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UE/Islande

Euphorie et réalisme à l’ouverture des négociations d’adhésion

Par Anne Eckstein | mardi 27 juillet 2010

« C’est une journée historique, un grand jour, une grande joie…». C’est manifestement dans l’euphorie que les négociations d’adhésion de l’Islande à l’Union européenne ont été officiellement lancées le 27 juillet. La première réunion integouvernementale à laquelle participaient MM. Steven Vanackere, ministre belge des Affaires étrangères, président en exercice de l’UE, Ossur Skarphedinsson, ministre islandais des Affaires étrangères et Stefan Füle, commissaire chargé de l’élargissement, a permis aux uns et aux autres d’exprimer leur enthousiasme à propos de cette nouvelle phase des relations entre les deux parties et de poser les jalons des négociations à venir mais aussi d’identifier les limites de cet exercice. Car si l’on estime de commun accord que l’Islande, du fait de sa participation à l’Espace économique européen et à Schengen, est bel et bien à mi-parcours du processus, on est tout aussi convaincu de part et d’autre qu’il lui reste pas mal de chemin à parcourir. Un chemin semé d’embûches qui ont pour nom : pêche, services financiers, chasse à la baleine, agriculture.

Enthousiaste et europhile, Ossur Skarphedinsson, l’est certainement, lui qui n’hésite pas à déclarer que « l’Islande a dix ans de retard» avec sa demande d’adhésion. « Nous aurions pu mieux résister à la crise si l’Islande avait été membre de l’UE et de l’euro » a-t-il déclaré. Mais il est aussi conscient, comme MM. Vanackere et Füle, que cet enthousiasme n’est pas nécessairement partagé par tous les citoyens islandais ni par tous les citoyens européens et qu’au terme des négociations, le dernier mot restera aux peuples d’Europe et d’Islande que ce soit par la voie parlementaire ou par référendum. Pour rallier les islandais à l’idée européenne, « il faudra faire de gros efforts d’information », souligne Stefan Füle en indiquant que, si la balle est clairement dans le camp de Reykjavik, la Commission apportera tout le soutien possible en termes d’informations factuelles et concrètes. Et le commissaire compte profiter de la visite qu’il fera à Reykjavik en septembre pour y inaugurer un bureau d’information de l’UE. Un budget a été dégagé à cet effet, a-t-il précisé. Pour O. Skaphendisson « si nous parvenons à régler de manière satisfaisante les points difficiles qui préoccupent les Islandais, nous parviendrons à les convaincre ».

Concrètement, pas question de transiger sur l’essentiel : pour l’UE, Reykjavik devra s’adapter et intégrer l’acquis communautaire, tout l’acquis, rien que l’acquis. Et si le ministre islandais, parlant de l’agriculture, fait une allusion aux dérogations accordées à la Finlande pour la partie « arctique »de son agriculture, le commissaire Füle a immédiatement tenu a rappelé que « dans l’UE, aucune dérogation n’est jamais définitive ». Les points « chauds »sont connus : les services financiers et la libre circulation des capitaux, mais surtout la pêche, la chasse à la baleine – « l’UE devra accepter de prendre nos positions en considération ; il n’est pas question de nous imposer, avant discussion, une interdiction», souligne M. Skarphendisson, ajoutant cependant que « tout est négociable » - l’agriculture, l’environnement. Le ministre islandais a tenu à souligner les avantages que peut retirer l’UE de l’adhésion de l’Islande : un savoir faire en matière de pêche durable, un savoir faire en matière d’énergies renouvelables et plus particulièrement dans le domaine de la géothermie, sources d’énergie la plus écologique, la plus abondante et la moins onéreuse, une position géostratégique essentielle en tant que porte ouverte sur l’Arctique.

Question procédures, Stefan Füle a précisé que l’ouverture formelle des négociations de jour permettra à la Commission d’entamer son opération de screening dès le mois de novembre. Les différents chapitres seront progressivement ouverts en commençant probablement par les plus difficiles, tout en travaillant parallèlement sur les dossiers « quasi bouclés » avant d’assurer un équilibre à la négociation. Pas de date butoir : si européens et islandais sont d’avis que les choses peuvent aller vite, tant M. Vanackere que M. Skarphendisson se refusent à s’enfermer dans un calendrier contraignant.

 



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