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Tribune libre

La sortie de crise de l’Europe passe par l’investissement dans les régions et les villes

Par Martin Schulz et Mercedes Bresso (*) | mardi 26 juin 2012

La grave crise que l’Europe traverse semble chaque jour fragiliser un peu plus le processus de construction européenne et les solidarités qui en découlent. Nous en arrivons à la conclusion qu’il faut négocier un nouveau compromis européen pour sortir durablement de la crise économique et financière. Ce compromis passe par une plus grande intégration politique de l’Union européenne qui obligera notamment les Etats membres à être plus rigoureux sur le plan budgétaire et par une réorientation de notre continent vers un modèle de développement durable, faisant plus de place à l’innovation, à l’emploi et à la justice sociale.

Dans ce contexte, nous croyons fermement que les régions et les villes ont un rôle crucial à jouer. Faiblement endettées, elles sont à la fois les moteurs de l’investissement public et les garantes des mécanismes de solidarité dans nos territoires. A l’origine de deux tiers des investissements publics européens, les autorités locales et régionales pourront ainsi préparer la mutation écologique et la relance des industries du XXIème siècle.

Or, depuis presque quatre ans, la crise met en danger leurs capacités d’investissement, de trois façons différentes. D’abord, au sein de nos pays, les nécessaires ajustements budgétaires ont souvent conduit les gouvernements à réduire les dotations des collectivités territoriales. Sollicitées par des populations qui rencontrent des difficultés croissantes – selon les dernières statistiques européennes, 40 % des chômeurs sont sans emploi depuis plus d’un an et 110 millions de personnes sont menacées de pauvreté ou d’exclusion sociale – elles doivent continuer, plus que jamais, à assurer le bon fonctionnement des services publics. Faute de ressources directes alternatives en provenance du secteur productif, l’investissement local a donc enregistré une baisse de plus 7 % en 2010 et le mouvement s’est poursuivi en 2011.

Ensuite, une partie des Etats membres – ceux que l’on appelle les contributeurs nets - veulent réduire le budget européen, de l’ordre de 100 milliards d’euros sur sept ans. La querelle paraît caricaturale au regard des sommes colossales qui ont été déboursées pour venir au secours des banques depuis 2008 et sachant que le budget européen global, qui est pourtant essentiellement un budget d’investissement, atteint à peine plus de 1 % du revenu national brut de l’Union. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous plaidons avec vigueur pour la création rapide de nouvelles ressources propres, telles que la taxe sur les transactions financières.

Enfin, le nouveau « Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance », dont l’inspiration est beaucoup trop intergouvernementale à notre goût, devrait bientôt entrer en vigueur. Sans aucun doute, il imposera durablement à l’Union européenne une austérité qui pèsera sur les conditions de refinancement des autorités régionales et locales et encouragera le retour de la centralisation, dans la plupart des Etats membres.

Pour retrouver le chemin de la croissance en Europe en s’attaquant au chômage des jeunes et en permettant aux entreprises, notamment les petites et les moyennes, de restaurer leur compétitivité dans la concurrence mondiale, il est impératif de redonner la priorité aux investissements dans les territoires. Eux seuls nous permettront de sortir de la crise. En effet, pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre et notre consommation énergétique, pour rendre les bâtiments et les transports plus économes en ressources, comme l’a exposé la Déclaration de Copenhague de mars 2012, c’est principalement dans les villes qu’il faut agir par des investissements qui permettront de moderniser les équipements existants. L’amélioration du cadre de vie et l’accès à des services publics efficaces pour tous, dans les quartiers en difficulté, comme dans les zones rurales ou périphériques isolées, suppose aussi des investissements publics de long terme en matière d’éducation, de santé et d’information.

L’expérience montre que les créations d’emploi ne sont au rendez-vous que si les formations sont en adéquation avec le marché du travail régional ou local, autrement dit si les acteurs socio-économiques peuvent compter avec les collectivités territoriales sur un soutien financier durable de l’Union européenne et des Etats membres.

Ces investissements d’avenir concernent aussi les grands travaux, particulièrement dans le domaine des infrastructures. Elles peuvent contribuer à endiguer l’hémorragie des emplois industriels en Europe, en redonnant à nos territoires un cadre de développement compétitif, en les connectant au-delà des frontières nationales et en construisant ainsi les bases d’une nouvelle compétitivité au niveau international. Ces politiques d’appui à l’industrie et aux nouveaux services innovants préparent la mutation écologique qui nous permettra de positionner l’Union européenne en haut de la chaîne de valeur du commerce international. L’existence d’une législation européenne propice est essentielle, mais c’est bien au niveau régional et au niveau local, grâce à des financements judicieusement utilisés, que peut être créé un climat favorable au développement à long terme des entreprises. En établissant ou en entretenant des synergies fortes entre les centres de recherche, les entreprises et les universités, les autorités locales et régionales ont la clef pour empêcher les délocalisations, pour stimuler l’innovation et favoriser l’émergence de nouveaux produits et services qui créeront les emplois de qualité de demain.

Mais ce cercle vertueux ne pourra voir le jour que dans le cadre d’une gouvernance à multi-niveaux, qui redonnera aux autorités politiques le primat de la décision et qui permettra, dans une négociation permanente autour de stratégies communes définies au niveau européen, d’atteindre plus efficacement les objectifs que nous nous sommes fixés.

L’Union européenne a inventé depuis longtemps l’instrument qui permet la collaboration efficace et pour un moindre coût, de tous les niveaux de gouvernance au service du développement économique et social. Cet instrument est la Politique de cohésion. Le Parlement européen, la Commission européenne et le Conseil de l’UE définissent pour une période de sept ans la stratégie et les objectifs communs, qui sont ensuite déclinés dans les Etats membres en fonction des différents territoires au cours d’une négociation associant les villes et les régions. La sécurité du financement pluriannuel permet de mener des investissements de long terme. A travers les financements de la Banque européenne d’investissement, dont on parle tant aujourd’hui, elle met déjà en place de nouveaux instruments innovants. Complétée par des obligations de projet (les « project bonds »), cette politique a bel et bien le potentiel de diriger l’Europe vers un autre modèle de développement, plus ingénieux, plus solidaire et plus durable.

C’est donc à un véritable changement de paradigme que nous appelons aujourd’hui : pour une politique de relance donnant toute leur place aux collectivités territoriales, mais respectant les impératifs de la consolidation budgétaire. Les Etats membres ont la responsabilité de rationaliser leurs dépenses sans pour autant hypothéquer l’avenir et notre Union doit atteindre les objectifs qu’elle s’est fixée dans la Stratégie Europe 2020. Sans les régions et les villes, ces objectifs resteront lettre morte. A l’inverse, nous sommes fermement convaincus qu’en apportant leur connaissance du terrain, leur expertise, leur créativité et leur dynamisme, elles remettront l’Europe sur le chemin de la croissance durable.

(*)Par Martin SCHULZ, Président du Parlement européen,

et Mercedes BRESSO, Présidente du Comité des Régions

Ce cercle vertueux ne pourra voir le jour que dans le cadre d’une gouvernance à multi-niveaux  

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