Analytique, complet, indépendant
Bannière
 
Politiques sectorielles / Changement climatiqueImprimer l'article | Imprimer cet article

Entretien avec Volodia Opritchnik, Rédacteur en chef de l’Usine à GES

Sans accord sur une feuille de route, Bali serait un échec

Propos recueillis par Hughes Belin | jeudi 29 novembre 2007

Volodia Opritchnik est un des meilleurs journalistes spécialisés français sur les questions climatiques. Il a été rédacteur en chef de magazines professionnels sur l’environnement et a participé à la rédaction d’ouvrages consacrés à la gestion des déchets et au développement durable. Il est cofondateur du mensuel L’Usine à GES (gaz à effet de serre) depuis 2004 et a créé le Fil climatique en 2007, seul hebdomadaire francophone consacré exclusivement au changement climatique. Interview sans langue de bois.

Europolitique : Quelles décisions se dessinent à la COP13 de Bali ?

Volodia Opritchnik : La décision essentielle pour Bali, c’est de se mettre d’accord sur une feuille de route pour un accord après-Kyoto. Et le point le plus important sera de faire accepter des réductions d’émissions aux plus gros pays en voie de développement (PVD), c.-à-d. faire entrer tout le monde dans un processus vertueux. Cela permettra à tous ceux qui sont engagés dans un processus de réduction d’émission d’avoir de la visibilité grâce à un cadre juridique au-delà de 2012. Sans accord sur cette feuille de route, Bali serait clairement un échec… et ce n’est pas gagné !

Sur quels dossiers peut-on se donner un peu plus de temps ?

On va se donner du temps dans les négociations avec les États-Unis. Il ne se passera rien avec le gouvernement actuel. On commencera les négociations définitives dès que la nouvelle administration sera en place début 2009. D’ici là, on peut avancer sur un projet d’accord acceptable par le plus grand nombre. On ira vraisemblablement vers un accord à plus long terme (au-delà de 2020) qui fixera des objectifs probablement sans contrainte. C’est la seule façon de faire rentrer les États-Unis et les PVD, il n’y a pas d’autre solution.

Les États-Unis peuvent-ils se permettre de torpiller la COP13 ?

Non, car aujourd’hui, ils sont partis dans un mouvement vertueux. Ils ont signé au G8 un communiqué avec un engagement chiffré et une échéance donnée, et ont lancé de nombreuses initiatives internationales. Et sur le terrain, il se passe beaucoup de choses : 2 marchés de quotas sont en train d’être créés, qui couvrent la moitié du pays. Des lois sont en discussion au Congrès pour créer des marchés de quotas, plus de 400 grosses villes sont en réseau pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES), certains États (Californie, Illinois, Ohio) prennent des engagements semblables à ceux de l’UE pour 2020. C’est une question de temps maintenant. S’ils arrivent à mettre en place un marché des quotas fédéral, ils vont pouvoir commencer à travailler avec l’UE, et le marché du carbone deviendra mondial, comme le prône le protocole de Kyoto.

Le rapport World Energy Outlook 2007 de l’AIE est très pessimiste. Comment convaincre la Chine et l’Inde de réduire leurs émissions ?

Le WEO 2007 dit que si l’Inde et la Chine continuent de se développer au rythme actuel et d’utiliser les combustibles fossiles, les émissions mondiales vont doubler d’ici à 2030. Ces deux pays-là sont au pied du mur dans les négociations internationales sur le climat, mais n’ont pas de solution pour diminuer leurs émissions. Le point fondamental est de les convaincre qu’ils peuvent continuer à se développer comme aujourd’hui tout en réduisant leurs émissions, qu’on va les aider pour ça et qu’ils ne seront pas pénalisés si les objectifs ne sont pas atteints. Une autre piste serait non plus de fixer des objectifs de réduction par pays, mais par secteur (mondialisé, avec un nombre restreint d’acteurs) : métallurgie, automobile, construction aéronautique, aluminium.

Que répondez-vous aux « négationnistes du changement climatique », ou plutôt de son origine anthropique ?

Ils n’apportent aucune preuve de ce qu’ils disent. Il y a des pointilleux qui prennent prétextes d’erreurs que commettent des chercheurs, mais sachez que les scientifiques du GIEC travaillent sur des quantités astronomiques de données ! Donc ça existe et on fait avec, comme on fait avec toutes les sciences qui demandent beaucoup de calculs. Mais quand on recale, l’erreur est négligeable. D’autres se font mousser avec des énormités, voire de véritables mensonges scientifiques, comme Claude Allègre en France.

L’ETS européen est-il exportable, voire un modèle pour le monde entier ?

Il est tellement exportable qu’il est exporté ! Les deux marchés régionaux américains s’en inspirent d’ailleurs : le Western Climate initiative (WCI) et le Regional Greenhouse Gas Initiative (RGGI). S’ils sont compatibles avec notre ETS, ce sera un vrai succès. C’est un système qui, une fois en place, est relativement souple, ouvert. Il a fait ses preuves (trois ans de vie déjà) et il a donné pleinement satisfaction aux autorités et à ses utilisateurs. Il est parfaitement transparent. Techniquement, c’est une réussite. Des esprits grincheux vont se plaindre du prix du quota, mais c’est juste parce qu’on s’est trompé dans l’allocation initiale.

La position européenne à Bali est-elle crédible ?

Parfaitement, d’autant que ça vient de la seule région du monde à avoir concrètement agi : on ne sait pas si on atteindra les objectifs, mais on a mis une contrainte carbone sur industrie lourde, on est devenu acteurs importants du mécanisme de développement propre (MDP), et début 2007, on s’est fixé des objectifs à moyen terme d’ici 2020. Vouloir que les pays développés soient frappés d’objectifs accrus, c’est normal, car il y a consensus pour baisser les émissions de moitié d’ici 2050. Quant à l’adaptation, c’est un sujet très délicat qui se pose aussi en Europe. C’est très difficile d’en parler, c’est pratiquement tabou. Il n’y a pas beaucoup de financement, mais ça commence à intéresser les investisseurs, car de nombreux travaux seront des travaux d’infrastructure.

http://www.lusineages.com



Copyright © 2008 Europolitics. Tous droits réservés.
cover