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Business & compétitivité / Société de l'informationImprimer l'article | ![]() Entretien avec Neelie Kroes, commissaire à l’Agenda numériqueCent actions pour connecter chaque EuropéenPropos recueillis par Nathalie Vandystadt et Marc Paoloni | lundi 17 janvier 2011
![]() Pourquoi un nouvel « Agenda numérique » ? Les précédents plans européens ont-ils raté, tout au moins en partie, leurs objectifs : libéralisation des communications électroniques, diffusion des technologies numériques dans les autres secteurs, etc. ? C’est la première fois que la Commission lance une stratégie horizontale et aussi vaste. Contrairement aux stratégies précédentes liées aux TIC (technologies de l’information et de la communication), cette figure de proue d’Europe 2020 n’est pas une politique sectorielle. La maturité des TIC et leur caractère habilitant nécessitent un champ plus large, qui traverse tous les domaines politiques et s’appuie sur toute la gamme de services de la Commission. Cela ne signifie pas que les stratégies antérieures étaient erronées, mais que nous devons faire plus et ajuster nos politiques à l’évolution des réalités technologiques, économiques et sociétales. L’Agenda numérique pour l’Europe est la bonne stratégie pour relever les défis des prochaines années. Nous avons besoin d’un « nouvel » agenda numérique parce que les TIC sont autour de nous tout au long de la journée : en voiture, en réunions professionnelles, ou devant la télévision chez soi. Les TIC changent la manière dont nous vivons, travaillons, faisons des affaires ou interagissons avec d’autres. L’internet a eu le même effet révolutionnaire que le développement de l’électricité et des réseaux de transport les siècles passés. En Europe, nous avons fait de grands progrès en termes d’utilisation du mobile et de la large bande première génération. Mais nous risquons d’être à la traîne pour ce qui est des nouveaux défis comme la large bande sans fil et ultrarapide. Malheureusement, ce n’est pas en une nuit qu’on installe ces réseaux. Il faut des années de préparation et de planification minutieuses, et d’énormes montants de capitaux. En outre, le secteur privé n’est pas encore très chaud pour investir dans les réseaux larges bande à haut débit. L’Agenda numérique pour l’Europe vise à stimuler les investissements du secteur privé en réseaux large bande à haut débit pour que l’Europe rattrape ses principaux concurrents mondiaux. J’estime qu’il ne suffit pas d’élaborer des plans sur cinq ou dix ans. Se contenter d’attendre que les problèmes se résolvent tout seuls reviendrait à laisser tomber tous les citoyens européens. La technologie n’est pas figée, nous devons réagir et en fait prendre la tête. L’Agenda numérique pour l’Europe vise à réunir les conditions nécessaires pour que personne ne soit exclu du monde numérique, et que tous les citoyens et entreprises puissent bénéficier des technologies numériques. Le champ de l’Agenda est très large. Quelles sont à vos yeux les priorités des priorités ? Celles à réaliser avant 2015 ? Le programme de l’Agenda numérique nous engage à cent actions, dont 31 propositions de législation. Que chaque Européen passe à l’ère numérique est effectivement un programme gigantesque. Chaque partie de ce plan d’action a pour objet de maximaliser le potentiel des TIC. Et elles sont si nombreuses, ces parties, parce que, à moins de s’attaquer à toute la série de questions, il est très difficile de parvenir à en traiter une. En outre, nous avons défini des objectifs et délais spécifiques de mise en œuvre des 100 actions. Par exemple, nous voudrions, au cours des cinq prochaines années, diminuer de moitié le pourcentage d’Européens qui n’ont jamais utilisé l’internet, de 30 % à 15 %. C’est une tâche immense - cela suppose de connecter 75 millions de personnes, soit environ 10 000 nouveaux internautes par jour. La Commission travaille aussi avec les entreprises et les autorités nationales et régionales pour veiller à ce que d’ici 2013 tous les citoyens d’Europe puissent avoir un accès large bande de base à l’internet, et que d’ici 2020 tous puissent accéder