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Politiques externes / Climat - Copenhague 2009Imprimer l'article | Imprimer cet article

Les positions en présence

L’Asie émergente hostile à une loi sur le climat

Par Sébastien Falletti à Pékin | lundi 07 décembre 2009

Au début novembre, les autorités chinoises ont fait tomber artificiellement de la neige sur Pékin dans le but de lutter contre la sécheresse. Cette opération spectaculaire symbolise ce que la plupart des représentants européens pensent de la position de la Chine dans les négociations climatiques internationales : des efforts très médiatisés qui ne s’attaquent pas aux racines du problème du réchauffement climatique. La frustration des négociateurs européens risque de perdurer après le Sommet de Copenhague, puisque la Chine jouit du soutien généralisé des autres nations asiatiques émergentes qui estiment que la responsabilité des pays développés (UE et Etats-Unis) dans l’augmentation de la température, doit les amener à payer la facture climatique. A l’heure où le centre de gravité de l’économie mondiale se déplace vers l’Extrême-Orient, les négociations post-Kyoto sont une occasion en or pour l’Asie émergente de s’affirmer et de défier l’Occident.

CROISSANCE

Malgré les appels répétés de l’UE, la Chine, qui est le plus grand émetteur de CO2 au monde (20 % des émissions mondiales), l’Inde et l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE) refusent de prendre un engagement contraignant pour réduire leurs émissions. C’est une question de principe. Durant leur dernier sommet, en octobre dernier à Hua Hin (Thaïlande), les chefs d’Etat des pays du sud-est asiatique ont insisté sur la responsabilité historique des pays riches. Ils ont invité ces pays à réduire plus et plus tôt leurs émissions de gaz à effet de serre et à éviter de prendre des mesures susceptibles d’avoir un impact négatif sur l’économie durable et le développement social des pays en développement. Cette déclaration traduit une croyance fondamentale partagée par tous les dirigeants des Etats émergents d’Asie : la croissance économique devrait rester la première priorité de la prochaine décennie et les efforts consentis pour réduire le réchauffement climatique ne devraient pas l’être au détriment de l’augmentation du PIB et des conditions de vie des populations asiatiques.

Cette équation est particulièrement critique dans le contexte de la crise économique mondiale qui remet en question les perspectives à long terme de plusieurs économiques asiatiques reposant sur les exportations. Au printemps dernier, le gouvernement chinois a lancé un train de mesures d’incitation pour veiller à ce que le taux de croissance économique annuel reste supérieur à 8 %. Ce taux est jugé crucial pour la création d’un nombre suffisant d’emplois et de richesse, afin d’éviter le risque de troubles sociaux majeurs dans le pays.

Les nuages de pollution sont devenus un signe caractéristique de la plupart des mégalopoles d’Asie-Pacifique et une conséquence non voulue de l’extraordinaire succès économique que cette région a connu au cours des dix dernières années. Les dirigeants des Etats concernés pensent néanmoins que la croissance économique doit se poursuivre dans la région afin qu’elle continue à se développer.

VERDIR L’ÉCONOMIE

Toutefois la conscience écologique est en augmentation rapide parmi les législateurs et l’opinion publique des Etats asiatiques, et la transition vers un nouveau modèle économique moins dommageable pour l’environnement a commencé. Ici aussi, la Chine arrive en tête pour détourner les critiques internationales et répondre à une demande nationale croissante : les autorités considèrent de plus en plus la pollution comme un problème social majeur qui pourrait nuire à la stabilité politique du pays. Ses mesures d’incitation accordent une importance sans précédent aux énergies renouvelables.

Pour ne pas être isolée sur la scène internationale, la Chine poursuit une stratégie de négociation proactive à la veille du Sommet de Copenhague. Lors de l’assemblée générale des Nations unies, à New York en septembre, le président Hu Jintao a annoncé des réductions « notables » d’émissions, sans pour autant les chiffrer. Quelques jours avant l’ouverture de la Conférence, Pékin a précisé son engagement et annoncé un objectif de réduction de « l’intensité carbone » de 40 à 45 % d’ici 2020, par rapport aux niveaux de 2005 (l’intensité carbone, unité de mesure privilégiée par la Chine, est le volume de CO2 émis par unité de PIB). Hu Jintao a également promis d’augmenter sensiblement la taille des forêts chinoises et d’amener le nucléaire et les énergies non fossiles à un niveau de 15 % d’ici 2020. Son discours a été qualifié de «  constructif » par la Commission européenne. «  Les Chinois sont plus ouverts que les Indiens qui campent sur une position de principe », a confié une source proche du président Jose Manuel Barroso, à Europolitique. Pékin ne veut pas être considéré comme un briseur d’accord et fera sans doute de nouvelles propositions lors du Sommet au Danemark, afin de prouver sa bonne volonté tout en esquivant l’exigence majeure de l’UE, à savoir un chiffre pour les réductions des émissions de CO2. «  Les Chinois sont très forts pour présenter des propositions de dernière minute qui leur donnent le beau rôle mais ne répondent pas aux exigences de leurs partenaires », estime un diplomate européen basé à Pékin.

TACTIQUES

En effet, la majorité des experts sont convaincus que ni la Chine ni l’Inde ne répondront cette année à la demande clé de l’UE. Une telle appréciation de la situation laisse peu de chance à un accord contraignant à Copenhague. « La Chine témoignera d’une certaine flexibilité mais n’acceptera aucun plafonnement des émissions de CO2. Elle ne veut pas mettre en péril sa croissance économique », prédit Kang Hee Chan, du Samsung Economic Research Institute. Pour le principe, ils veulent que les Etats-Unis et l’UE assument d’abord leurs responsabilités et mettent de l’argent sur la table pour soutenir le « verdissement » des économies en développement. Selon certains observateurs, l’UE et les Etats-Unis devront transférer toute la technologie environnementale possible vers l’Asie émergente pour que celle-ci progresse vers la conclusion d’un accord post-Kyoto. Un processus qui pourrait prendre des années.

A long terme, les dirigeants asiatiques savent qu’ils devront verdir leur économie mais ils refusent tout calendrier contraignant  pour l’instant, et ils veulent que l’Occident les soutienne financièrement, selon les experts. «  Il faudra au moins cinq ans pour que la Chine et l’Inde signent un accord contraignant », estime Kim Jeongin, professeur à l’Université de Chungang en Corée. A Copenhague, l’Asie fera savoir qu’elle est prête à suivre la voie « verte », mais seulement à son rythme.



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