qui lutte toujours pour atteindre l’objectif de Kyoto. Selon l’institut allemand indépendant IRW, le Japon est le cinquième plus grand émetteur de CO2 et ses émissions ont augmenté de 18 % depuis 1990. Cette fois, il semble que des considérations de politique intérieure ont amené le Japon à voir trop grand. Les experts pensent que l’annonce spectaculaire de M. Hatoyama était avant tout politique : après sa victoire électorale, le dirigeant de centre gauche a utilisé la question climatique pour marquer sa différence par rapport au Parti démocrate libéral (LDP), qui avait dirigé le pays pratiquement sans interruption depuis la Deuxième Guerre mondiale. Le nouveau gouvernement de centre gauche devra sans doute faire face à une forte résistance des puissantes associations professionnelles, qui craignent d’avoir à supporter une charge additionnelle susceptible de menacer leur compétitivité par rapport aux firmes coréennes, européennes ou chinoises. « Les entreprises japonaises ne soutiennent pas la position gouvernementale et elles sont suffisamment fortes pour résister à M. Hatoyama », estime Kang Hee Chan, du Samsung Economic Research Institute (SERI) à Séoul. Le manque d’engagement des grandes économies émergentes comme la Chine ou l’Inde préoccupe aussi les sociétés japonaises. Et si l’on ajoute à cette pression domestique l’absence d’engagement ambitieux de la part des Etats-Unis, de la Chine et de l’Inde, le Japon pourrait être amené à faire machine arrière juste avant Copenhague. En octobre dernier, le gouvernement a laissé entendre qu’il pourrait revoir son objectif : « Je veux aller dans le sens de cet engagement, mais le gouvernement l’a assorti d’une condition, au sommet des Nations unies sur le changement climatique en septembre, ce qui veut dire qu’il peut être modifié », a déclaré le ministre de l’Environnement Sakihito Ozawa. Si l’objectif était modifié, ce serait un coup pour l’UE qui considère le Japon comme un allié majeur et qui compte sur Tokyo pour apporter une aide financière importante aux pays en développement, dans le cadre d’un accord international. |
|




Mini-ambitions pour un méga-défi mondial -