à l’internet à haut débit de 30 Mbps et plus. En 2020, nous visons aussi à ce que 50 % au moins des ménages européens souscrivent à l’internet à ultra-haut débit de plus de 100 Mbps. La Commission relève un sérieux retard de compétitivité et d’innovation par rapport aux États-Unis et à l’Asie. Pourquoi l’Europe ne parvient-elle pas à engendrer des success stories comme Google ou Facebook ? L’Europe est une ruche de chercheurs et d’entrepreneurs créatifs. Il est manifeste que nous sommes bons en idées, mais l’Europe ne parvient pas toujours à commercialiser ses découvertes en TIC. L’Europe a un avantage industriel et technologique clair dans des domaines essentiels dont l’équipement et les services de télécommunications. Par exemple, chaque téléphone portable du monde contient des puces basées sur des conceptions développées en premier lieu par des projets de recherche que l’UE a financés. Ces téléphones transfèrent des données utilisant des normes internationales de communications — GSM et 3G — qui sont développées par la recherche financée par l’UE et promues via la législation et de nombreuses initiatives politiques européennes. L’Europe mène aussi en systèmes informatiques embarqués, logiciels professionnels, photonique et robotique industrielle, et en composants nano-électroniques spécialisés. De plus, l’Europe dispose de solides atouts en technologie et en créativité, et nous connaissons beaucoup d’entreprises fructueuses en ligne qui sont nées en Europe. Bien sûr, l’Europe pourrait faire beaucoup mieux si les conditions ici étaient plus favorables à l’innovation et à la croissance des petites entreprises. Cela nécessiterait l’établissement d’un Marché unique du numérique, le déploiement d’une infrastructure bande large qui soit améliorée et sûre, un meilleur accès au capital-risque, la stimulation de l’innovation par de nouveaux modèles d’entreprise et le développement d’applications nouvelles, tout en consolidant les efforts de recherche. C’est pourquoi la Commission européenne, via l’Agenda numérique pour l’Europe, s’engage à traiter ces dossiers. La création d’un Marché unique du numérique, totalement opérationnel, d’ici 2015 est un objectif majeur de l’Agenda numérique. Nous allons encourager la coopération étroite du secteur public et de l’industrie pour que la recherche européenne soit orientée vers la demande et l’utilisateur. De plus, nous allons établir des partenariats public-privé dans des domaines tels que l’internet futur, la voiture verte, les usines de demain, et les bâtiments à forte efficacité énergétique. De la sorte, nous attirerons plus d’investissements privés en recherche et développement. Enfin, la Commission soutiendra financièrement les normes et plates-formes ouvertes pour les nouveaux produits et services. Nous sommes convaincus que ces efforts encourageront l’innovation en Europe, surtout dans les domaines où nous accusons un retard. Cela garantira, au bout du compte, que notre économie reste compétitive dans les marchés mondiaux. La Commission mise sur la fibre optique pour promouvoir l’internet à très haut débit : est-elle attentive aux positions parfois dominantes des anciens monopoles d’État ? Bien sûr, la Commission en tient compte. Pour atteindre les objectifs de l’Agenda numérique, il est essentiel que les sociétés récentes aient l’accès et l’incitation dont elles ont besoin pour entrer dans le marché et augmenter le degré de concurrence. De la sorte, les acteurs établis seront motivés pour investir et innover. Mais nous devons en même temps reconnaître dûment les risques encourus par les sociétés qui ont déjà à leur actif de gros investissements en réseaux de fibres, ou qui comptent le faire. Dans notre recommandation sur les réseaux d’accès de prochaine génération, prévue en septembre, nous définirons par lignes directrices comment les régulateurs nationaux doivent trouver cet équilibre, entre le besoin de créer des incitations à investir, et sauvegarder une concurrence effective dans l’UE. La cohérence dans les États membres sera cruciale pour accélérer l’investissement et l’innovation dont l’UE a besoin. L’« Europe numérique » exige de