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Politiques externes / Marchés publicsImprimer l'article | ![]() UE/Etats-UnisAvions ravitailleurs : Airbus et Boeing toujours en compétitionPar Brian Beary à Washington | lundi 12 avril 2010
![]() Responsables politiques et industriels s’impliquent de plus en plus des deux côtés de l’Atlantique, alors que la maison-mère d’Airbus, EADS, doit décider de faire ou non une offre pour le contrat de 50 milliards de dollars portant sur la fourniture à l’US Air Force d’avions ravitailleurs. Le fait que le Président Nicolas Sarkozy ait jugé opportun d’aborder la question avec le Président américain Barack Obama, lors de sa visite à la Maison Blanche le 30 mars, montre que ce contrat est perçu comme politiquement important. Pour rappel, la décision initiale de l’US Air Force, en février 2008, d’accorder un contrat conjoint à EADS et la société américaine Northrop Grumman a été un choc pour beaucoup et très certainement pour Boeing. L’annulation de cette décision par le gouvernement américain fin 2008, suite à une plainte de Boeing concernant la procédure d’adjudication par le Government Accountability Office, un organisme gouvernemental américain de surveillance, a tout autant heurté EADS. Ensuite, en mars 2010, Northrop Grumman s’est retiré de la compétition, estimant ne plus être en mesure de remporter le contrat. Au vu de la controverse autour de cette compétition, le Département américain de la défense (DOD) est déterminé à clore l’affaire aussi vite que possible. Que EADS fasse offre ou non, le DOD prendra sa décision au début de l’automne 2010. Il a promis à EADS de prolonger de soixante jours son échéance pour la soumission éventuelle d’une proposition, reconnaissant ainsi les difficultés que le retrait de Northrop Grumman a engendrées pour EADS. L’échéance serait donc portée au 9 juillet 2010, moins que les quatre-vingt-dix jours espérés par EADS mais sans doute assez puisque EADS prépare son offre depuis plusieurs années. Le défi le plus urgent pour EADS est de trouver un autre partenaire américain car, même si EADS est le principal contractant, il a besoin de « faire équipe » avec une société américaine. De fait, certaines données sensibles liées à la sécurité ne peuvent être gérées que par une société américaine. Les tenants et les aboutissants de ce contrat sont complexes et variés : ils ne touchent pas seulement aux relations transatlantiques mais aussi à la scène nationale américaine. Le fait que le Président Sarkozy ait discuté de l’affaire avec Obama a aidé EADS en ce sens que cela a jeté plus de lumière sur la compétition. Plus que jamais, le gouvernement américain est déterminé à montrer qu’il est équitable et qu’il ne favorise pas une société au détriment de l’autre. « Nous avons été secoués par les deux côtés. Nous allons résister et la compétition sera impartiale, ouverte et transparente », a déclaré le secrétaire adjoint à la Défense, William Lynn, le 24 février. Quant à M. Obama, même s’il a assuré à M. Sarkozy que la compétition serait loyale, il fera tout pour se tenir à distance de la décision finale en raison des retombées politiques négatives, indépendamment de qui remportera le contrat. DIVISER LE CONTRAT ?D’aucuns ont suggéré, pour résoudre l’affaire à l’amiable, de diviser le contrat entre EADS et Boeing. Du point de vue de l’US Air Force, ce pourrait être une bonne idée de ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier car, en cas de grave problème de conception avec un modèle Airbus ou Boeing, il serait très coûteux et problématique de réparer la flotte entière. Toutefois, un contrat divisé est aussi source de frais car la force aérienne devrait entraîner les pilotes et les équipes de maintenance à utiliser et à réparer les deux types d’appareils et il faudrait prévoir des pièces détachées pour les deux modèles. Pour que EADS gagne, elle devra aussi contrer l’opposition de certaines branches du Congrès américain. Les congressistes des régions où Boeing opère, se battront bec et ongles pour empêcher EADS de remporter le contrat, d’autant que les élections du Congrès sont prévues en novembre prochain. Quand EADS a présenté une offre conjointe avec Northrop Grumman, elle pouvait faire taire un tant soit peu l’opposition en insistant sur les emplois qui seraient créés grâce à l’offre conjointe. Il est désormais plus difficile d’utiliser cet argument. Le Congrès ne pourra peut-être pas soulever explicitement la question des emplois pour empêcher EADS d’obtenir le contrat, mais il pourra utiliser d’autres moyens. Il peut, par exemple, noter qu’accorder un contrat aussi énorme à une société non américaine est contraire à la sécurité nationale. Les législateurs américains pourraient aussi souligner l’arrêt préjudiciel de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui a décelé des infractions dans certaines subventions accordées à Airbus. Toutefois, l’argument OMC est une arme à double tranchant. Cet été, l’OMC pourrait dénoncer des défauts similaires, voire même plus importants, dans les subventions accordées à Boeing par le gouvernement américain. Des leaders européens peuvent évidemment aussi intervenir, comme l’a fait M. Sarkozy, pour plaider la cause d’EADS. Les plus sages le feront bien sûr d’une manière qui ne froisse pas Washington, afin de ne pas faire plus de tort que de bien à EADS. Une longueur d’avance pour Boeing EADS et Boeing sont des concurrents égaux en ce qui concerne le contrat des ravitailleurs, mais Boeing a supplanté EADS jusqu’ici en ce qui concerne les contrats du gouvernement américain. Pour l’exercice 2010, Boeing est le deuxième plus grand bénéficiaire de marchés publics américains, ayant remporté des contrats pour 4,533 milliards de dollars, soit 4,4 % de l’ensemble des dépenses du gouvernement pour des marchés publics. EADS arrive en cinquante-deuxième place, ayant remporté des contrats d’une valeur de 299 millions de dollars, soit 0,3 % de l’ensemble. Entre 2000 et 2010, l’US Air Force a accordé à Boeing des contrats pour 79 milliards de dollars, alors que EADS n’a remporté que 109 millions de dollars. (source : www.usaspending.gov) |
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