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Business & compétitivité / Agenda NumériqueImprimer l'article | ![]() Entretien avec Luc Hindryckx, Régulateur belge des télécoms« Beaucoup d’opérateurs ont désinvesti le marché belge »Propos recueillis par Eric Ravenne | lundi 17 janvier 2011
Nommé il y a près d’un an à la tête du Régulateur belge des télécoms (IBPT), Luc Hindryckx a, depuis cet été, les mains libres. Le Conseil d’État vient, en effet, de confirmer la désignation de cet ingénieur industriel, titulaire d’un MBA, auquel plusieurs partis politiques préféraient d’autres candidats. Sous sa direction, la Régulateur a déjà imposé une baisse des tarifs de terminaison et infligé une amende de 800 000 € à Belgacom, signe selon certains d’une ligne plus dure à l’égard de l’ancien monopole. Mais l’homme, quoiqu’issu du secteur privé, se défend d’être « celui qui vient de la concurrence ». Il affiche vouloir surtout créer un cadre propice à l’investissement, actuellement trop faible en Belgique. Le plan stratégique de la nouvelle équipe sera dévoilé cet automne. Votre parcours professionnel paraît inquiéter certains acteurs du secteur… L.H. : Il n’est pas correct de me voir comme celui qui vient de la concurrence. Nous avons une approche qui est objective, en tout cas en ce qui me concerne, et neutre sur l’ensemble des acteurs du marché. Il s’avère juste que Belgacom, en tant qu’opérateur historique, est dominant sur différents marchés et se voit donc imposer davantage de « remèdes ». C’est une application objective du cadre réglementaire. Dans le futur, cela ne changera pas. Votre équipe n’imposera donc pas de changement de ligne ? L’approche sera quand même différente dans la mesure où nous avons la volonté d’avoir une régulation qui soit effective. Il faut se rendre compte que beaucoup d’opérateurs ont déjà désinvesti le marché belge. Ils sont venus, se sont brûlé les ailes et sont repartis. Là où il y a un changement de ligne, c’est qu’on se donne comme obligation de comprendre la réalité des opérateurs, quels qu’ils soient, et d’arriver à une régulation effective. (...) L’une de nos priorités, c’est l’amélioration drastique des processus opérationnels. Entre le moment où un opérateur alternatif va vérifier si un client est connectable jusqu’au moment où sa ligne doit être réparée, tous ces processus doivent fonctionner de façon bien huilée. Pourquoi ? Pour permettre aux opérateurs alternatifs de s’aligner en excellence opérationnelle et exercer une pression sur les tarifs. En effet, en l’absence de réseau propre, il leur est difficile de se positionner sur le leadership produit. Ils ont toujours une longueur de retard. En compétition de services, l’axe de l’excellence opérationnelle doit être développé. Est-ce vraiment au Régulateur de leur dire comment développer leur “business model” ? Nous ne devons pas leur dire comment développer leur business, mais c’est à nous de comprendre les raisons qui font qu’un opérateur sera à même de développer des produits et d’acquérir des clients qui généreront de la valeur pour les actionnaires. Si vous détruisez de la valeur pour l’actionnaire, dans un marché compétitif et mondialisé, l’investisseur quittera la Belgique et ira dans un autre pays. C’est fondamental aujourd’hui. Ce n’est donc pas à nous à définir la stratégie des opérateurs, mais nous devons comprendre l’ensemble des dimensions du marché. Nous devons bien comprendre les aspects économiques. Nous devons aussi permettre aux opérateurs d’avoir le libre choix de leur alignement stratégique. Pour renforcer la concurrence, certains veulent scinder Belgacom : une entreprise de services télécoms et un gestionnaire de réseau, à l’image de ce qui se fait dans les domaines de l’énergie ou des transports. C’est une solution qui est complexe à mettre en œuvre, mais qui, dans la mesure où le recours à des « remèdes » conventionnels continuerait à poser problème, pourrait s’avérer nécessaire. C’est quelque chose qu’on ne doit pas imposer d’office, mais qui doit être considéré comme un moyen ultime, au cas où les autres mesures prises s’avéreraient ne pas porter leurs fruits. La qualité des processus opérationnels est un facteur déterminant. Avec sa « Stratégie numérique », la Commission européenne ambitionne de faire contribuer largement les télécoms à la croissance économique de l’Europe. Comment voyez-vous cet enjeu ? On ne peut pas négliger le fait que l’on soit dans une économie mondialisée. Tout citoyen comprend aujourd’hui, quand une usine délocalise, ce que veut dire une économie mondialisée. (...) L’Europe est un marché de potentiellement 500 millions de consommateurs. C’est le plus gros marché à court terme. Plus que la Chine. Car ce n’est pas demain qu’en Chine, 500 millions de personnes seront à même de consommer la valeur créée par les télécoms… À cet égard, l’harmonisation est importante, tout en tenant compte des différences nationales. Le GSM est un bel exemple. Le GSM a été une norme harmonisée en Europe et cela a été un succès foudroyant. L’Europe a le choix : créer un marché de 500 millions de personnes qui va devenir l’un des plus intéressants au monde ou alors fragmenter ce potentiel et avoir les plus petits marchés du monde coexistant les uns à côté des autres. En termes d’investissement, de R&D, d’innovation, l’Europe a l’obligation de réussir l’intégration du marché des télécommunications. C’est une décision qui va définir le bien-être de l’Europe dans les années à venir. Précisément, comment les télécoms contribuent-elles à la richesse européenne ? Avant 1998, les coûts téléphoniques des entreprises étaient importants, certainement en Belgique, un pays qui exporte beaucoup. Avec la libéralisation du secteur, on a constaté une réduction drastique des coûts, à la suite de la baisse des tarifs et certainement des tarifs internationaux. Il y a donc eu un impact direct sur les coûts des entreprises. Dans un second temps, l’arrivée du GSM a apporté une augmentation des coûts, donc un effet inverse, mais qui a été contrebalancé par une hausse de la productivité. La troisième étape a été la baisse du prix d’accès. On a vu le prix baisser très fortement et la capacité augmenter. On a pu centraliser les équipements. L’évolution ultime de cela, c’est le « cloud computing », où finalement, vous n’avez plus besoin de rien parce que la capacité est tellement bon marché que vous pouvez tout avoir sur un réseau. Ca, c’est une évolution qui diminue les coûts et qui augmente l’efficacité de nos entreprises. Pas uniquement au niveau de l’IT. Aujourd’hui, les télécoms sont au cœur des processus des entreprises et si l’internet est down, les entreprises ne pourraient plus travailler. Le scénario d’une régionalisation accrue des télécoms est parfois envisagé. Qu’en pensez-vous ? Répétons-le : fragmenter le marché n’aide pas. Une régionalisation aurait plusieurs conséquences. Premièrement, elle augmenterait les coûts du secteur. Or, dans un contexte de mondialisation de l’économie, la question de l’attractivité est essentielle. À partir du moment où l’on complexifie, que ce soit par une réduction de la taille des marchés ou par le fait qu’administrativement vous devez discuter avec plusieurs parties, vous augmentez le risque et vous diminuez le return. Donc, vous diminuez fortement l’attractivité du marché. Les fréquences ne s’arrêtent pas aux frontières. Prenez Bruxelles, c’est tellement petit que vous allez devoir coordonner. On aurait même du roaming national ! Actuellement, déjà, en termes de 3G et de data, Bruxelles est sans doute l’une des villes européennes les moins bien couvertes, en raison des normes. Une régionalisation aurait aussi un impact sur le budget de l’État. Cela augmenterait ses coûts puisqu’il lui faudrait multiplier les instances. Il y aurait, en troisième lieu, un impact pour le consommateur. Déjà aujourd’hui, les offres sont peu claires. À partir du moment où l’on scinde en petits morceaux, vos tarifs seront différents, les offres vont se complexifier et seront encore moins compréhensibles pour le consommateur final. Et celui-ci sera moins à même de faire respecter ses droits. S’il reçoit une facture qui n’est pas correcte, il hésitera avant de la discuter, de s’adresser au service de médiation. Enfin, la cohésion sociale pourrait être affectée, puisque les obligations de service universel pourraient être différentes en fonction des régions du pays. |
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