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Politiques sectorielles / RégionalImprimer l'article | ![]() Sécurité maritimeLes régions veulent être associées à l’actualisation des règlesPar Anne Eckstein | lundi 16 avril 2012
En première ligne lorsque surviennent des accidents maritimes, les régions et collectivités locales entendent être associées directement à l’élaboration des règles européennes en matière de sécurité maritime. Elles l’ont fait savoir aux institutions européennes dans une déclaration (1) adoptée lors d’un séminaire organisé par la Conférence des régions périphériques maritimes d’Europe (CRPM) les 12 et 13 avril à Giglio, la petite île italienne où a fait naufrage le Costa Concordia le 13 janvier dernier. Jean-Yves Le Drian, président de la région Bretagne, a rappelé que la CRPM, qu’il préside également, avait participé à l’élaboration des mesures sur la sécurité maritime (paquets Erika I, II et III) et préparait des propositions en vue d’un paquet « Erika IV », initialement centré sur les porte-conteneurs mais dont le champ d’application devra, dit-il, être élargi aux transports de passagers. La Commission qui devrait présenter ses propositions en 2013, vient de lancer une consultation publique à ce sujet (voir article séparé). Le risque zéro n’existe pas mais il est possible de réduire les risques d’accidents et leurs impacts. L’accident du Costa Concordia était sinon prévisible, du moins évitable. « La principale leçon à tirer du naufrage du Costa Concordia, est qu’il ne sera plus possible de faire la même chose après cet accident », a souligné Enrico Rossi, président de la Région Toscane, faisant référence aux pratiques en vigueur dans le domaine du tourisme de croisière côtière. Le maire de Giglio, Sergio Ortelli, regrette non que le gouvernement italien ait adopté 8 jours après l’accident un décret interdisant aux navires de plus de 500 t/jauge (dont les navires de croisière) de s’approcher à moins de 2 milles marins (3,7 km) des réserves et parcs naturels, mais bien le fait que ce décret soit limité à de telles zones, ce qui en exclut notamment l‘île de Giglio. Il y eut plus de questions posées que de réponses, au cours de ce séminaire. Mais des suggestions ont été avancées pour corriger certains dysfonctionnements du système actuel. Les participants ont dénoncé la taille des navires de croisière, qui en fait de véritables villes flottantes (le Costa Concordia avait à bord 4 229 personnes), ce qui pose problème en termes de risques, de prévention, d’évacuation en cas d’accident ainsi qu’en ce qui concerne la formation du personnel (capitaine et équipage). Ce gigantisme pose également la question de la sécurité maritime proprement dite et de l’encadrement de la possibilité de naviguer dans certaines zones. A ce propos, la mise en place au niveau européen et/ou international d’un système de contrôle et d’autorisation du trafic maritime (équivalent aux plans de vol, exigé pour les avions) a été évoquée, de même qu’une meilleure surveillance de ce trafic (utilisation et coordination des outils satellitaires). Les participants ont en outre insisté sur l’importance de disposer de services de protection civile et de secours expérimentés et bien coordonnés ainsi que sur la nécessité d’améliorer la coordination des compétences et services en amont, comme l’utilisation des informations par exemple en ce qui concerne les données météo-marines, pour mieux réguler et contrôler le trafic maritime. SEUL MAîTRE À BORDLes régions et autorités portuaires s’interrogent en outre sur la pertinence du principe du capitaine « seul maître à bord », qui lui permet d’ignorer des injonctions des autorités locales et maritimes (voir encadré). Les régions, a souligné Jean-Yves Le Drian, aimeraient limiter le pouvoir discrétionnaire du capitaine. Ce qui peut être valable au large – comme dans le secteur aérien où le commandant de bord est seul maître à bord en vol – pourrait être discutable à proximité des côtes, qu’il s’agisse de la route suivie ou du départ du bateau quelles que soient les conditions météo : le commandant Ilarionne dell’Anna (direction maritime de Livourne) a ainsi fait référence à l’accident survenu trois mois avant celui du Concordia lorsqu’un cargo, le Venezia, a pris la mer malgré les prévisions météo désastreuses et a perdu sa cargaison – 196 fûts de matières hautement toxiques – au large de Livourne. Enfin, insiste la CRPM, il est impératif de clarifier la question des compensations des dommages écologiques tant au niveau européen qu’international, de la lutte anti-pollution, du recueil et du traitement des déchets et eaux usées et, surtout, de la mise en œuvre et du respect du droit, la CRPM plaidant pour l’instauration d’un mécanisme de sanction. Régions et autorités portuaires s’interrogent sur la pertinence du principe du capitaine « seul maître à bord »Risque quotidien : alerte à Giglio A peine les travaux de la CRPM avaient-ils débuté, le vendredi matin (13 avril), que le maire de Giglio, Sergio Ortelli, prévenait l’assistance : un navire - pétrolier, sans doute - était à l’arrêt à moins de 200 mètres de la côte. Le temps était mauvais (pluie et vent), accentuant les risques. « Les contrôles sont en cours », précisait M. Ortelli. Plus tard dans la journée, l’on apprit que ce n’était pas un pétrolier mais un vraquier, transportant des céréales, battant pavillon russe. Il était à l’arrêt « car n’avait pas encore décidé de la route à suivre ». Invité à s’éloigner de la côte, le capitaine a, dans un premier temps, refusé. Pas de chance pour lui, puisqu’en raison de la conférence, il n’a pas eu seulement affaire à la capitainerie du port et au maire de Giglio mais aussi à Ilarione Dell’Anna, commandant la direction maritime de Livourne et au vice-amiral Cristiano Aliperta, représentant permanent adjoint de l’Italie auprès de l’Organisation maritime internationale (OMI). Pas convaincues par l’argument invoqué, les autorités maritimes - qui n’ont cependant pas de droit légal d’injonction - sont montées à bord pour « l’inviter et lui recommander vivement » de s’éloigner, sous peine d’une inspection détaillée du navire. Le capitaine a finalement obtempéré. Mais l’affaire illustre le fait que même à proximité immédiate d’une côte à risque, le capitaine est seul maître à bord et ne reçoit d’ordres de personne, fût-ce d’un amiral. (1) www.europolitique.info > recherche = 312658 |
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