considérables investissements : Quelles pistes voyez-vous pour leur financement à l’heure des restrictions des aides publiques et des crédits bancaires ? Je conviens que les organisations du secteur public sont sous forte pression en matière de budgets. Mais tant l’Union européenne que les États membres reconnaissent le rôle des TIC pour atteindre la croissance économique et le développement. Ces dernières années, 50 % de la croissance de la productivité européenne peuvent être attribués à l’investissement dans les TIC. Les TIC sont aussi le moyen d’atteindre bien d’autres objectifs politiques. Un meilleur usage des TIC peut se traduire en moindres émissions de carbone, meilleure valeur des soins de santé, moins de gaspillage en paperasserie, etc.Je pense que les États membres reconnaissent toutes ces possibilités et s’engagent à investir les fonds nécessaires pour atteindre nos objectifs numériques communs. En même temps, investir en R&D est essentiel pour que les TIC puissent relever les défis du monde de demain. La Commission soutient la R&D en TIC en lui allouant la part la plus importante de fonds au titre de son 7e programme-cadre de 2007 à 2013 - quelque 9 milliards d’euros. Les États membres ont pris l’engagement de doubler leurs dépenses annuelles totales, à 11 milliards d’euros en 2020. Je crois donc que les efforts conjoints de la Commission européenne et des États membres contribueront à atteindre nos objectifs de R&D, ce qui nous maintiendra en bonne position par rapport à nos concurrents mondiaux. Les technologies sont certainement créatrices d’emplois, avec notamment la production de nouveaux produits et l’équipement de nombreux autres secteurs, mais aussi destructrices d’emplois : presse écrite, musique & audiovisuel, transports, etc. Comment résoudre cette équation ? Par exemple, en matière de protection des droits d’auteur ? Selon certains analystes, parvenir à un véritable Marché unique du numérique suffirait pour doper le PIB de l’Europe de 4 % (environ 500 milliards d’euros) en dix ans. Mais il est vrai qu’avec des variations de législation dans les vingt-sept États membres, la fragmentation du marché est la raison principale pour laquelle les consommateurs ne bénéficient toujours pas de prix concurrentiels et d’un choix bien plus vaste dans un Marché unique du numérique. Les consommateurs peuvent acheter des CD dans chaque magasin de musique d’Europe, mais il leur est souvent impossible de télécharger légalement de la musique en ligne d’un autre pays de l’UE parce que les droits font l’objet de licences octroyées pays par pays. Cette fragmentation signifie qu’il y a quatre fois plus de téléchargements légaux de musique aux États-Unis qu’en Europe. Il faut s’attaquer à ces barrières. Pour un véritable Marché unique du numérique, la Commission compte ouvrir l’accès au contenu licite en ligne, en simplifiant l’affranchissement des droits d’auteur, par exemple.La Commission proposera, en 2011, une directive-cadre sur la gestion des droits collectifs pour améliorer la gouvernance, la transparence et l’octroi de licences à l’échelle européenne pour la gestion des droits en ligne. Avec le soutien juridique adéquat, les technologies numériques pourraient offrir de nouvelles plates-formes aux artistes pour atteindre un public plus nombreux et mieux ciblé. En plus, lorsque le contenu est créé pour des plates-formes multiples, beaucoup de contributeurs différents peuvent en bénéficier - qu’ils soient musiciens, concepteurs web, graphistes ou détaillants. D’autres actions sont prévues, comme faciliter les paiements et la facturation électroniques, achever des projets en cours dont l’espace européen de paiements en euros (SEPA), et créer un système européen de règlements des différends en ligne pour les transactions de commerce électronique, pour que les consommateurs et les fournisseurs sachent où aller en cas de problème. Cela signifie aussi que l’Europe doive combler un manque croissant de personnes qualifiées en TIC et améliorer les connaissances de base en informatique. Connecter environ 10 000 nouveaux internautes par jour |
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