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Politiques sectorielles / Défense & Sécurité 2009Imprimer l'article | ![]() Tribune libreL’Europe : toujours absente du marché des dronesPar Bertrand Slaski | mardi 17 novembre 2009
![]() Pour l’Union européenne, l’absence de stratégie commune claire et coordonnée dans le domaine des drones soulève plusieurs questions sur les ambitions aéronautiques et militaires du continent. L’emploi des drones sur les théâtres d’opérations est exponentiel. Il amène les forces armées à faire évoluer rapidement leurs concepts d’emploi. Ces systèmes – initialement destinés à des missions de reconnaissance, de surveillance et de renseignement (ISR (1)) – se révèlent riches de potentialités opérationnelles qu’il conviendrait d’explorer davantage. Cela est particulièrement vrai pour les drones MALE (2). Ceux-ci parcourent des distances considérables (plus de 1 000 km), opèrent pendant des durées importantes (supérieures à 10 h sur zone) et, surtout, emportent des charges utiles de plus en plus variées. De manière non exhaustive, l’ensemble de ces capteurs et systèmes embarqués servent à fournir du renseignement aux décideurs, de l’imagerie au commandant et aux forces au sol, à désigner des objectifs au profit d’aéronefs, à relayer des communications pour des unités éloignées de leur base et à délivrer de l’armement. Cette aptitude des MALE à offrir simultanément des services différents à plusieurs destinataires amène parfois les observateurs à en tirer des conclusions hâtives ou erronées. Deux exemples peuvent être évoqués : d’une part, la substituabilité supposée entre les drones et les aéronefs habités et les satellites, et d’autre part, la similitude trompeuse entre les drones armés (UAS (3)) et les drones de combat (UCAS (4)). Premier exemple, que l’on traitera succinctement : les drones MALE ne sont pas destinés à remplacer d’autres systèmes. Ils apportent en revanche des capacités nouvelles et complémentaires d’équipements existants, en particulier la possibilité de « tenir » sur zone et de transmettre des données en temps réel vers des points éloignés grâce une liaison satellitaire. Comparaison n’est pas raison. Cependant, rappelons que l’apparition des armes à feux n’a pas fait disparaître pour autant les armes blanches, que l’artillerie n’a pas remplacé le pistolet ni le fusil, que l’émergence des chars de combat n’a pas entraîné le retrait des obusiers, etc. Naturellement, la problématique drones MALE versus aéronefs habités et satellites obéit à cette même règle. Le second exemple mérite un développement particulier, compte tenu de ses implications. Ainsi, la capacité des drones MALE à emporter de l’armement n’en fait pas pour autant des drones de combat (UCAS). Pour s’en convaincre, il suffit de se tourner vers les États-Unis, pays possédant la flotte opérationnelle de drones la plus importante au monde et les projets technologiques les plus nombreux dans ce domaine. À ce jour, les forces américaines arment principalement des drones de la famille Predator (5) de General Atomics. Le Predator B dispose, par exemple, de la même capacité d’emport qu’un avion de combat A10, le fameux « tueur de chars ». L’idée d’armer ces vecteurs vient de leur réactivité. Au cours d’une mission planifiée, ils peuvent en effet être déroutés de manière « opportune » afin de délivrer de l’armement sur une cible identifiée par un opérateur ou de soutenir des forces terrestres demandant un appui feu. Pour ce qui est des UCAS, aucun système n’est aujourd’hui totalement opérationnel. La marine américaine a lancé un programme (6) confié à Northrop Grumman. Un premier vol du démonstrateur X-47B devrait intervenir fin 2009, aucune date de production de série n’a été annoncée. De leur côté, Boeing (7) et Lockheed Martin se positionnent pour remporter de futurs appels d’offres, éventuellement pour remplacer les capacités offertes par le B-2A Spirit, le Joint Strike Fighter (JSF), etc. En Europe cette fois, avec le programme de démonstrateur nEUROn, l’équipe industrielle réunie autour de Dassault permet aux pays participants d’évaluer l’intérêt de ce type de vecteurs au regard de la maturité des technologies disponibles. À l’avenir, ce projet pourrait favoriser l’émergence d’un programme européen structurant dans le domaine des plates-formes de combat de nouvelles générations habitées ou non. À ce titre, et bien que l’on comprenne l’urgence du besoin opérationnel, sans oublier les conséquences capacitaires des retards des développements de certains industriels, on ne peut que s’inquiéter de l’achat de drones américains ou israéliens par des pays de l’Union européenne. À court terme, ces alternatives étrangères menacent clairement l’émergence d’un programme européen de drones MALE ISR. À plus long terme, ces acquisitions risquent d’avoir un impact majeur sur l’intérêt des forces armées de l’UE pour un drone de combat européen. Situation paradoxale : n’ayant pas soutenu les efforts d’autonomie stratégique du vieux continent, les opérationnels