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Institutions / AutresImprimer l'article | ![]() Entretien avec Werner Hoyer, président de la Banque européenne d’investissementEmettre des euro-obligations « ne doit pas mener à une socialisation de la dette d’Etats distincts »Par Sarah Collins | vendredi 17 février 2012
Pour sa première conférence de presse (le 16 février), depuis qu’il préside la Banque européenne d’investissement (BEI), Werner Hoyer avait fait salle comble. Pour deux raisons. La première tient au rôle joué par la BEI lorsqu’elle a tenté de détourner les effets de la crise sur les entreprises et investissements clés, en augmentant de plus de 30 milliards (depuis 2008) ses prêts aux PME et aux projets routiers, ferroviaires et énergétiques. La deuxième est liée au fait que M. Hoyer a été vice-ministre des Affaires étrangères en Allemagne, et membre du parti libéral-démocrate, le Freie Demokratische Partei (FDP), dont le chef de file a régulièrement affronté la chancelière Angela Merkel concernant une faillite de la Grèce. Dans cet entretien accordé à Europolitique, Werner Hoyer explique où en est la banque en matière de prêts de crise et d’euro-obligations, dissipe le mythe qu’elle aidera le fonds de sauvetage de la zone euro à obtenir davantage de fonds, et qualifie d’option « facile » l’idée d’expulser la Grèce de la monnaie unique. La BEI réduit ses prêts d’urgence alors que l’UE va vers une récession à double creux et que les banques font de la rétention de capitaux. Comptez-vous maintenir cette ligne ? Nous devons être très prudents en tant que banque parce qu’il s’agit d’une question très sensible pour nos Etats membres, pour nos actionnaires – les ministres des Finances en particulier, mais aussi les chefs d’Etat et de gouvernement. Ils n’ont à l’esprit pour l’instant que la solution au problème grec, qui est éprouvante pour les nerfs de tous, à Athènes et en Europe en général. Il y a la nécessité de financer le MES [Mécanisme européen de stabilité, fonds de sauvetage permanent de la zone euro], il faut régler la question de l’avenir du FESF, donc ces gens ont un fardeau incroyable actuellement. Alors se casser la tête pour savoir quand et comment augmenter le capital de la BEI pourrait ne pas être une priorité absolue, c’est le moins qu’on puisse dire. Nous devons tous penser à ceci : comment mieux mobiliser les fonds européens qui sont dans le budget de l’UE en coopérant très, très étroitement avec la Commission et les Etats membres. De quel genre de mobilisations s’agit-il ? Le problème avec les Fonds structurels est qu’ils prennent parfois trop de temps pour être absorbés par les pays ou régions bénéficiaires et, avec les instruments de financement de la BEI, l’on pourrait tenter de résoudre ce problème, ou de réduire le problème. C’est une option, mais il appartient à la Commission et aux Etats membres – les Etats membres disent, à juste titre, que l’argent qui reste non dépensé dans les coffres de l’UE revient au Trésor ou aux ministres des Finances. Et vu les négociations en cours du le CFP (cadre financier pluriannuel), il est déjà visible que le volume de moyens non déboursés est considérable et pose un risque réel pour toute la structure du CFP. Je pense donc que tout le monde a intérêt à faire preuve de créativité dans le renforcement de la bonne coopération entre la BEI, la Commission et le Parlement. Revenons à l’effet de levier. La BEI l’a utilisé pour attirer des financements de projets en recherche et en énergie, et il sert maintenant au fonds de sauvetage de la zone euro avec participation du contribuable – le fonds européen de stabilité financière FESF - pour lever de nouveaux fonds. Est-ce une bonne idée. Le FESF ou le MES qui lui succédera, doit-il avoir un agrément bancaire en pareil cas ? Le FESF raconte une autre histoire, et il le fait très bien. Ils doivent réfléchir aux relations structurelles entre le FESF et le MES très bientôt – c’est un effort surhumain qu’ils vont devoir accomplir pour mettre la chose sur pied à Luxembourg, et nous y concourons chaque fois que nous pouvons prêter main-forte, mais nous ne ferons pas structurellement partie du FESF ou MES. Ce n’est pas notre affaire. Il est toujours une nouvelle très désagréable que le président d’une banque recommande que quelqu’un d’autre ne doive pas avoir un agrément bancaire d’où un certain risque de crédibilité dans cette déclaration. Mais comme je ne peux totalement oublier ce que je recommandais quand j’étais dans un gouvernement national dans cette union, je dois dire que l’idée d’un agrément bancaire