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Business & compétitivité / CDSImprimer l'article | ![]() L’UE va devoir convaincre les économies émergentesPar Sébastien Falletti à Séoul | jeudi 08 avril 2010
![]() Pour parvenir à une réforme mondiale des contrats d’échange sur défaut ( Credit Default Swap ou CDS), l’UE va devoir obtenir le soutien des grandes économies émergentes. Or cette question n’est pas une priorité majeure pour la Corée du Sud, qui préside le G20 cette année, ni pour la Chine ou l’Inde, ces pays n’ayant montré jusqu’ici qu’un intérêt limité pour la réforme ambitieuse des CDS souhaitée par l’UE. Ces produits dérivés complexes sont jugés responsables de l’aggravation de la crise financière grecque et ils sont devenus la nouvelle cible des régulateurs financiers de l’UE (voir article séparé). Mais pour arriver à une réforme efficace et significative, les chefs d’État et de gouvernement de l’UE vont devoir convaincre leurs homologues du G20 de se pencher sur cette question durant les prochains sommets de Toronto, en juin, et de Séoul, en novembre. « Cette question est devenue hautement politique et l’UE aimerait la soulever au cours du sommet », indique Shin Hyun Song, représentant du comité présidentiel sud-coréen du G20, à Séoul. Elle n’avait pas été particulièrement examinée durant le sommet de Pittsburgh en septembre 2009. Si l’UE parvient à dégager un consensus politique au niveau des ministres et des dirigeants, la vraie bataille se jouera alors au Conseil de stabilité financière ( Financial Stability Board ou FSB), chargé d’appliquer les réformes financières décidées par le G20. C’est là que l’UE devra se faire entendre. Le FSB se réunira en octobre avant le sommet de Séoul. Pourquoi l’UE a-t-elle besoin du G20 pour réformer efficacement les CDS ? Les institutions financières privées, partout dans le monde, utilisent les contrats d’échange sur défaut de crédit. En bref, il s’agit de contrats qui garantissent une dette. Les vendeurs de CDS acceptent de payer les acheteurs si la dette n’est pas honorée. Par le biais des CDS, les investisseurs qui prêtent de l’argent à des pays tels que la Grèce pour acheter leurs obligations peuvent réduire leur risque (voir article séparé pour une explication détaillée). Dès lors, les partisans de ces produits estiment que, sans eux, le coût des emprunts de la Grèce grimperait car les prêteurs exigeraient des primes plus élevées. Ce n’est pas l’avis de l’UE, qui tient ces produits dérivés pour responsables de la spéculation qui a touché Athènes et l’euro ces dernières semaines. L’UE veut imposer une réglementation stricte sur l’utilisation des CDS tout en sachant très bien que seul le soutien des autres grands acteurs financiers mondiaux lui permettra de déployer des efforts efficaces. Une réforme limitée à l’UE n’aurait que peu d’effet. Le soutien des États-Unis est essentiel puisque c’est là que se trouvent les organismes financiers privés les plus importants (voir article séparé). Mais ce n’est pas suffisant. Pour que les mesures énergiques contre les CDS soient efficaces, le soutien du processus G20 est indispensable puisqu’il est devenu le forum clé de gouvernance économique mondiale suite à la crise financière et économique mondiale. Une réforme sans le soutien des vingt plus grandes économiques mondiales (85 % du PIB mondial) serait insignifiante. Qu’a accompli le G20 jusqu’ici en termes de réglementation des produits dérivés ? Durant leurs trois derniers sommets à Washington DC (novembre 2008), Londres (avril 2009) et Pittsburgh (septembre 2009), les dirigeants du G20 se sont engagés à « tourner la page d’une ère d’irresponsabilité et à adopter une série de politiques, de règlements et de réformes en vue de répondre aux besoins de l’économie mondiale du 21e siècle ». Cela inclut un agenda ambitieux de réformes visant à réglementer le marché financier, y compris celui des produits dérivés, comme les fonds spéculatifs ou les CDS. À Pittsburgh, le G20 a promis d’améliorer le marché des produits dérivés négociés de gré à gré ( Over The Counter ou OTC), et de créer des outils plus puissants pour obliger les grandes entreprises internationales à assumer les risques qu’elles prennent. Le but principal est d’augmenter la transparence de ces transactions par la création d’une chambre de compensation centralisée pour les produits dérivés OTC, notamment les CDS, comme l’a proposé le sommet de Londres. La création d’un cadre international de ce type est en cours et devrait être terminée d’ici le milieu de l’année 2012. Le FSB, situé à Bâle, est chargé de contrôler l’application de cette réforme. L’UE est-elle satisfaite de ce qui est fait au niveau du G20 ? Pas entièrement. L’UE veut aller plus loin que le concept de chambre de compensation. Le rapport Larosière, publié par le groupe de travail de haut niveau sur la supervision financière en février 2009, demande non seulement un système européen de compensation mais aussi un système plus global de gestion des risques et d’alerte dans un cadre institutionnel hautement coordonnée. « Ce modèle introduit une instance centralisée qui agit comme contrepartie dans chaque transaction », explique Chiara Oldani, professeur d’économie à l’Université de Viterbo. Ce mécanisme hautement coordonné ne passe pas très bien auprès de plusieurs membres du G20, qui craignent une surréglementation des marchés financiers. Les autres membres du G20 sont-ils prêts à soutenir l’appel de l’UE en faveur d’une réglementation plus stricte sur les CDS ? La crise grecque n’a fait qu’aiguiser l’appétit de l’UE pour une réforme réglementaire internationale, ce qui pourrait creuser un peu plus l’écart entre l’UE et ses grands partenaires au sein du G20. Les États-Unis sont considérés comme un obstacle majeur par les Européens (voir article séparé). Quant aux autres grands acteurs en présence, essentiellement les économies émergentes, ils joueront un rôle croissant dans la négociation cette année mais ils manifestent peu d’intérêt pour la proposition européenne, principalement parce que les CDS sont moins utilisés sur les marchés financiers émergents. « C’est une question pour les marchés avancés. Elle n’est pas une priorité pour les économies émergentes », fait remarquer Shin Hyun Song. Toutefois, la Corée du Sud, qui préside le G20, est disposée à mettre ce point à l’ordre du jour. « Nous sommes avec les Européens. Nous avons aussi connu une crise financière majeure dans le passé (1997) », assure le haut fonctionnaire sud-coréen. n |
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Le symptôme mais pas la cause des difficultés de la Grèce -
