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Politiques externes / Relations extérieuresRevenir à la liste des résultats | Imprimer l'article | ![]() Europe de la défense : la realpolitik franco-britanniquePar Pierre Lemoine | vendredi 25 mars 2011
L’intervention militaire en Libye, menée par la France et le Royaume-Uni mais votée avec l’abstention notable de l’Allemagne, a déjà été présentée comme un échec de la diplomatie européenne. Aux sceptiques, Paris et Londres apportent, à leur façon, un démenti. « Avec qui voulez-vous construire l’Europe de la défense ? » a demandé le président français à l’issue du Conseil européen qui aura servi à redéfinir les rôles respectifs (voir articles). Réponse sous-entendue : les deux seuls pays de l’Union qui consacrent à la défense 2 % de leur produit intérieur brut, représentant la moitié des budgets des 27, qui sont membres du Conseil de sécurité de l’ONU, qui sont les seules puissances nucléaires de l’UE et qui ont conclu en novembre 2010 un traité destiné à renforcer leur coopération militaire, forment le socle de l’Europe de la défense. Et quand David Cameron et Nicolas Sarkozy se retrouvent au petit matin du Conseil européen pour faire leur jogging ensemble, ces deux dirigeants semblent vouloir afficher une entente indéfectible destinée à faire rentrer les contestataires dans le rang. Les autres armées européennes engagées dans « Aube de l’Odyssée » - Belgique, Danemark, Espagne, Grèce, Italie, Norvège, Pays-Bas et peut-être Suède -, sont et resteront des forces d’appoint bienvenues. Quant à l’Allemagne, « elle a fait un autre choix, elle a une histoire et une sensibilité qui ne la poussent pas à s’engager. Mais je suis heureux que l’Europe soit totalement unie dans cette affaire », a expliqué le président français. Approuvé en écho par le Premier ministre britannique qui s’est félicité : « Europe has come together on Libya ». Les deux hommes n’ont pas d’objection à avoir placé l’ensemble des intervenants sous commandement unifié de l’OTAN, précisément à Naples, dans un pays européen : l’OTAN fournit la machinerie pour la gestion des forces, le pilotage politique est dans les mains de la coalition, assurent-ils. « Si le commandement militaire était demeuré américain, on aurait dit : vous vous mettez à la traîne des Etats-Unis ! » s’exclame le président français. « Ce ne sont pas les forces de l’OTAN qui protègent la population libyenne et l’OTAN ne peut pas absorber les Emirats arabes unis et le Qatar, poursuit-il. Voici donc comment cela fonctionne : le commandement est assuré par la coordination politique, les décisions de frapper sont prises par les Etats engagés, l’OTAN répartit les créneaux et les missions ». Oublié l’état-major de l’Union européenne (EMUE) qui fournit l’expertise militaire au Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité ! Insignifiante la Haute représentante titulaire qui n’a jamais pris une initiative valorisante pour l’UE et qui avait même mis en doute en public la faisabilité d’une « zone d’exclusion aérienne ». Déjà vilipendée par nombre d’eurodéputés, la baronne Ashton est désormais critiquée ouvertement dans les capitales, jusqu’en Allemagne où un ministre a qualifié sa supposée coordination de « sous-optimale ». Le seul à avoir eu droit à un hommage poli de quelques dirigeants européens est le président Herman Van Rompuy qui, selon eux, a veillé à « assurer l’unité ». Clairement, l’UE, même réformée depuis le Traité de Lisbonne, n’était pas prête à affronter la crise libyenne. Mettons de côté les frustrations, essentiellement françaises et condescendantes, à l’égard d’une UE qui se comporterait comme une « grande Suisse » ou une « ONG humanitaire ». Acceptons de reconnaître qu’on aura l’Union européenne qu’on mérite d’avoir. Il y aura un avant et après Libye, selon que l’ensemble des forces politiques de l’UE auront acté le fait que l’Europe de la défense ne peut être que franco-britannique ou qu’elles auront analysé les réticences des uns, les dysfonctionnements des autres et qu’elles auront su en tirer des conséquences. |
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La mission en Libye, « le modèle pour l’avenir » -