n’est vraiment pas bonne si l’on veut donner au MES l’opportunité, la chance de prendre son envol avec succès, surtout avec les Etats membres. Passons à un autre type d’emprunts : les euro-obligations. Vous émettez des obligations pour financer des projets européens. Que pensez-vous d’un système de dette publique émise en commun, comme le suggère la Commission dans son livre vert ? Partout à Bruxelles, Luxembourg, Berlin, Munich, Paris, on parle d’euro-obligations et de nouveaux types d’obligations. Ces termes entraînent une réelle confusion, mais la question centrale reste sur la table : émettre des obligations à une échelle européenne ne doit pas mener à une socialisation de la dette d’Etats distincts. C’est une ligne rouge, et je suis sûr et certain que le Conseil européen ou EcoFin ne vont pas la franchir. Mais ce que [le Premier ministre italien Mario] Monti et d’autres ont en tête, et je pense beaucoup de collègues au Parlement ici, est le projet d’émission d’obligations, et il devrait être examiné avec prudence. S’il est bien conçu, j’imagine quand dans les Etats membres qui ont une réaction négative radicale aux euro-obligations, il sera perçu bien plus positivement. En quel cas j’imagine que la BEI pourrait alors être un agent pouvant jouer un rôle déterminant. La BEI bénéficie d’une notation triple A, mais le FESF a vu sa note rétrogradée récemment. Est-ce la fin du monde, sommes-nous pieds et poings liés à la notion du triple A ? Je serais tenté de répondre comme un homme politique, et je dois bien entendu m’abstenir de le faire. Le triple A reste très, très important pour nous parce que tant de gens le prennent comme l’indicateur principal de la solidité financière d’une institution, d’un pays ou d’une banque. Et c’est justifié. Pour nous, bien sûr, il importe que beaucoup de personnes dont nous dépendons sont contraintes de ne placer leur argent que dans des adresses triple A. Donc de ce point de vue, qu’on le veuille ou non, c’est important. Qui sont ces investisseurs ? La Chine en fait partie, c’est un des grands, mais pas en position première. Le Japon, par exemple, est très intéressé. Plusieurs pays d’Asie, du Moyen-Orient, les Etats-Unis, le Canada – c’est très impressionnant de voir cet intérêt mondial pour nos émissions. Enfin, concernant la Grèce, la situation à Athènes n’est guère encourageante, et certains gouvernements laissent même entendre que la Grèce pourrait quitter la zone euro. Est-ce souhaitable ? La cause d’un sauvetage est-elle perdue ? Il s’agit d’un défi d’une dimension inédite et sans solution dans les livres. Cela me rappelle un peu la situation que nous avons connue en 1989-1990 quand tout d’un coup nous avions devant nous un Mur de Berlin non existant. J’ai été à l’université des années et des années, et je suis retourné à mon ancienne bibliothèque pour rechercher dans les livres des conseils sur la manière de transformer une économie socialiste centralisée en économie de marché. Et je n’ai rien trouvé. J’ai trouvé plein des rayons entiers sur comment transformer une économie de marché qui fonctionne en désastre socialiste. C’est un peu pareil aujourd’hui, nous ne pouvons nous fier à des conseils scientifiques basés sur l’expérience. C’est difficile et cela va le rester. Les problèmes sous-jacents se sont accumulés au fil des décennies, ils se sont mutés en véritables problèmes structurels dans l’organisation de l’Etat. D’un autre côté, je ne vois plus d’alternative. Certains optent pour des solutions faciles. Je trouve qu’il est irresponsable de parler d’expulser quelqu’un ou de quitter l’union. Même si la Grèce quittait l’Union européenne ou la zone euro, elle resterait sur la carte, et elle serait toujours un des partenaires importants en Europe. Ce sera toujours des millions de personnes qui veulent vivre avec nous et nous voulons vivre avec eux, et récolter les fruits de ces décennies d’efforts d’intégration européenne. Cela ne doit pas être détruit dans une situation comme celle-ci. Chaque effort doit être fait pour non seulement résoudre les problèmes à court terme (même si nous avions beaucoup plus d’argent nous ne pourrions le faire), mais nous devons encourager nos amis grecs à aller à la racine de leurs problèmes. S’ils veulent le faire, nous devons être à leurs côtés et leur apporter le soutien nécessaire, en respectant pleinement leurs décisions souveraines, mais avec beaucoup d’encouragements – c’est d’Europe que cela doit venir. La Grèce : « un défi d’une dimension inédite et sans solution dans les livres » |
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