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Entretien avec Walter Spindler (Allemagne), général adjoint au général commandant du Corps européen

« Notre présence en Afghanistan est totalement justifiée »

Propos recueillis par Olivier Mirguet | mardi 06 mars 2012

Depuis deux mois, vos soldats sont à Kaboul, au commandement de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS). Quel est votre premier bilan en Afghanistan ?

Le transfert de la sécurité aux forces afghanes s’est accéléré. 50 % de la population du pays se trouve maintenant sous la responsabilité des autorités de la République islamique d’Afghanistan. En 2013, district après district, l’ensemble de la population sera passée sous la responsabilité des autorités locales. La continuité de la présence militaire, que nous incarnons en 2012, est totalement justifiée au plan opérationnel, social et humanitaire. Le produit intérieur brut du pays a triplé depuis dix ans. L’électricité fonctionne quasiment 24 heures sur 24. Huit millions d’enfants sont scolarisés, sept fois plus qu’il y a dix ans. La moitié des filles va à l’école, contre zéro il y a dix ans ! La mortalité infantile a reculé. 25 % des enfants ne vivaient pas jusqu’à leur cinquième année. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 16 %.

En quoi consiste cette mission de commandement à Kaboul ?

Le Corps Européen est présent au sein de trois états-majors de l’OTAN. Il y a 25 militaires au quartier général de la FIAS [force internationale d’assistance à la sécurité en Afghanistan], en charge de la stratégie des opérations, de la coopération avec le gouvernement afghan et des relations avec les pays voisins. Le commandement subordonné (Joint Command) mobilise 120 militaires et se charge des opérations quotidiennes et tactiques. Le soutien aux missions de formation des forces de sécurité afghanes (NATO Training Mission) est assuré par cinq de nos militaires. Le Corps Européen restera en Afghanistan jusqu’en janvier 2013. Une rotation, avec le remplacement de 140 soldats, est programmée fin juillet 2012. Les conditions de vie sur place ne sont franchement pas agréables. La charge de travail de tous ces états-majors est énorme. La promiscuité est importante. Certains vivent à seize sous tente.

Les pays de la coalition retirent progressivement leurs troupes, alors que les opérations de formation des personnels afghans battent leur plein. Est-ce un frein à votre mission ?

10 000 soldats américains sont déjà partis. En février, l’Allemagne a retiré 450 hommes : les effectifs allemands en Afghanistan sont passés de 5 350 à 4 900 soldats. Ces retraits successifs rendent notre mission de commandement plus délicate. Les activités logistiques deviennent de plus en plus importantes, en raison des retraits annoncés en 2014. Nous devons maintenir le tempo des opérations. J’ajouterais la question des dormants, ces soldats afghans qui ont retourné leur arme contre leurs formateurs, qui est également très grave. Sans dramatiser, nous sommes tout de même en guerre !

En mai cette année, le sommet de Chicago abordera l’après-2014 en Afghanistan. Y aura-t-il une seconde opération de la FIAS ?

Je l’ignore. Ce qui est déjà acquis, c’est le départ des troupes de combat internationales. Je pourrais imaginer le maintien d’une mission de formation à hauteur de 20 000 à 30 000 militaires.

Le Corps européen, embryon d’une armée européenne, a été peu visible sur la scène des opérations internationales depuis 1992. Quelle est votre place dans la défense européenne ?

Je ne vois pas encore venir l’armée européenne dans un avenir immédiat. Dans les établissements de formation, il nous faut tenir compte de cadres juridiques bien différents. Les engagements opérationnels sont soumis à des contraintes constitutionnelles nationales dont nous ne pouvons nous affranchir. Toutefois, je constate certains progrès : l’EATC, le Commandement européen du transport aérien militaire, est opérationnel. A l’avenir, le Corps européen aura la capacité à commander des opérations interarmées limitées, avec des contributions aériennes et navales, n’importe où, et sous commandement de l’OTAN ou de l’Union européenne. Nous avons été jusqu’à présent un état-major terrestre, et ne pouvions pas intervenir dans le cadre de l’opération Atalante, purement navale, au large de la Corne d’Afrique. Pour commander une opération interarmées, il nous faudra intégrer un certain nombre d’officiers planificateurs des forces aériennes et navales.

Le Corps Européen peut-il vraiment exercer le commandement d’effectifs essentiellement américains ?

La FIAS comptait 100 000 soldats américains fin 2011. Par rapport aux Etats-Unis, la situation est très claire : celui qui paie, qui a la majorité, commande. La coopération est excellente avec le cinquième corps de l’armée américaine, avec lequel notre seconde rotation va partir en Afghanistan en juillet 2012. Nous nous préparons scrupuleusement et n’avons absolument jamais l’impression d’être dominés par eux.

Repère

Le Corps européen (1 066 personnes) est projeté pour douze mois à Kaboul depuis janvier 2012. Son général commandant, le Français Olivier de Bavinchove, commande actuellement l’état-major de la FIAS. Avec cette opération, qui mobilise un quart de ses effectifs, le Corps européen se déploie pour la quatrième fois sur la scène internationale depuis sa naissance en 1992, après la Bosnie-Herzégovine (1998), le Kosovo (2002) et une première intervention en Afghanistan (2004-2005).

Basé à Strasbourg, le Corps européen est dirigé conjointement par cinq nations-cadres : France et Allemagne depuis 1992, Belgique depuis 1993, Espagne depuis 1994, Luxembourg depuis 1996. La Grèce, la Turquie, l’Italie et la Pologne ont le statut de nations associées.

La FIAS, mission internationale créée en décembre 2001 lors de la conférence de Bonn, compte 115 000 soldats issus d’une cinquantaine de pays contributeurs.



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