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UE/Somalie

L’UE se félicite de la mission de formation en Somalie

Par Paul Ames à Bihanga (Ouganda) | mardi 06 juillet 2010



Il peut sembler curieux que des soldats d’un Etat pacifique comme le Portugal forment les Somaliens à la guerre urbaine. Les milices de cette nation d’Afrique orientale ne sont-elles pas plus expérimentées, après vingt ans de combats dans les rues de Mogadiscio ? Toutefois, un contingent de treize unités a quitté Lisbonne pour l’Afrique, début juillet, pour gérer le cours « Combats en zones construites », destiné à des recrues somaliennes que forme l’UE en Ouganda, dans le cadre d’une mission visant à aider le gouvernement de Somalie à lutter contre les insurgés islamistes.

«  Contrairement à ce que l’on pense, peut-être que certains des Somalis ont participé à des actions, mais ils n’ont aucune formation et ils ont vraiment besoin de beaucoup de choses »,explique le colonel Philippe Bouillaud, commandant adjoint de la mission. « C’est un peu l’expérience qu’on a eue en Afghanistan. On se dit : ‘bon, tous les Afghans que l’on forme actuellement sont des guerriers et on se demande ce qu’on va leur apprendre’. Mais pas du tout. La plupart n’étaient pas dans les milices, ce sont des jeunes qui s’engagent », ajoute-t-il.

L’analogie avec l’opération internationale de formation de forces de sécurité afghanes est parlante. Ces deux missions participent du même souci de faire en sorte que les locaux soient en mesure d’assurer la sécurité et la stabilité, et de supprimer le besoin de déploiements internationaux coûteux.

La mission de formation EUTM (« European Union Training Mission Somalia ») a vu le jour en avril pour travailler avec l’armée ougandaise à la formation de 2 000 Somaliens en vue d’en faire l’épine dorsale d’une armée loyale au Gouvernement fédéral de transition. Ce dernier est enclavé dans une petite zone de Mogadiscio protégée par des troupes de l’Union africaine sous commandement ougandais, d’Al-Shabaab (en rapport avec al-Qaïda) et d’autres groupes islamistes qui contrôlent ensemble une bonne partie de la zone sud de la capitale et le sud de la Somalie.

La base militaire de Bihanga, à neuf heures de route de la capitale ougandaise Kampala, compte aujourd’hui 912 Somaliens. La plupart prennent part à une formation militaire que leur prodiguent des instructeurs ougandais, mais 195 ont été retenus pour leur potentiel et pourraient devenir officiers notamment, à l’issue d’une instruction spécialisée des quelque 90 Européens sur la base.

Au Quartier général de la mission européenne à Kampala, M. Bouillaud a déclaré que les recrues somaliennes reconnaissaient les avantages de leur formation. «  Certains disent que c’est la première fois que l’on s’occupe d’eux et qu’on leur apprend quelque chose. Pour ce que nous voyons, ce ne sont pas des guerriers, ils ont beaucoup de choses à apprendre ».

Signe de l’importance de la mission pour la communauté internationale, les Etats-Unis apportent un appui sous forme d’équipements et d’uniformes, de transport de Somalie en Ouganda, et de rémunération des recrues (600 dollars au total pour le semestre de formation, et la poursuite de la rémunération après le retour à Mogadiscio). La crainte, après la formation, d’une défection de recrues s’il ne leur était pas garanti un logement, de la nourriture et un salaire à leur retour a déjà été exprimée par le passé. Malgré la décision des Etats-Unis de payer une rémunération, le commandant de la mission de l’UE estime que les personnes en formation auront besoin d’un soutien international plus prononcé à leur retour.

RÉINTÉGRER LES UNITÉS FORMÉES

«  Une partie importante du programme complet est la réintégration des unités formées lorsqu’elles regagneront Mogadiscio », confirme le colonel espagnol Ricardo Gonzalez Elul. Selon lui, il faut améliorer les installations au camp de Mogadiscio, où logeront les unités formées à leur retour.

«  Un message fort a été transmis à l’Europe pour qu’elle contribue à mettre les installations à niveau », a ajouté M. Elul dans une interview, à Kampala. «  Soit nous leur offrons un endroit pour vivre, avec un salaire évidemment, soit ils s’en iront », prédit-il.

Lorsque M. Elul affirme que la mission est à ce jour un succès, beaucoup de ceux qui supervisent la formation sur le terrain, au camp de Bihanga, lui emboîtent le pas. Mais le commandant indique que des « maladies d’enfance » sont à guérir avant l’arrivée d’un deuxième groupe d’un millier de recrues en décembre.

Un des problèmes majeurs : un différend entre le gouvernement fédéral de Somalie et les autorités de la région séparatiste de Puntland. Quelque 250 recrues du Puntland ont été retirées du programme de formation, lorsque les autorités locales ont exigé leur déploiement dans la région, au lieu de rester à Mogadiscio sous le commandement du gouvernement fédéral. M. Elul a dit espérer qu’une réunion en septembre permette de résoudre le problème, pour que les unités du Puntland puissent rejoindre le deuxième groupe à former.

Du point de vue européen, permettre aux troupes de rejoindre le Puntland pourrait être bénéfique, car c’est de là que de nombreux pirates attaquent la navigation internationale. Les Européens reconnaissent qu’il appartient au gouvernement fédéral de décider du lieu du déploiement.

Selon Ricardo Gonzalez Elul, une dizaine de Somaliens ont été renvoyés au début de la mission, pour avoir suscité des rivalités entre les recrues sélectionnées de manière à ce que les différents clans du pays soient représentés. « C’est inévitable, nous avions que cela se produirait avant d’arriver ici, et cela se reproduira parce qu’il s’agit d’un élément intrinsèque à la culture somalienne », a expliqué l’Espagnol, se refusant à y voir une préoccupation majeure.

Les Ougandais ont choisi le site reculé de Bihanga pour réduire le risque de défection de Somaliens. Les instructeurs européens sur place indiquent n’avoir été confrontés à aucun problème de discipline. «  Tout ce qu’ils veulent, c’est retourner et utiliser leurs compétences pour défendre leur pays, défendre le gouvernement », a déclaré le capitaine Donal Burke, des Irish Defence Forces.



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