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Sécurité

Les 27 se demandent comment contrer les « terroristes solitaires »

Par Nathalie Vandystadt, à Luxembourg | vendredi 27 avril 2012

De l’interdiction de vendre des substances chimiques susceptibles de servir à la confection de bombes artisanales, à la lutte contre la radicalisation, en passant par la création d’un registre européen des données des passagers qui viennent dans l’UE, les ministres de l’Intérieur de l’UE cherchent des solutions au phénomène du « terrorisme solitaire », récemment illustré par les tueries d’Oslo et de Toulouse.

« Que peut-on faire en plus pour prévenir d’autres cas Mohamed Merah ou Anders Behring Breivik ? » : c’est la question à laquelle a tenté de répondre le coordinateur antiterrorisme de l’UE, Gilles de Kerchove, devant les ministres de l’Intérieur, réunis le 26 avril à Luxembourg. Depuis 2008, sur 13 attentats en Europe, 12 ont été inspirés par l’islam radical, et un (le carnage humain de Breivik) par l’extrême droite. «  Al-Qaïda n’a plus les mêmes moyens qu’avant, a souligné M. de Kerchove, l’organisation terroriste cherche donc à susciter des vocations de personnes qui n’ont pas de liens avec eux. »

COMPROMIS FORCÉ SUR LE PNR EUROPÉEN

Pour M. de Kerchove, plus d’efforts doivent être fournis pour développer des relations entre les services de renseignement nationaux. Sur le modèle du PNR ( Passenger Name Record) américain - les 27 ont d’ailleurs entériné l’accord UE/USA après le vote du Parlement européen - l’UE a ainsi avancé sur la mise en place d’un PNR européen. Les pays partisans, comme le Royaume-Uni, la France, l’Espagne, d’un PNR européen incluant les données des passagers venant des vols internationaux, mais aussi des vols intra-européens, ont dû faire des compromis. Notamment avec l’Allemagne, toujours très sensible lorsque la protection des données privées est concernée. Résultat, les pays qui le souhaitent pourront aussi collecter les données des vols intra-européens, mais n’y seront pas obligés.

Le stockage des données «  totalement accessibles » aux polices nationales passerait de 30 jours, proposés par la Commission européenne, à deux ans. Les données seraient ensuite conservées pendant cinq ans, mais rendues anonymes et accessibles uniquement sur «  autorisations spécifiques ». Le débat n’est toutefois pas tranché. Le Conseil devra négocier avec le Parlement européen. Les données PNR devront de toute façon être recoupées avec d’autres données pour détecter d’éventuels trajets suspects ou réguliers, au Pakistan, en Afghanistan, au Yémen ou en Somalie, effectués par des terroristes potentiels.

D’AUTRES PISTES

Autres pistes lancées par M. de Kerchove : conscientiser, sur le modèle britannique, le personnel médical au phénomène des terroristes solitaires. «  Merah ou Breivik présentaient des troubles psychologiques proches de problèmes mentaux », a encore noté M. de Kerchove. Les opérateurs d’infrastructures critiques (centrales nucléaires, transports) doivent également être sensibilisés. Quant aux communautés musulmanes, israélites, chrétiennes, elles devraient être encouragées à développer une «  communication de crise » pour «  diminuer les tensions », comme ce fut le cas après les meurtres perpétrés par Mohammed Merah.

Le document que le coordinateur antiterrorisme de l’UE a présenté aux ministres européens avance d’autres priorités, comme la lutte contre la radicalisation dans les prisons, la suppression des sites faisant l’apologie de la violence terroriste (en lien avec les opérateurs télécoms), l’utilisation d’internet à des fins de contre-propagande d’Al-Qaïda, notamment en langue anglaise. Ou encore le durcissement de la législation contre les armes de petit calibre et les explosifs. Et, comme l’envisage la France, l’incrimination du fait de se rendre à l’étranger pour suivre des formations au djihad.

Les Vingt-sept ont avancé sur un compromis de la présidence danoise de l’UE prévoyant l’interdiction générale de la vente aux citoyens de produits chimiques pouvant servir à la fabrication de bombes artisanales. Toutefois des dérogations nationales pourraient être accordées pour certaines substances, et des registres nationaux des ventes de trois substances spécifiques, selon des concentrations limitées (peroxyde d’hydrogène, acide nitrique et nitrométhane), pourront être mis en place.



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