Analytique, complet, indépendant
 
Politiques sectorielles / Défense & Sécurité 2009Imprimer l'article | Imprimer cet article

Politique européenne de sécurité et de défense

Une décennie de PESD

Par Paul Ames | mercredi 18 novembre 2009

La chasse aux pirates au large de l’Afrique de l’Est ponctue le dixième anniversaire de la Politique européenne de sécurité et de défense. Après tout, la PESD a eu pour fonts baptismaux une ville de corsaires : Saint-Malo.

L’opération Atalanta contre des pirates somaliens est la plus importante mission de sécurité de l’UE. Une des plus réussies aussi, selon les responsables de la défense à Bruxelles. Elle vise une menace directe pour le commerce et les citoyens européens. Les États membres ont dépêché leurs navires militaires dans la région et ont engrangé des résultats directs et visibles, en réduisant les attaques contre les embarcations civiles.

À bien des égards, Atalanta illustre l’évolution remarquable du rôle de l’UE en matière de sécurité depuis cette réunion historique entre le Premier ministre britannique Tony Blair et le Président Jacques Chirac en Bretagne en 1998, prélude au lancement de la PESD l’année suivante.

L’idée était de laisser la défense territoriale de l’Europe à l’OTAN et de permettre progressivement à l’UE de mener toute une palette de missions, de la formation civile de ceux qui feront respecter la loi jusqu’à la pacification à grande échelle.

Depuis lors, l’UE a mené 23 missions militaires et civiles et envoyé près de 70 000 hommes et femmes porter le drapeau européen en Europe, en Afrique, en Asie et au Moyen-Orient.L’UE peut se targuer d’avoir, via la PESD, empêché de nouvelles flambées de violence dans les Balkans, sauvé des milliers de vies en Afrique centrale, solidifié de fragiles accords de paix à Aceh et en Géorgie, et envoyé en Irak, en Bosnie et dans les territoires palestiniens, magistrats, gardiens de prison et policiers bénéficiant d’une formation solide.

Des institutions civiles et militaires ont été développées pour gérer la PESD. L’Agence européenne de défense a été créée pour ouvrir les marchés et encourager le caractère transnational des marchés publics de la défense. Des groupements tactiques européens ont vu le jour pour permettre à l’UE, au moins sur le papier, de répondre au quart de tour aux urgences mondiales.

Des faiblesses viennent toutefois ternir ces succès. Le manque constant d’équipements vitaux et d’effectifs a longtemps retardé l’opération au Tchad et a failli faire échouer la mission essentielle de formation de la police en Afghanistan ; l’incapacité d’établir une véritable coopération avec l’OTAN qui reste otage du conflit chyprio-turc ; les palabres quant à l’utilisation des groupements tactiques européens ; le manque chronique d’investissement en forces déployables suffisantes.

ATALANTA ILLUSTRE L’ÉVOLUTION REMARQUABLE DU RôLE DE L’UE EN MATIÈRE DE SÉCURITÉ

Les États-Unis ont totalement changé d’attitude à l’égard de la PESD ces dernières années. Le climat était à la confrontation en 2003 lorsque la France et l’Allemagne se sont efforcées de constituer un nouveau quartier général européen au plus fort des tensions transatlantiques concernant l’invasion de l’Irak. Washington avait réagi avec méfiance et hostilité. Vers la fin de l’ère Bush, les États-Unis ont adouci le ton parallèlement au rapprochement de la France à l’OTAN sous le Président Nicolas Sarkozy. Le gouvernement Obama souligne la nécessité d’une coopération entre l’UE et l’Alliance atlantique.

« Le débat idéologique pour savoir si l’OTAN et l’Union européenne sont complémentaires ou rivales est dépassé », a indiqué, le mois dernier, Sandy Vershbow, secrétaire adjoint à la défense en charge de la sécurité internationale.

« Comme nous avons vu dans les Balkans et comme nous les voyons aujourd’hui en Afghanistan, chaque institution a des capacités distinctes en gestion de crises, opérations de stabilisation, et réponses aux menaces pour nos intérêts économiques et notre sécurité. Nous appuyons les mesures qui renforcent la capacité de l’UE de contribuer », a déclaré Sandy Vershbow lors d’une conférence sur la défense à Bratislava.

Le nouveau secrétaire général de l’OTAN tient à ce que les deux organisations travaillent ensemble. Anders Fogh Rasmussen a récemment affirmé que l’objectif était de « coordonner la puissance militaire et l’engagement transatlantique de l’OTAN avec les ressources civiles et financières de l’UE ». Une déclaration qui a mal passé auprès des responsables de la défense à Bruxelles, même s’ils se sont félicités de l’engagement de trouver une solution rapide au blocage Turquie/Chypre.

L’UE n’a pu empêcher le bain de sang à ses portes, lors de la guerre des Balkans des années 1990. C’est ce qui l’a incitée à lancer la PESD. L’arrivée de Tony Blair au 10 Downing Street, avec une approche moins hostile envers l’Europe que ses prédécesseurs conservateurs, a ouvert la voie à un accord avec Jacques Chirac. C’est ainsi que deux puissances militaires prédominantes en Europe ont jeté les bases d’un volet sécurité à développer.

Le retour probable d’un gouvernement conservateur à Londres pourrait changer la donne. Si les Américains se sont ralliés à la PESD, de nombreux conservateurs britanniques restent méfiants quant au concept même d’une identité militaire européenne indépendante de l’OTAN.

Les structures de la PESD ont été mises en place en 2001. Le Comité politique et de sécurité, composé d’ambassadeurs des 27 États membres, définit la politique comme le fait le Conseil Nord-Atlantique de l’OTAN. Les grandes décisions sont prises par consensus des ministres européens des Affaires étrangères et de la Défense.

Le Comité militaire de l’UE fait rapport au COPS. Il se compose de représentants de chaque État membre et rédige des recommandations et avis sur les opérations et autres questions militaires, à l’attention des responsables civils. Il est servi par le troisième pilier de la structure militaire de l’UE, l’État-major militaire de l’UE chargé d’alertes précoces, d’évaluations de la situation, de la planification stratégique pour les opérations PESD, et de l’examen des objectifs de capacité militaire de l’UE.

Les missions individuelles sont gérées soit par le centre d’opérations créé à Bruxelles en 2007 en liaison avec le QG de l’OTAN dans le sud de la Belgique, soit par un des cinq QG nationaux au Royaume-Uni, en France, en Allemagne, en Italie ou en Grèce.



Copyright © 2008 Europolitics. Tous droits réservés.