pourraient juger insuffisante l’expertise technologique des groupes de défense européens dans le domaine des drones… Enfin, bien que les UCAS ne soient pas encore opérationnels, une conclusion forte se dégage : les prototypes et travaux présentés font apparaître des différences sensibles avec les UAS sur lesquels est monté de l’armement. En premier lieu, le fuselage des UCAS – prenons le X-47B ou le nEUROn – s’apparente à celui d’une aile volante. Ce choix de design doit permettre au drone d’être furtif, une caractéristique essentielle au regard des missions qu’il aura à réaliser en milieu hostile. Elle lui permettra d’offrir peu de prises aux systèmes radars adverses et ainsi de créer la surprise. Le drone de combat devra en effet entrer en premier au-dessus d’un théâtre pour neutraliser les systèmes de défense ennemis. Ce faisant, il sera doté d’une motorisation performante pour réaliser les manœuvres d’évitement des tirs hostiles. Enfin, il devra disposer d’une grande autonomie cognitive puisqu’il lui faudra rassembler le coup d’œil et l’intelligence de situation du pilote. Point difficile au regard des progrès technologiques réalisés pour le moment dans le domaine de l’intelligence artificielle. Pour leur part, les drones MALE, dont la forme extérieure s’apparente à celle des avions habités « classiques », opèrent dans des espaces aériens sécurisés. Contrairement aux UCAS, ils nécessitent la présence quasi-permanente d’opérateurs afin d’analyser les données recueillies en temps réel par leurs capteurs, ce qui implique d’ailleurs une liaison continue entre le vecteur aérien et la station de contrôle. Point fort, les MALE peuvent, en outre, opérer au profit d’acteurs variés, qu’il s’agisse des douanes pour observer l’entrée illégale de marchandises sur le territoire national, d’assureurs afin d’évaluer les dégâts causés par une catastrophe naturelle, d’entreprises de transport pour permettre une gestion optimale du trafic, etc. L’armement n’est, au final, que l’une des configurations optionnelles de la plate-forme. Aux États-Unis, des Predator participent déjà à des opérations de lutte contre les incendies et au suivi de l’évolution des tempêtes. D’autres drones sont utilisés pour la surveillance des frontières terrestres et pour réaliser des relevés dans le cadre de missions scientifiques. En définitive, on peut avancer que les drones MALE ISR sont par essence destinés à des missions de sécurité « interministérielles » variées. À l’inverse, les drones de combat, véritables armes de guerre, sont destinés à des opérations de haute intensité. On ne peut donc en aucun cas confondre les deux systèmes : d’égale importance, leurs bénéfices sont très différents (8). Pour l’Union européenne, l’absence de stratégie commune claire et coordonnée dans le domaine des drones – UAS et UCAS – soulève plusieurs questions sur les ambitions aéronautiques et militaires du continent. En effet, les programmes de drones induisent des développements cruciaux pour l’aéronautique de demain (robotisation, propulsion, transmission de données, miniaturisation des capteurs, matériaux innovants). Or, sans un effort dans ces domaines, la pérennité du paysage industriel européen de l’aéronautique n’est pas assurée. Les pays émergents risquent de combler rapidement le fossé technologique les séparant des meilleurs groupes européens, avec les conséquences induites sur l’emploi en Europe. La menace est d’autant plus sérieuse que les technologies développées par les bureaux d’études de l’aéronautique irriguent d’autres secteurs industriels (automobile, médecine, etc.). Enfin, la crédibilité opérationnelle de l’UE, et surtout de son autonomie d’action, pourrait être remise en cause si sa capacité à « entrer en premier » sur un théâtre devait dépendre d’un pays étranger (des États-Unis). C’est pourquoi, il convient dès à présent de travailler à la conception d’une solution – éventuellement un drone de combat – pouvant faire face au développement de la menace sol-air et des systèmes de défense antiaérienne, sous peine de transformer la capacité militaire européenne en supplétive d’un partenaire plus puissant. Ces alternatives étrangères menacent clairement l’émergence d’un programme européen de drones MALE ISR(1) ISR : Intelligence, Surveillance & Reconnaissance ou Renseignement, Surveillance et Reconnaissance (2) MALE : Moyenne Altitude Longue Endurance (3) UAS : Unmanned Aircraft Systems (4) UCAS: Unmanned Combat Aircraft Systems (5) Citons le Predator B et le Sky Warrior (6) UCAS-D: Unmanned Combat Air System – Demonstrator (7) Boeing a récemment annoncé le lancement, sur fonds propres, d’un programme de démonstrateur technologique baptisé Phantom Ray. L’industriel utilisera son prototype X-45C ainsi que les développements réalisés dans le programme J-UCAS abandonné. (8) Le dernier né de la famille Predator, l’Avenger (Predator C), reste un drone armé malgré les efforts faits par l’industriel sur son niveau de furtivité et sa motorisation. |
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