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UE/OTAN

Les Européens tirent les leçons de l’intervention en Libye

Par John Strait | vendredi 04 novembre 2011

Les dirigeants européens saluent la victoire des forces d’opposition en Libye comme un succès militaire et diplomatique majeur, et une justification de leur intervention en faveur du mouvement pro-démocratie. Alors que commencent pour de bon les analyses approfondies de la campagne menée par l’OTAN, les opinions divergentes ne manqueront pas d’abonder à l’égard des leçons militaires à tirer de l’opération, et à appliquer à l’avenir.

Les points de vue civils devraient se partager en deux camps : ceux qui appuient l’Europe pour sa volonté de promouvoir les droits de l’homme et protéger une population vulnérable qu’opprime un dictateur violent ; et ceux qui s’opposent à ce type d’opération, à cause de sa durée et de son coût, et doutent des mérites de mener pareille opération contre un régime faible aux défenses très amoindries.

Les conclusions militaires seront plus diversifiées et guideront la perspective et la politique de l’Europe : faut-il encore mener des campagnes expéditionnaires, et dans l’affirmative, comment ?

«  Nous sommes déterminés, d’emblée, à mener cette campagne de la bonne manière, et à tirer les leçons d’interventions récentes », a déclaré le Premier ministre britannique David Cameron au parlement.

L’intervention en Libye était la première opération d’envergure de l’OTAN qui ne soit pas menée par les Etats-Unis, mais par les membres européens de l’alliance.

Plus de sept mois de bombardements ont impliqué 26 000 sorties et plus de 9 600 missions de frappes pour la force aérienne de huit membres de l’OTAN, avec le concours de quatre pays partenaires. Des frappes américaines de missiles ont détruit la défense aérienne et les centres de commandement au début de la campagne, en mars. Depuis lors, des avions principalement britanniques et français, avec l’appui de la Belgique, des Pays-Bas, de la Norvège, du Danemark et de l’Italie, ont mené la majorité des frappes aériennes contre l’armée du colonel Kadhafi. Les attaques ont détruit un millier de chars, véhicules armés et pièces d’artillerie, et la capacité du dictateur de commander et contrôler ses troupes s’est progressivement réduite à néant. Une attaque aérienne française, qui a tué une dizaine de gardes du corps de Mouammar Kadhafi, a permis sa capture puis son exécution.

L’Europe a toujours été le « petit frère » au sein de l’OTAN, suivant au sein de l’organisation la politique étrangère des Etats-Unis. Cette victoire en Libye va renforcer la confiance en soi et le moral de l’Europe. Malgré la crise de la dette, les coupes sombres et les plans d’austérité, les populations des pays d’Europe qui ont pris part à cette coûteuse campagne y sont restées favorables, et les militaires ont démontré leur capacité à mener eux-mêmes une opération à l’étranger.

Malgré les commentaires désobligeants des Américains sur l’efficacité militaire européenne - l’on se souvient que le secrétaire à la Défense Robert Gates avait explosé l’été dernier - les forces aériennes et maritimes engagées ont fort bien travaillé. Elles ont neutralisé les forces de Mouammar Kadhafi, mais elles ont surtout causé des dégâts collatéraux minimes et n’ont enregistré aucune perte, ce qui contraste fort avec les opérations que les Etats-Unis mènent en Irak et en Afghanistan.

La décision de ne déployer aucune force au sol a été tactiquement et diplomatiquement judicieuse : elle a empêché la machine de propagande libyenne de qualifier l’intervention de nouvelle invasion occidentale d’un pays arabe ou musulman.

Si l’opération en Libye s’est faite sous les auspices de l’OTAN et avec une forte assistance des Etats-Unis, elle a démontré qu’une coalition purement européenne opérant de manière indépendante ou dans le cadre d’une mission européenne, aurait débouché sur des résultats similaires - bien qu’avec une efficacité un peu moindre.

Cette conclusion devrait entrouvrir la porte à une participation à la carte à des interventions ou missions de pacification futures. Cette approche pourrait affaiblir la raison d’être de l’OTAN parce qu’elle permettrait aux nations européennes et non européennes de se joindre à des missions militaires au cas par cas, et pas nécessairement sous le commandement de l’alliance.

Le fait que la Suède, le Qatar, les Emirats arabes unis et la Jordanie se soient ralliés à la campagne en Libye crée un précédent pour d’autres arrangements de coalition à l’avenir. Paradoxalement, la guerre en Libye a démontré de manière éclatante l’efficacité d’une collaboration sans ce degré accru d’intégration, dans le contexte de la campagne de l’OTAN, soucieuse des relations publiques, pour une mise en commun et un partage accru de l’équipement militaire notamment entre militaires européens - une version moderne de la conviction de la Guerre Froide qu’il fallait davantage de normalisation entre armées de l’OTAN.

La guerre a aussi démontré que la tendance actuelle à rendre les forces européennes plus mobiles et légères - tendance qui s’inspire de la guerre contre la guérilla en Afghanistan - pourrait ne pas nécessairement être une stratégie d’avenir. Sans les armes lourdes qui avaient été conçues pour impressionner le Pacte de Varsovie, comme l’Eurofighter Typhoon et les Mirages de Dassault, la victoire en Libye n’aurait pas été possible.

Les conséquences les plus négatives de la guerre sont peut-être qu’elle a mis en avant les fortes divergences entre nations européennes en matière de priorités militaires. Seuls huit des 28 membres de l’OTAN ont décidé de prendre part aux frappes. Les dirigeants de plusieurs membres d’Europe de l’Est auraient « tiré la tête » concernant ce qu’ils ont qualifié d’obsession franco-britannique de la Libye, alors que l’OTAN s’efforce de dégager les 140 000 soldats embourbés dans dix années de guerre en Afghanistan. Selon eux, se braquer sur un pays du Proche-Orient a permis aux puissances militaires les plus fortes d’Europe de détourner l’attention par rapport à leur souci majeur en sécurité : la résurgence de la Russie.

Enfin, si la longue campagne a débouché sur un triomphe décisif pour l’Europe, elle n’a pas prouvé que les forces européennes étaient capables d’opérer hors de leur voisinage immédiat, ou de sortir victorieuses contre des adversaires militaires plus forts. Après tout, le budget militaire de la Libye n’était que 0,1 % de celui de l’OTAN, et il a quand même fallu sept mois à l’OTAN pour l’emporter. L’Iran ou la Syrie n’ont donc pas à s’inquiéter.

Cette guerre a mis en avant les fortes divergences entre nations européennes en matière de priorités militaires  

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