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UE/Russie

Vilnius exige la transparence sur la centrale de Kaliningrad

Par Dafydd ab Iago | vendredi 03 septembre 2010

La Lituanie invite la Commission à changer son attitude de laissez-faire à l’égard de la future centrale nucléaire près de la petite ville de Neman à Kaliningrad, l’enclave russe qui jouxte la Lituanie et la Pologne. Dans une note qui circule parmi les délégations, Vilnius demande à la Commission, dans ses rapports avec la Russie, d’obtenir des réponses à une série de questions concrètes. Outre le fait que la centrale soit en concurrence directe avec la nouvelle centrale d’Ignalina, les Lituaniens pointent la sécurité et d’autres préoccupations d’ordre technique à soulever avec Moscou.

Dans leur document en dix points, les Lituaniens reprochent aux Russes un manque de transparence concernant la mise en oeuvre d’un projet nucléaire de cette envergure. Selon eux,  un échange d’informations devait se faire avant. Le processus de licence de la centrale de Kaliningrad est en outre peu clair. Les Russes doivent donner des informations complémentaires sur le calendrier des différentes phases de licence et stades de réalisation. Autre grief des Baltes : ne pas avoir effectué d’études géologiques et sismiques avant de choisir le site de la centrale, à treize kilomètres au sud-est de Neman. Comment à présent évaluer des études géologiques et sismiques ?

OPACITÉ

Autre exigence, davantage d’informations sur la réglementation russe en sûreté nucléaire et protection contre les radiations, avec une liste d’actes juridiques et de dispositions. Vilnius veut aussi savoir si la Russie a mené une analyse en termes d’évaluation de l’incidence d’un accident aérien. La centrale pourrait-elle servir de cible terroriste ? Comment seront traités les déchets radioactifs et le combustible irradié ? Quel site est prévu pour le stockage et le dépôt des déchets nucléaires ? Est-ce que la construction de ces installations est prévue dans le cadre du processus de construction de la centrale ? Quand seront-elles en service ?

Il est clair que Vilnius craint le transport de combustible nucléaire irradié et autres déchets radioactifs de Kaliningrad vers la Russie, avec un transit par la Lituanie. Autre source d’inquiétude, le fait que les Russes pourraient ne pas avoir tenu compte de la densité de population à quelques kilomètres à peine de la frontière avec la Lituanie.

Dans leur document, les Lituaniens soulignent qu’il n’a pas été suffisamment analysé les effets d’une urgence radiologique sur les Etats membres voisins. Il faudrait disposer des données d’évaluation d’impact pour déterminer l’incidence de la centrale sur la Lituanie, et prévoir une réponse d’urgence. Comment des ressources financières adéquates seront garanties pour un déclassement et la gestion des déchets ? Qui sera responsable du fonds déclassement, demande Vilnius.

Repère

Kaliningrad a un problème de dépendance énergétique puisque c’est une enclave entourée de deux Etats membres de l’UE: la Pologne et la Lituanie. Les importations de la centrale lituanienne d’Ignalina ont pris fin avec le déclassement du dernier bloc, fin décembre 2009. La région russe a aussi des craintes puisque les Etats baltes comptent passer de l’ancien réseau d’électricité soviétique au réseau européen des gestionnaires de réseaux de transport d’électricité. La centrale de 2.300 mégawatts de  Kaliningrad, construite par la filiale de Rosatom, Inter RAO UES, renverserait le statut de la région en tant qu’importateur d’énergie, mais permettrait aussi des exportations. La construction sur site a commencé en mars 2010 sous les ordres du Premier ministre Vladimir Poutine. La première unité pourrait être opérationnelle en 2016. Le coût annoncé de la centrale, qui aura deux unités, s’élève à 6-9 milliards d’euros. Les écologistes russes jugent eux aussi que l’eau dans le sol du site de Neman est trop proche de la surface. Contrairement au gazoduc Nord Stream, la Russie n’a pas respecté les obligations de consultation au titre de la Convention d’Espoo de 1991 sur l’évaluation de l’impact sur l’environnement. La Russie a signé le document, mais doit encore le ratifier.



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