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Sommet de Lisbonne

L’UE veut renouer avec l’Afrique

Dossier réalisé par Sébastien Falletti | mercredi 05 décembre 2007

Il aura fallu sept ans de controverses, de malentendus et de tractations diplomatiques pour qu’Européens et Africains se retrouvent enfin au plus haut niveau. Les 8 et 9 décembre à Lisbonne plus de 70 chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE et de l’Afrique tenteront de nouer un nouveau partenariat lors d’un Sommet aux dimensions hors normes. Un enjeu crucial, tant les destins des deux continents voisins sont irrémédiablement liés par l’histoire, la géographie, les migrations ou les intérêts économiques. Mais un défi difficile, car cette proximité suscite son lot de peurs, de rancoeurs et de dépendance.

«  L’Europe doit changer la nature de sa relation avec l’Afrique, elle doit faire sa révolution stratégique », affirme Louis Michel, le commissaire européen au Développement, qui exhorte l’UE à poser un regard neuf sur un continent désormais convoité par les grandes puissances émergentes du monde. L’Europe, qui porte toujours le poids de son péché colonial et cultive l’afro-pessimisme, a vu son influence dominante remise en cause depuis quelques années par l’influence grandissante de la Chine et malgré 36 milliards d’euros déversés en 2006. Le Sommet Chine-Afrique à Pékin en 2006 a eu l’effet d’un signal d’alarme dans les capitales européennes et a convaincu les plus réticents, notamment les Britanniques, de la nécessité de donner une suite au Sommet du Caire de 2000.

L’OMBRE DE LA CHINE

Pékin a donc ouvert la route de Lisbonne en convaincant l’UE de contourner le principal obstacle sur la route : Robert Mugabe. Depuis l’imposition de sanctions contre le président du Zimbabwe en 2003, l’Union refusait de l’inviter. En réponse, les dirigeants africains ont fait bloc avec leur homologue, par principe. Un blocage que la présidence portugaise de l’UE a fait sauter en envoyant une invitation à M. Mugabe avec le secret espoir que ce dernier ne l’honorerait pas, sous la pression discrète de ses pairs africains.

Peine perdue, M. Mugabe a annoncé sa venue à Lisbonne et compte exploiter la tribune politique et médiatique qui lui sera offerte pour accuser les Européens de néo-colonialisme. En représailles, le Premier ministre britannique Gordon Brown snobera la rencontre. Face à ce casse-tête, la partie européenne compte mettre l’accent sur les droits de l’homme et la gouvernance et rappellera que le passage d’un partenariat d’égal à égal implique aussi des responsabilités nouvelles.

Cette controverse risque d’éclipser le contenu même du Sommet, à savoir l’adoption pour la première fois d’une stratégie conjointe UE-Afrique et d’un plan d’action triennal négocié depuis un an. Avec quatre priorités clés (la paix et la sécurité, la gouvernance, le commerce et le développement) et huit partenariats spécifiques pour transformer en réalité ces objectifs sur des thèmes comme les migrations, l’énergie propre, le changement climatique ou la société de l’information.

TOURNER LA PAGE

Car le Sommet sera avant tout politique, avec pour enjeu l’ouverture d’un nouveau chapitre dans les relations transcontinentales, adapté au 21ème siècle. La déclaration politique finale devra être «  une synthèse compréhensible pour les citoyens européens et africains qui affirme qu’une page a été tournée », résume le directeur général de la DG Développement Stefano Manservisi. Une mutation voulue par l’UE qui mise sur l’Union africaine et les nouvelles classes dirigeantes du continent pour l’ancrer dans la mondialisation et le stabiliser. C’est aussi une vision intéressée, car l’Europe sait qu’elle est en première ligne si l’Afrique sombre dans le désordre et le sous-développement.

Certains dirigeants africains ne manqueront pas de répliquer que le partenariat ne peut rimer avec pillage des cerveaux, lutte contre l’immigration et libéralisation économique et feront monter les enchères en brandissant le contentieux des Accords de partenariat économique. «  Il faut lutter contre la culture de l’assistance et du refus des responsabilités », rétorque M. Manservisi. A Lisbonne, le dialogue entre les continents s’annonce musclé.



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