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Antiterrorisme

Dix ans après le 11/09/2001, les menaces sont plus complexes

Par Nathalie Vandystadt | vendredi 04 novembre 2011

Dix ans ont passé, le discours d’Al-Qaïda a perdu en crédit après la mort d’Oussama Ben Laden, les révolutions arabes, les opérations en Afghanistan et la coopération internationale… Et le monde paraît plus sûr. Mais la menace terroriste est devenue « plus complexe et plus diversifiée », comme l’analyse le coordinateur antiterrorisme de l’UE, le Belge Gilles de Kerchove, une décennie après les attentats du 11 septembre 2001 contre les Etats-Unis. Un constat que l’on retrouve côté américain.

Ce que craignent désormais de concert Etats-Unis et Europe, ce sont à la fois des «  groupes affiliés à Al-Qaïda », en Arabie Saoudite, au Yémen, en Somalie, au Nigéria, en Irak, dans le Caucase. Des groupes qui continuent de recruter, certains ayant profité des événements en Libye pour s’alimenter en armes et en combattants. Mais ce sont aussi des citoyens locaux, méconnus des services de police, qui inquiètent. Dans le cas de l’UE, ceux-ci rejoignent le jihad en Afghanistan, au Pakistan, au Yémen, en Somalie, pour s’entraîner et revenir en Europe. Des tentatives d’attentats ont ainsi été dirigées contre le Danemark, la Suède, le Maroc.

Constat similaire aux Etats-Unis : «  Depuis les attentats du 11 septembre 2001, les menaces ont évolué, soulignait John D. Cohen, sous-responsable de la coordination antiterrorisme au Département américain de la sécurité intérieure (DHS), dans une récente interview accordée à Europolitique. Venant d’abord de personnes situées à l’extérieur du pays, elles proviennent désormais de plus en plus d’individus ou de groupes d’individus installés dans le pays (visé) », sans forcément de liens établis avec l’étranger.

RADICALISATIONS

En Europe, s’il y en a d’autres formes de radicalisation, on peut, comme l’indique Gilles de Kerchove dans une récente interview également accordée à Europolitique, en évoquer deux principales : celle liée à Al-Qaïda , « un phénomène vraiment complexe à comprendre et à prévenir » et celle d’extrême-droite islamophobe, anti-globalisation, tristement illustrée par la tuerie norvégienne de cet été (76 morts).

Sur la radicalisation islamiste, pour s’adresser aux audiences de l’Ouest, et plus tellement au monde musulman, Al-Qaïda essaie de jouer sur des frustrations, notamment d’immigrés mal intégrés, de leur parler dans un langage de jeunes (cf. le magazine anglophone et en ligne Inspirepublié par l’organisation terroriste dans la péninsule arabique) pour déclencher en eux une envie de passer à un stade plus violent. « Cela suppose qu’on soit très attentif et que l’on dispose d’une politique de réaction contre-narrative. Il existe beaucoup de documents disponibles en arabe montrant combien la rhétorique religieuse d’Al-Qaïda est fausse. Malheureusement, ces documents sont assez peu disponibles en français, en anglais, en allemand », explique M. de Kerchove .L’un des projets de l’UE passe ainsi par la création d’une « bibliothèque virtuelle composée de témoignages, soit de repentis jihadistes qui ont changé d’avis, soit de personnes très respectées dans la religion musulmane, qui montrent la fausseté du discours d’Al-Qaïda ».

Sur la radicalisation d’extrême-droite, certaines études nationales ont montré que des membres de partis extrêmes, comme le British National Party(BNP), prenaient la tangente, faute d’un discours jugé suffisamment radical, au profit de la violence. «  C’est un sujet sur lequel l’UE travaille depuis maintenant cinq-six ans. On a une stratégie sur la prévention de la radicalisation, une autre sur la communication aux médias pour faire en sorte que la manière dont s’expriment les responsables politiques n’alimente pas le processus de radicalisation, car, souvent, on utilise des formulations qui ne sont pas adéquates », poursuit M. de Kerchove. Par exemple, le terme « islamiste » - au lieu d’ « islamique » pour renvoyer à la religion musulmane suggère un lien entre religion et terrorisme. Un lien dont souffrent les communautés musulmanes, par ailleurs premières victimes du terrorisme lié à Al-Qaïda.

Mais c’est surtout le travail policier qui doit être amélioré, sur le suivi des discussions en ligne et celui des transactions financières. Même chose pour la législation (cf. les règles européennes en voie d’adoption contre les précurseurs des bombes artisanales). «  Les Allemands ont une grande expertise, les Britanniques aussi. C’est vrai qu’on doit faire plus. Ce qui s’est passé en Norvège, ce n’est pas le constat qu’on n’avait pas travaillé, mais qu’on doit faire encore plus. C’est d’autant plus vrai qu’au-delà de la réalité du problème de l’extrême-droite, il y a la nécessité de montrer que nous ne sommes pas obsédés par le terrorisme lié à Al-Qaïda », conclut M. de Kerchove.

TRAVAIL SUR LE TERRAIN

Etats-Unis et Union européenne veulent donc mieux comprendre les divers processus de radicalisation susceptibles de mener à des actes de violences et de terrorisme. Le président américain Barack Obama a lancé, le 3 août, une stratégie nationale pour renforcer les partenaires locaux dans la prévention de l’extrémisme violent. Et la Commission européenne vient de créer un «  Réseau européen de sensibilisation à la radicalisation ». Doté de 20 millions d’euros sur quatre ans, ce dernier doit rassembler d’autres acteurs que ceux de la répression, comme les travailleurs sociaux, les responsables religieux, les animateurs de jeunesse, les chercheurs, la police locale.

Bref, des deux côtés de l’Atlantique, à côté du travail d’enquête policière et de répression, on entend bâtir des partenariats locaux pour comprendre ce qui peut bien pousser des individus, seuls ou en groupe, à se retourner contre leurs concitoyens. Internet est au cœur des préoccupations. «  Une utilisation de plus en plus sophistiquée d’internet, des médias, des réseaux sociaux et des technologies de communications par des extrémistes violents ajoute à la complexité (du phénomène) », résume le DHS.

Demandeur d’une collaboration avec l’UE, Washington vient d’approcher les responsables européens et les Etats membres afin de «  trouver le meilleur mécanisme » pour « apprendre des expériences » vécues des deux côtés de l’Atlantique, « s e pencher sur des études de cas », examiner des « indicateurs »et des « comportements communs ». Une collaboration qui pourrait inclure des rencontres régulières, selon John D. Cohen.



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